4è Forum du Son Multicanal
Vendredi 26 octobre 2001
Auditorium de Boulogne, 20-22 heures.
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Organisateur : Christian Hugonnet (consultant)
Technicien cabine : Terry Nelson (journaliste/consultant)
Modérateur : Keith Spencer-Allen
(journaliste).
Intervenants : de gauche à droite sur la photo
Tomlinson Holman (THM Labs)
Bernard Heger (Délégué
Général du SIMAVELEC)
Gérard Loupias (Directeur Pilote Films & dts)
Catherine Adart (Directrice de Post-Production, Fechner
Films)
Christophe Scherer (Directeur Technique de la Publicité
à France Télévision)
Tony Spath (Marketing Director Dolby Europe)
Le panel de la Table Ronde
pendant l'introduction de Keith Spencer-Allen
(hors cadre, à gauche)
Photo : Franck Ernould
Christian Hugonnet : Lorganisation dune telle
table ronde a pour origine une demande qui nous a été
faite lan dernier, et ô combien importante, qui
était celle de se poser la question : Pourquoi
produire en multicanal ? Et non pas dun point de vue
technique ou esthétique, comme on la abordé
très largement ces deux derniers jours, mais surtout dun
point de vue financier, commercial ; et aussi en termes de
marketing, de demande du public
Il nous a paru important de
réunir autour dune table ronde, ce soir, des
personnalités qui sont également des décideurs,
qui sont là pour nous signaler les demandes qui existent dans
certains secteurs.
On men a fait la remarque : organiser quelque chose le
Vendredi soir, ce nest pas tout à fait
chrétien
On assume, on a quand même réussi
à avoir des participants illustres ! Ces deux derniers
jours, nous avons eu à chaque demi-journée plus de 120
personnes dans une salle de 72 fauteuils, les escaliers
latéraux étaient pleins &endash; ce soir nous sommes
nettement plus à laise !
Je remercie Keith Spencer-Allen, qui, outre son animation de la table
ronde ce soir, nous a fait lhonneur de sa présence
pendant deux jours complets.
Keith Spencer-Allen : Ces deux derniers jours, les
discussions sur le son multicanal ont été très
sérieuses, très documentées
Pour
détendre un peu latmosphère avant de commencer
cette table ronde, je voudrais raconter une petite anecdote. Vous
savez sans doute que dans les salles de cinéma,
lécran est perforé afin de laisser passer le son
des haut-parleurs installés derrière. Un membre
éminent du milieu cinématographique anglais ma
raconté son premier job dans ce secteur, voici bien longtemps
&endash; cétait avant la seconde guerre mondiale !
À cette époque, on pouvait fumer dans les
cinémas, ce dont personne ne se privait. Par
conséquent, lécran jaunissait très
rapidement. Il était donc dusage de le repeindre en
blanc à intervalles réguliers, le dimanche soir
après la fermeture. Seul problème : la peinture
bouchait les perforations de lécran ! Notre homme a
donc commencé sa carrière dans le cinéma en
toute humilité : le Lundi matin, à la
première heure, il se munissait dune échelle,
dun crayon, et débouchait un à un les trous sur
tout lécran ! Il ma confié avoir
pensé alors que finalement, avoir voulu travailler dans
laudio, ce nétait peut-être pas une si bonne
idée que ça
(Rires et applaudissements)
Autour de cette table se trouvent rassemblés six experts dans
leurs domaines respectifs, réunis pour la première
fois. Jen ai rencontré certains, pas les autres, nous
travaillerons en double langue français/anglais avec
traduction simultanée, nous avons des centaines de sujets
à aborder en une heure et demie/deux heures.
Jaimerais que nous considérions ce soir
lutilisation du son multicanal dans le monde réel, et
les perspectives à court terme. Ces deux jours, nous avons
discuté en recherchant la perfection,
lidéal
Cest ainsi quil faut aborder le
domaine. Cela dit, il importe aussi de ne pas perdre le contact avec
la réalité ! Celle à laquelle sont
confrontés quotidiennement chacun de nos participants,
très concrètement.
Je suggère que chacun se présente brièvement
dès maintenant, et que nous réservions les questions du
public pour la fin
À toi lhonneur, Tom !
Tomlinson Holman : Certains dentre vous sont
peut-être venus mécouter Jeudi matin, lors de ma
conférence «The History and
Future of Multichannel Sound»
Je mappelle
Tomlinson Holman, jenseigne le son cinéma à
lUniversité de Californie du Sud, je suis
Rédacteur en Chef du magazine professionnel Surround
Pro, jai écrit plusieurs ouvrages (Sound For Film
And Television, 5.1 Surround Sound, Up and Running), et je
possède une société, TMH
Corp., qui développe et construit des produits
professionnels assurant par exemple le bass management dans les
studios et les audis. Cela fait beaucoup de secteurs
dactivité, on pourrait me taxer de dispersion, mais
toutes ces activités ont un point commun : elles se
rattachent toutes au son multicanal
Bernard Heger : Je suis ici le représentant
officiel des marchands du temple
Je suis
Délégué Général du SIMAVELEC,
lorganisation qui rassemble lensemble des constructeurs
délectronique grand public : Philips, Sony, et
beaucoup dautres
Je serai le seul à parler
vraiment dargent, et à dire comment le 5.1 va permettre
de monter en gamme dans lensemble des produits.
Gérard Loupias : Je suis impliqué dans le
son 5.1 depuis très très longtemps, je travaille depuis
11 ans pour la Société THX, je suis représentant
français de la marque dts depuis presque 5 ans, et jai
créé une société, Pilote Films,
très impliquée dans le Home Theater, dont le C.A.
lan dernier a été de 45 MF. Il y a vraiment un
marché dans le domaine en France, et jen parlerai sans
doute tout à lheure.
Catherine Adart :Je suis Directrice de Post-Production.
Quand on a un projet de film, on décide évidemment dans
quel format sonore on va le faire &endash; le producteur se construit
un catalogue de produits, et doit imaginer ce que deviendra son film
trois, cinq, dix ans plus tard.
Christophe Scherer : Je suis Directeur Technique de la
Publicité à France Télévision. La
publicité, cest quelque chose dimportant, un
vecteur novateur, on en parlera certainement tout à
lheure. Nous diffusons 65000 écrans de publicité
par an, ce qui représente un volume de films extrêmement
important. Nous poussons très fort le son multicanal depuis
1994, date où nous avons mis au format Dolby Surround les
génériques de publicité. Cétait il
y a déjà longtemps
Tony Spath : Je suis Directeur Marketing chez Dolby
Laboratories, je couvre les secteurs de lEurope, de lAsie
et de lAustralie. Dolby développe depuis longtemps des
technologies massivement adoptées dans le son Surround. Nos
produits sont très largement utilisés dans le monde
&endash; 50 millions de foyers environ. 17% des ménages
français possèdent aujourdhui un système
Surround. On ne peut plus dire que le Surround arrive : dans les
faits, il est déjà là
Keith Spencer-Allen : Merci. À mon tour,
maintenant ! Je suis certainement plus connu comme journaliste
spécialisé dans laudio professionnel depuis
déjà pas mal de temps (pour Studio Sound
notamment, NDT). En tant que journaliste, je me dois
dêtre toujours difficile, sceptique : mais je vous
rassure, je serai plutôt gentil ce soir.
Je suis aussi un fanatique du son multicanal : jadore
ça, je trouve ça très intéressant,
cest un des sujets qui mintéresse le plus.
Entendre notre panel sexprimer sur des sujets commerciaux sera
sans doute intéressant et dépaysant.
Pour commencer, une très courte présentation : le
son multicanal est lavenir. Il serait
présomptueux de prétendre, pour autant, que la bataille
est déjà gagnée
De temps à autre,
une innovation apparaît, mais si elle nest pas
universellement adoptée, elle est condamnée. Je me
souviens avoir visité voici quelques mois, de fond en comble,
une chaîne de télévision au Danemark, en
compagnie de son Directeur Technique. Jai tout vu, et
lattention portée au moindre détail était
étonnante. Dans la conversation, je lui demande quelle est la
proportion démissions émises en
stéréophonie. Il ma répondu :
« La stéréo à la télé,
ça devrait être illégal ! ». Il a
sans doute eu de malheureuses expériences avec la
stéréo &endash; imaginons alors ce quil aurait
vécu avec le multicanal ! &endash; et ne voulait plus en
entendre parler. Quel dommage !
À lautre extrême, au Royaume-Uni, la presse hi-fi
sest mise dans sa globalité au Home Theater, et on y
débat désormais, dans ses colonnes, de savoir quel
système denceintes rend avec le plus de réalisme
(!) les sons dastéroïdes traversant lespace
ou des pas de dinosaures. Il y a sans doute un juste milieu
Pour moi, il y a quatre points à réunir avant de
considérer ladoption du son multicanal sur un
projet :
Quelles sont les réactions du panel à mes
propos ?
Tomlinson Holman : Concernant le dernier point, gagner de
largent, tu as donné un chiffre de statistiques de
ventes très intéressant. Jen ai deux
autres : la pénétration des lecteurs de DVD aux
USA est aujourdhui de 40%. Cest énorme, sans
précédent dans lindustrie électronique
grand public au bout dun laps de temps aussi court, quelques
années à peine ! Lautre chiffre : voici
deux semaines, le film Return of the Mummy, qui avait
enregistré un taux de pré commandes record pour sa
sortie en DVD, a réalisé un chiffre de ventes, en 5
jours, de 89 millions de $, soit 100 millions deuros.
Cest davantage que lors de la carrière en salle du
film ! Et, puisque nous sommes à Paris, savez-vous
où est allée une bonne partie de ces 650 millions de
Francs ? À votre compagnie des eaux ! Eh oui,
cest Vivendi qui a produit ce film
Comme je le dis souvent, le 5.1, ce nest pas pour demain,
cest déjà là ! Et lattrait pour
ce nouveau format est ce qui soutient les ventes de matériel
Home Theater pour les particuliers. Autre chiffre : voici 10
ans, un congrès dinstallateurs spécialisés
dans le Home Theater américain comptait environ 100
professionnels. Sa dernière édition en a réuni
plus de 17000 ! Cela fait un certain nombre de locaux
aménagés en 5.1, 7.1
Un signe encourageant est lapparition de solutions dites
«Home Theater In A Box». Tous les grands constructeurs
proposent aujourdhui des appareils de taille réduite,
combinant ampli, tuner et lecteur de DVD Vidéo, avec les 5
enceintes et le caisson de graves adaptés, le tout pour 1000
$, voire moins ! Jai écouté un tel
système, à 3000$, et la qualité de restitution
ma agréablement surpris. De telles solutions, facilitant
linstallation et lexploitation, feront beaucoup pour
ladoption du standard 5.1 dans le grand public.
En ce qui concerne lélan créatif, nous avons vu
ce matin ce qui motive les acheteurs : la combinaison dune
bonne image et dun son de qualité. Une nouvelle
collaboration, unique, est née, et elle a grandi en imposant
de nouvelles pratiques en matière de sound design et de
pratiques sur le terrain. La musique est en train de rattraper son
retard sur le son cinéma. Lindustrie du cinéma a
montré toutefois sa rigueur dans le domaine, en standardisant
des aspects simples : le niveau sonore en mixage notamment
(complètement anarchique en studio musique). Il est
très important que le milieu musique simpose
aussi ces standards, qui fonctionnent très bien en
cinéma pour trois raisons :
1) Il y a 200 audis de mixage aux USA agréés Dolby
Stereo, et 200 dans le reste du monde. Ce nest pas
énorme, mais lemplacement, le volume sonore et la
qualité spectrale du son reproduit sur les écoutes sont
plus ou moins identiques. Ce qui assure un certain standard de
qualité. On retrouve ces recommandations de placement en
milieu domestique.
(Interruption soudaine de lélectricité
sur scène, ce qui prive Tomlinson Holman de son micro HF et de
la sonorisation, indispensable dans cet auditorium de 72
sièges, assez vaste et absorbant. Holman rappelle alors le
thème de sa conférence de la veille était
Morts et résurrections du son Surround...). Une
discussion à bâtons rompus commence alors avec la
salle...
Un membre du public : Cest très difficile de
discipliner lindustrie musicale, parce que les situations
découte sont totalement différentes
côté public : Walkman, MP3, sur la plage, dans la
voiture, chez soi... Alors quau cinéma, il ny a
que deux façons découter le son : soit dans une
salle de cinéma, soit sur un Home Theater. Il me semble
quon peut donc facilement déterminer des standards dans
lindustrie cinématographique, mais beaucoup plus
difficilement dans lindustrie musicale...
Un autre spectateur : La télévision est, sous
cet aspect, un cas intermédiaire. On na pas non plus de
configuration typique.
Tom Holman : Les metadata transmises en même
temps que les flux audio font office de Pierre de Rosette
sonore : elles permettent de remixer les informations dans les
meilleures conditions possibles, en fonction des
particularités du système cible. Cest
une idée intéressante de se dire que cest le
destinataire final qui conditionne, sans intervention, la
façon dont le son est reproduit sur son installation.
Deux aspects sont concernés : le niveau sonore et la gamme
dynamique. Il ne faut pas les confondre : ce sont deux concepts
parfaitement distincts, même si dans lesprit des gens,
cest un peu la même chose. Sil veut changer un
niveau, qui détermine un volume sonore,
lingénieur du son agit sur un fader. Sil veut
réduire la gamme dynamique, il utilise un compresseur. Deux
outils complètement différents.
Imaginons que nous disposions dun canal de transmission
autorisant 60 dB de gamme dynamique &endash; ce qui est pas mal
du tout, bien plus en tout cas que ce que permet la
télévision analogique. Si on utilise cette gamme
dynamique aveuglément, on obtiendra un résultat
inaudible chez le téléspectateur final : lors des
passages trop faibles, il montera le son de son
téléviseur, puis devra le baisser dès que le
niveau sonore remontera ensuite... Les metadata indiquent le
niveau du son, comportent des informations permettant de
contrôler, en temps réel, la gamme dynamique dans les
meilleures conditions selon quon écoute sur un poste
mono, un téléviseur stéréo Nicam...
cest dans cette direction quil faut aller. En tout cas,
il ne faut pas confondre le niveau découte et la gamme
dynamique.
Un spectateur : Je suis daccord avec vous, si ce
nest que si je décide de faire un mixage en 5.1, ce
nest pas pour le retrouver en mono ou en stéréo
chez le consommateur... mais pour quil puisse
lécouter en 5.1 ! Donc, finalement, soit on est certain
que toutes les installations sont standardisées,
progressivement, et dans ce cas on pourra produire en studio avec ces
standards, de niveau notamment. Mais aujourdhui, cest
très difficile : lorsquon va mixer dans un studio, tout
sera différent selon le matériel, qui sen occupe,
la sensibilité de lingénieur du son. Donc,
finalement, cest très difficile aujourdhui de
pouvoir aborder le mixage si on na pas des
éléments précis. Pour linstant, cest
la sensibilité de chacun qui prévaut.
Christophe Scherer : Mais cest déjà bien !
Moi, après cette vision assez mondiale des choses,
je voudrais parler un peu français, et notamment de la pub. La
pub, cest typiquement ce qui vient dêtre dit : nous
nous battons, nous refusons 10% des films que nous recevons parce que
la compression est exagérée. Cest un vrai
problème, permanent en France, contrôlé par le
CSA et qui nous pose de graves problèmes.
Larrivée du multicanal, cest le retour à
lexistence de la dynamique, à lexistence dun
espace sonore chez le téléspectateur, à
lexistence dune créativité possible...
Jen veux pour simple preuve (jen reviens à
largent !) que quand on voit arriver 40% des annonceurs
français, qui ne font pas ça en lair, qui ne font
pas ça en dépensant des sous nimporte comment
&endash; ils se basent sur une audience constatée, sur
des études de marché, dimpact &endash; ils ont
bien compris que le marché commençait à voir
naître de plus en plus vite le son multicanal, grâce aux
lecteurs de DVD reliés aux téléviseurs. Si ce
débat avait eu lieu lan dernier, jaurais
annoncé 25% ; aujourdhui, ce sont 40% des annonceurs,
dont les plus gros, qui apportent des films publicitaires
mixés en multicanal. Ça se passe en France, et on
diffuse ça, cest pas du 5.1 gigantesque, cest du
Dolby Stereo, parfois de la stéréo avec des
différences de phase telles que ça ne sonne pas trop
mal, et donc quon laisse passer, parce quil faut
(ré-)apprendre que la dynamique rend bien, que la compression
du son est passéiste, ça noffre plus
despace de liberté. Quand le VU-mètre oscille
entre -1 et +1 dB en permanence, on ne fait pas du son : ça
sappelle du bruit, et nous, on se prend le Parlement, les
députés qui entendent parler de voisins qui ont des
problèmes, qui se plaignent parce que la télé,
parce que la pub est trop forte. Cest un problème de
compression, pas un problème de niveau, de level,
cest tout à fait exact. Largent est là
grâce à lapparition rapide du multicanal, et on ne
peut passer outre, on doit suivre.
Une spectatrice : Je voulais juste rajouter quelque chose par
rapport à ce que moi, jappellerais la musique, qui
nest pas forcément le même problème que la
pub. Dans les choses quon a entendues aujourdhui, il y a
aussi un problème qui est aussi un problème de fond,
léquilibre des écoutes... On dispose
aujourdhui de dispositifs de prise de son qui ne sont pas
encore totalement affinés : on a un gros souci, cest que
sitôt quon change un pouillième sur une enceinte,
ne serait-ce quentre lavant et larrière, on
change tout. Et cest une question pour moi fondamentale :
actuellement, jirais presque jusquà dire
quon ne sait pas encore fabriquer quelque chose de suffisamment
stable pour pouvoir lutiliser dans des conditions un peu
maximales, qui seront effectivement les conditions de tout un chacun
chez lui...
Christophe Scherer : On va prendre un cas concret : vous avez
un équipement chez vous, vous regardez la
télévision. Vous lécoutez en mono, vous
avez un son ; vous lécoutez en stéréo,
vous avez un son ; vous lécoutez en décodage
multicanal, vous avez un autre son... Il y a des sons destinés
au Surround que vous nentendez pas si vous êtes en
stéréo : et alors ? Si vous écoutez en mono, il
y a des effets sonores stéréophoniques que vous ne
percevrez pas non plus. Et alors ? Léquipement va de
lavant, les gens séquipent, le processus va de
lavant : cest tant mieux pour celui qui celui qui est
mieux équipé, on ne supprime rien ! Cest
très démocratique, ce marché-là :
ça ne touche pas que pour les gens qui ont des sous. Ceux qui
achètent aujourdhui des équipements multicanal
sont ceux que nous étions lorsque nous étions
étudiants et que nous nous sommes acheté notre
première chaîne hi-fi. Quest-ce quon
sest payé ? Une chaîne stéréo
dernier cri avec les sous de notre premier salaire... Ce que font les
jeunes aujourdhui, cest ça !
La spectatrice : Je suis tout à fait daccord avec
vous ; ce à quoi je veux simplement répondre,
cest au problème de létalonnage des pistes.
Cest bien de commencer à étalonner les choses,
mais nous, derrière, on nest pas forcément
prêts ! Donc, à mon avis, le problème de
létalonnage des pistes existe bien, mais une fois
quon laura résolu, on naura pas tout fait,
loin de là...
Tony Spath : Je crois que jai un élément
qui peut faire avancer le sujet... Jai mixé un album en
quadriphonie, mais chaque fois que je mixais un disque, il
était très important pour moi, pour la qualité
de mon mixage, de le vérifier en mono. Je faisais mes
équilibres et mes sons en stéréo, mais je
vérifiais toujours en mono, sur une petite enceinte, et je
peaufinais ma balance et mes sons. Quand je revenais ensuite en
stéréo, la stéréo était meilleure
!
Il faut vérifier, faire des compromis, faire en sorte que la
version Surround, la version stéréo et la version mono
soient les meilleures possibles. Les outils pour le faire sont
là : les metadata, qui ne résolvent pas tout,
sont pourtant dune grande aide. Une fois que les outils sont
là, il faut que les gens prennent un peu de temps pour
apprendre à sen servir &endash; et cest
peut-être là que réside le problème chez
les professionnels, pour qui le temps, cest de
largent...
Bernard Heger : Je ne sais pas si je vais sortir du
débat, mais je ne pense pas, au contraire... La
télévision, les Français passent 3-4 heures par
jour à la regarder &endash; ou à lécouter,
comme vous voulez ! Dans lensemble des foyers, il doit y avoir
quelque chose comme 40 millions de téléviseurs,
touchant 50 millions de personnes. Nous sommes donc
extraordinairement proches, en tant que distributeurs
dappareils électroniques, de la grande majorité
de la population française...
Je vais vous expliquer un peu nos problèmes, qui ne sont pas
du même ordre technique que ceux évoqués dans ce
Forum jusquici. On ne peut pas se tromper... Quand on parle
dun composant qui revient 50 F au constructeur, il revient 200
F au consommateur final, dans le prix public. Lensemble des
composants inclus dans un appareil électronique devra donc
être valorisé. La plupart des téléviseurs
possèdent ainsi un composant que personne ne regarde, qui
coûte 50 F à lachat. Ce problème de
valorisation est très important. Dans notre segmentation du
marché, nos grands débats sont Qui achète
ça ? Dans quelles conditions ?. On a ainsi
50 nomenclatures rien que pour les téléviseurs, par
exemple. De façon générale, on distingue dans
lensemble de la population française trois types de
catégories :
5-7% des gens achètent à peu près
nimporte quoi pourvu que ce soit nouveau. Ça sort, ils
lachètent... Ce nest pas forcément une
question de CSP+, des gens sont passionnés par ces produits et
les achètent dès leur introduction sur le
marché. Les produits sont alors le plus souvent assez chers,
mais leurs acheteurs sont des précurseurs...
Un an après, on a 15% des gens qui se disent
Tiens, ce truc-là, ça marche, il la, je
vais lacheter.... Nous sommes déjà à
20% du public, et la segmentation nest pas encore trop
compliquée.
Après, ce sont les 80% restants, ce quon appelle
le grand public... Quand on touche ce marché, on
parle en termes de grande série, les prix baissent fortement,
cest très important. Et là, il nous faut des
produits que tout le monde sache utiliser, des produits simples
à manier. Quand il y a plusieurs standards qui sortent en
même temps pour un même produit, on est pratiquement
sûr de léchec.
La période actuelle est assez difficile pour nous. La
première raison est que les produits deviennent de plus en
plus compliqués. Auparavant, on avait un bon vieux
téléviseur bien de chez nous, avec peu de boutons,
ça marchait sans se prendre la tête. Aujourdhui,
les téléviseurs demandent une programmation de leurs
fonctions à lécran, via la
télécommande. Et quand on va passer au numérique
terrestre dans deux-trois ans, il y aura relativement peu de
différence entre un téléviseur et un ordinateur.
Autant on accepte un certain nombre de choses sur un ordinateur,
notamment quil plante, autant une télévision,
ça DOIT marcher ! Pour mettre en place et utiliser ces
nouveaux téléviseurs, il va falloir encore plus
réfléchir : on va donc avoir du mal à valoriser
ce type de démarche.
De même, si on regarde un peu en arrière, ce qui a fait
notre histoire, cest la télévision puis un seul
périphérique, le magnétoscope. Si le
téléviseur valait 1, on avait un rapport de 1 à
4, voire 1 à 5 entre le prix du téléviseur et
son périphérique. Dici peu, on aura,
reliés sur une même télé, un camescope, un
appareil photo numérique, une imprimante, un
magnétoscope sur disque dur, un DVD enregistrable ou non...
bref, autour du produit, toute une série de choses qui vont
venir changer, dune certaine façon, modifier les
habitudes du consommateur. Et le consommateur DÉTESTE changer
ses habitudes ! Donc là, on va avoir une vraie
difficulté de compréhension, par le consommateur, de
lensemble des changements quon va amener sur les
téléviseurs, ça va nous poser
dénormes problèmes.
Il nous semble que lhistoire récente du DVD nous
rappelle que la télévision, cest quelque part une
histoire quon raconte, avec une image quon voit et du
son. Les trucs un peu puls compliqués, ce sera pour autre
part. Quand on voit quon a vendu, lan dernier en France,
environ 600 000 lecteurs DVD, et que cette année, on en vendra
au moins 1,6 millions, toutes catégories confondues.
Cest dailleurs un autre problème : le lecteur de
DVD Vidéo à moins de 1000 F est aujourdhui
couramment disponible, en grande distribution ou même chez des
revendeurs spécialisés. On peut le voir par Canal + :
il y a encore peu, le principal concurrent de Canal+ sappelait
TPS. Doù un certain nombre de flirts...
Aujourdhui, il semble que Canal + saperçoive que
son principal concurrent a pour nom DVD ! Un abonnement à
Canal + représente environ 160 F : si vous naimez pas le
foot, et que vous regardez essentiellement des films, est-ce que
ça ne vaut pas mieux daller louer, au vidéo-club
du point, une quinzaine de DVD dans le mois ? Le monde de la location
est dailleurs en train de connaître un boom
extraordinaire grâce à lapparition du DVD : on
peut emporter, pour 10 F, des DVD de films relativement
récents, six mois parfois, on a exactement ce quon veut,
cest comme un paiement à la séance... sauf
quau lieu de commander la séance par
téléphone, il suffit de descendre au coin de la rue !
Le DVD est en train de devenir un produit tout à fait
important, qui met en avant une bonne qualité dimage,
certes, pas toujours respectée sur les
téléviseurs plus ou moins bien réglés
chez les gens, mais surtout une qualité sonore
supérieure. Dans toutes les enquêtes que nous avons pu
faire, cest toujours cet aspect qui est mis le plus en avant
par les sondés. Pour nous, industriels, cest tout
à fait important, parce que tous les prix baissent, et quand
les prix baissent, notre chiffre daffaires baisse, notre
rentabilité baisse... Donc tout notre effort va consister
à faire remonter le pris du panier de la
ménagère. Cest-à-dire de faire en
sorte que les produits soient de plus en plus chers, avec un contenu
technologique de plus en plus important à mettre en avant.
Il faut savoir que, sur le marché français, ce
quon appelait le milieu de gamme a disparu. On a
dun côté le bas de gamme qui sest
développé, notamment à travers des marques de
distribution, qui attaquent par le prix. De lautre
côté, le haut de gamme sest également
développé. Entre les deux, il ny a quasiment plus
rien en termes de ventes. Et pour nous, ce quon appelle le
mixte produit est tout à fait important : pour le
développer, nous allons, aujourdhui, dans les conditions
où nous sommes, où le consommateur ne sait plus
à quel saint technologique se vouer, où il ne sait plus
où il est, nous allons essayer de lancrer sur quelque
chose de très clair, de très simple : ce quil
entend.
Pour nous, le 5.1 est probablement le produit technologique qui se
vend le mieux. Excusez-moi de parler comme ça pour de la
technique, mais ça se vend très bien. Cest
quelque chose que nous allons sans arrêt développer pour
lensemble des produits. Cest pour cela que, globalement,
nous sommes de fervents supporters, inconditionnels, du multicanal,
pour supporter notre chiffre daffaires...
(Keith Spencer-Allen & Tomlinson Holman)
Photo : Franck Ernould
Keith Spencer-Allen : Des questions spécifiques sur ce
sujet ?
John Rutledge (dans le public) : Vous avez dit que ce qui
changeait pour les gens, en passant à des produits
sophistiqués, ce nétait pas tellement
limage, mais plutôt le son. Ce quil
mintéresse de savoir, cest quoi dans le son
: est-ce que le son est plus fort, plus fidèle en spectre, ou
est-ce que cest la spatialisation, autrement dit le
côté multicanaux ?
Bernard Heger : Cest la France profonde, cest tout
le monde. Quand on les interroge les gens, ils ne savent pas
répondre à des questions aussi précises... Ils
nous disent que le son est meilleur, sans pouvoir forcément
expliquer pourquoi, ils utilisent leurs mots : ils savent que le son
est meilleur, il vient de partout. Ils nont pas une perception
analytique des choses, ni le son, ni limage
dailleurs.
Quand on met du home cinema chez soi &endash; je ne sais pas comment
cest chez vous, mais chez moi, en tout cas, une fois que
jai mis le téléviseur grand écran et les
enceintes, il ne reste plus beaucoup de place pour les fauteuils,
ça prend de la place, il y a des fils partout, etc,
alors...
John Rutledge (le coupe) : Pour moi, ce nest pas
un problème : je viens de faire construire ma maison, et
jai fait câbler dans les sols, les murs...
Franck Ernould : Cest comme ici, alors ?!?
Un auditeur : Tout le monde nest vraiment pas dans ce
cas...
Bernard Heger : Le home cinema, cest quelque chose qui
doit tourner. Les chiffres sont un peu compliqués à
segmenter, mais globalement, tout compris, on peut penser quon
doit être aux alentours de 3-4 millions de maillons
électroniques avec décodeurs Surround, Pro Logic ou
mieux, en place en France. Ce qui est considérable !
Peut-être que léquipement derrière ne suit
pas forcément, est mal installé, etc., mais ça,
cest une autre question...
Gisèle Clark (dans le public) : Avez-vous des
tranches de prix pour les installations multicanaux ?
Quelle est la proportion de petites chaînes pas chères ;
la majeure partie est-elle par exemple à 3-4000 F, plus
?...
Bernard Heger : Cest ça, 3-4000 F
représente un prix charnière. Par exemple, les
téléviseurs à plus de 10000 F
représentent 1% du parc français &endash; soit environ
400 000 en tout. Ça donne une idée, le gros
reste un marché limité, même si peu à peu
les téléviseurs évolués se
démocratisent.
Franck Ernould (dans le public) : Est-ce que lachat
dun lecteur DVD entraîne systématiquement
lachat simultané dun système de
reproduction multicanal ? Vient-il le compléter ? Ou
lampli Surround avec ses enceintes est-il remis à plus
tard ?
Bernard Heger : Le lecteur de DVD est typiquement un cadeau de
fin dannée. Aujourdhui, 26 octobre 2001, on doit
en être à 700 000 lecteurs vendus depuis le début
de lannée : comme nous prévoyons 1,6 millions de
lecteurs vendus dans lannée, cest que dans les
deux prochains mois, il sen vendra 900 000 !!! Toute la grande
distribution, les Carrefour/Auchan/Darty et même la FNAC vont
casser les prix à cette occasion, ce qui est pour nous,
constructeurs, lhorreur absolue. Mais pour vous, grand public,
cest quelque chose de très bien !
Un auditeur : Tout à lheure, M. Scherer parlait
de jeunes pour qui linstallation multicanal avait
remplacé la chaîne hi-fi quon soffrait avec
son premier salaire... Moi, je vais prendre un contre-exemple... Moi
! Avec mon premier salaire, cest un ordinateur que je me suis
offert, avec un lecteur DVD dessus, et un petit système
denceintes Dolby Digital qui ma coûté
même pas 1000 F. Ma question est : où en est ce
marché du Home Theater sur ordinateur par rapport
au vrai Home Cinema, avec installation
dédiée ?
Bernard Heger : Ce type dinstallation ne convient
quà une partie de la population, assez réduite,
qui sait se débrouiller avec loutil informatique. Nous,
la population que nous visons est plus large. Un ordinateur,
ça fait peur aux gens. Le DVD sur PC, ça existera pour
4-5% des gens, le Home Theater est beaucoup plus démocratique,
parce que plus simple demploi. Comme je lai
déjà dit, le Home Theater, il faut que ça
marche, du premier coup : dès quil y a un
problème, cest la révolution, on se jette sur le
S.A.V... Il ne faut pas quil y ait de problèmes !
Gisèle Clark : Ce quil serait intéressant
de savoir, cest sil y a une éducation du
public/consommateur de multicanal. La personne qui va sacheter
sa première chaîne à 4000 F chez Darty, en
regardant ses DVD, ne se dira-t-elle pas Ah, cest pas
mal, mais cest pas aussi bien que je ne pensais... ?
Est-ce quil va changer de matériel, est-ce quil va
séduquer ?
Gérard Loupias : Les gens qui achètent un
lecteur de DVD ont déjà la télévision, et
bien souvent, ils ont une chaîne hi-fi stéréo.
Ils comprennent très vite quen branchant le lecteur de
DVD sur la chaîne, ils ont un meilleur son. Et puis tout
dun coup, ils se disent Tiens, chez mon pote, il y a des
enceintes derrière, une enceinte posée sur la
télé, et cest mieux.... Et les voilà
partis pour acheter une enceinte centrale et deux de Surround.
Ça coûte cher, mais cest pas grave, ils y vont
petit à petit, ils rapportent du matériel à la
maison et construisent leur système. Ils ont le sentiment
dêtre techniciens, de vraiment faire évoluer leur
Home Theater, dêtre actifs, pas passifs, et ce
phénomène est rare en électronique grand public.
Et ce nest pas de la rocket science, un truc
compliqué, de spécialistes : cest de la
technologie simple à mettre en uvre. Évidemment,
des fois, les niveaux relatifs ne sont pas équilibrés,
cest hors phase, cest mal placé, mais une fois
tous les problèmes résolus...
Bernard Heger : Pour prendre mon cas, vous nimaginez pas
le plaisir que jai éprouvé qund jai entendu
le téléphone dun film qui sonnait derrière
moi, parce que je métais gouré dans le
branchement de mes enceintes ! Cétait pourtant un
système Dolby Surround de la première
génération, Pro-Logic, mais cétait
déjà extraordinaire.
Et le jour où les gens ajoutent le subwoofer, tout dun
coup, boum, cest les dinosaures qui rentrent dans leur
maison...
Christophe Scherer : Le drame des téléviseurs
français, cest que limage semble toujours mal
réglée, et que quand on passe à la lecture
dun DVD via la Péritel, et la première
constatation damélioration de limage, cest
dû au bête passage du SECAM au PAL ! Le SECAM
était un système merveilleux quand il est sorti, dans
les années 60. Les rouges dégueulent, les bleus aussi,
alors quen lecture DVD, même si la télé
nest pas bien réglée, ce nest pas le cas.
Immédiatement, on oublie comme équipement à
améliorer la télévision : on nen
achète plus, puisque limage semble très belle
dessus, elle suffit. Et on investit davantage dans le son, avec plus
de répartition sonore, comme la dit Gérard, plus
de son. On peut toujours discuter sur la qualité dimage,
sur le réglage des téléviseurs : en France, le
passage du SECAM au PAL est mortel... Même si sur le DVD,
cest du MPEG 2 plus ou moins bien compressé, le
phénomène reste là.
Un spectateur : Pour rejoindre un peu ce que vous disiez pour
le son : sur la plupart des téléviseurs peu
sophistiqués, le son est particulièrement pourri...
Dans ce cas, on peut mettre nimporte quel Home Cinema,
lamélioration sera fantastique &endash; elle est
déjà grande rien quen branchant la
télévision sur la chaîne hi-fi ! Mais peu de gens
ont fait cette démarche : cest le DVD qui
linitie.
Tony Spath : Avant de laisser ce sujet, je voudrais revenir
sur lordinateur. Pour 10 000 F aujourdhui, on peut
acheter une unité centrale très puissante,
équipée dune carte son multicanal genre Creative
Labs SoundBlaster 5.1 et dun petit kit subwoofer + 5 satellites
avec décodeur Dolby Digital incorporé. Cest sur
une telle installation que mes enfants regardent le plus les DVD !
Leur chambre est petite, mais les enceintes aussi, le moniteur
également, et ils adorent.
Il faut savoir que laudio 5.1 est également très
apprécié des fabricants de jeux vidéo... Je ne
sais pas si cest le cas en France, mais en Angleterre, aux
studios Pinewood par exemple, les producteurs de jeux se bousculent
et demandent tous des bandes son en 5.1. Le budget global des plus
gros jeux vidéo est désormais de lordre de celui
du budget cinéma européen. Sans doute la qualité
générale de ces Home Theaters informatiques
nest-elle pas aux standards plus élevés
demandés par la musique pure ou du cinéma,
mais le public est demandeur, et le jeu vidéo est un autre
domaine que le DVD qui fera beaucoup pour sensibiliser le public au
son multicanal.
Keith Spencer-Allen : Gérard, on ne tentend pas
beaucoup... Des commentaires ?
Gérard Loupias : Des commentaires, je crois que
jen ai déjà fait pas mal aujourdhui !
(rires dans la salle) Je suis souvent très radical dans
mes propos, comme les auditeurs ont pu le constater... Mais
japprécie beaucoup la journée que jai eue
aujourdhui. Avec Tony, nous sommes compétiteurs : lui
est Dolby, moi je suis dts, mais on a fait un pas de géant :
on a compris quil fallait faire la paix ! Au lieu de se manger
le nez à se dire Je suis le meilleur, tes le moins
bon..., je pense que maintenant, on réside tous les deux
dans le même petit morceau de silicium, et que la place
nest pas très large, alors on peut se dire que
globalement, Dolby ET dts représentent 100% du marché.
Du coup, il ny a plus de problème de décodage, de
choix... On se retrouve sur les mêmes DVD, les mêmes
films, partout, on est très actifs, trop même. Moi, je
reste dans le positif, on a vraiment un marché, des gens qui
sont fous de ça. Nous avons fait un DVD THX récemment,
pour lequel nous avons obligé la société
dencodage à utiliser le hardware dencodage
de chez Dolby, parce que ça marchait mieux. Et nous avons
utilisé aussi le dts, nous avons refait les bandes sonores de
manière absolument impeccable, en collaboration avec le
mixeur, le réalisateur, certains acteurs qui sont venus, tout
le monde a pu sexprimer là-dessus. Ce film, Les
Rivières pourpres, est sorti en DVD chez Gaumont, et
sest déjà vendu à 600 000 exemplaires. Je
viens dapprendre, grâce au SIMAVELEC, que 600 000
lecteurs DVD ont déjà été vendus depuis
le début de lannée. Bref, cest un
marché gigantesque, quil faut commencer à
travailler, le plus vite possible. Demain, la TNT
(Télévision Numérique Terrestre) va arriver,
elle sera en 5.1 aussi. Nous travaillons en ce moment avec Canal +
&endash; et je ne suis pas le seul, puisque Dolby aussi &endash; pour
essayer de passer soit du Dolby E, soit de la TTX, pour faire la
transmission de contribution et de diffusion. Les gens de Canal + se
sont aperçus que lorsquils passaient un film qui sortait
en même temps en DVD, les ventes de DVD nétaient
pas du tout heurtées. Ce qui signifie que les gens qui vont
acheter un DVD, ils vont regarder les suppléments en plus, ils
vont passer 3 heures à regarder ce truc-là, et
sils aiment bien, ils vont le regarder une deuxième
fois, le montrer aux amis... Pendant ce temps, ils ne regardent plus
les émissions de télévision ! Donc, il faut
sublimer le son pour redonner lenvie de regarder la
télévision en direct et pas que des DVD,
sinon, la télévision, elle est morte ! Et on sera tous
au chômage, parce que cest le plus gros vecteur.
Des gens comme Pierre Lescure ne sont pas tout à fait fous :
sils veulent rejoindre TPS, ce qui est tout à fait
dactualité, cest pour passer du 5.1 !
Peut-être même Dolby Digital et dts, avec le choix
à la réception, et il est fort possible que ça
se fasse très très vite. Donc, les professionnels que
vous êtes dans la salle doivent bien comprendre que le
multicanal, cest pas demain, cest aujourdhui, voire
hier, puisquau cinéma, ça a commencé
dès 1937, comme lexpliquait Tomlinson hier matin. Le
5.1, cest pas de la science-fiction.
Côté musique, je dirais une chose : je vais de temps en
temps au Conservatoire, on a des discussions, vous faites des choses
tout à fait exceptionnelles, à mon goût
extrêmement élitistes et trop fermées, cest
un peu une chapelle. Il faut que vous désacralisiez
complètement le 5.1, que vous essayiez de le faire dans un
environnement qui est celui du Home Theater. Ce nest pas
parfait, mais le Dolby Stereo nétait pas parfait non
plus, et pourtant on a adoré voir Apocalypse Now en
Dolby SR, on a pleuré, on a eu peur, cétait
formidable ! Ce format qui est là aujourdhui, cest
lhéritage. À la maison, on a la même chose
: alors il faut essayer davoir la créativité
maximale pour essayer de détourner cet objet.
Brigitte, du Conservatoire, dans lassistance : Je veux
bien te répondre, Gérard, et renvoyer par la même
occasion la balle dans votre camp, à France
Télévision : actuellement, au Conservatoire, on produit
quelques films pour la chaîne musicale Mezzo &endash; des
concerts Jeunes Solistes. On vous les livre en
stéréo. On peut tous vous les livrer, les anciens comme
les futurs, mixés en multicanal ! À nous, ça ne
nous coûte pas plus cher. Ça fait deux ans quon
vous pose la question; ça fait deux ans quon aurait pu
vous livrer des films en multicanal. On est prêts à vous
livrer les films quand vous voulez, la balle est de votre
côté...
Christophe Scherer : Ce que jentends est fantastique,
elle vient de dire quelque chose qui est très vrai, qui est
encore un discours de producteur : ça coûte le
même prix de le faire dans un standard que dans
lautre...
(réactions unanimes dans la salle : Non, non, non, cest
pas vrai, cest faux, pas pour tout le monde, cest parce
que vous, diffuseurs, refusez de payer plus cher la version
multicanal...)
Brigitte : Bon, je reformule ma phrase : ça vous
coûtera, à vous, le même prix vis-à-vis de
nous... (rappelons que Mezzo fait partie du holding France
Télévision, au même titre que Voyages, NDLA)
Christian Hugonnet : Si on fait rebondir ce débat dans
la direction de la production, je crois que la vraie
difficulté est que la télévision vit un moment
extrêmement difficile en ce moment. Aujourdhui, il faut
être capable de produire et diffuser des programmes 5.1 qui
soient compatibles Dolby Stereo, LtRt et mono. Les recommandations
deviennent importantes, et les directeurs techniques se posent des
questions insensées, quils navaient jamais
dû se poser jusquà présent. Le
problème aujourdhui consiste à savoir comment
arriver à obtenir cette compatibilité descendante. On
doit passer, quon le veuille ou non, de la mono au
multicanal...
Tony Spath :Ma réponse tiendra en huit mots :
Tout dépend de ce que vous appelez
compatibilité... (en VO : six words, it depends
how you define compatibility, NDT). Si compatibilité
doit être synonyme de perfection, cest très
difficile, voire impossible.
John Rutledge : La compatibilité est une vieille
chimère... À vouloir trop rester compatible, on en
reste à une simple évolution technologique, avec tous
les compromis que cela suppose. Alors que cest seulement avec
les révolutions technologiques quon avance. Cest
ce qui se passera avec la télévision haute
définition, dans quelques années.
Keith Spencer-Allen : Faisons rebondir le débat...
À toi, Tony !
Tony Spath : Le gentleman de la publicité (Christophe
Scherer) me rappelle la situation aux États-Unis. On voit se
succéder, dans les écrans publicitaires, de superbes
productions 5.1... écrans publicitaires insérés
dans des soap operas mixés même pas en
stéréo, mais en mono, ou insérés dans des
bulletins dinformation, en mono... Quel dépaysement
lorsque, écoutée sur un système Surround,
limage sonore seffondre littéralement dès
quon passe à autre chose que la pub...
Tomlinson Holman : Cest la même chose en Allemagne
aussi ! Dans le magazine Surround Professional, nous
chroniquons les films publicitaires, en décernant des
récompenses à ceux qui ont le meilleur son. Il y avait
une conférence thématique sur le Surround à Los
Angeles lan dernier. On commence à y voir des noms
illustres côté annonceurs : Procter & Gamble,
LOréal, venus suivre les évolutions du multicanal
parce quils savent que de plus en plus de systèmes Home
Theater sont installés dans les domiciles des spectateurs...
Il semble que les producteurs de programmes vont se trouver là
confrontés à une concurrence inattendue !
Tony Spencer-Allen : Catherine, est-ce que se tenir au courant
de lévolution du son Surround multicanal est important
dans votre domaine ?
Catherine Adart : Pour mon producteur, oui : il a un catalogue
de films à gérer, et quand il a un film en projet,
entre lécriture, la recherche du financement, le
tournage, il peut sécouler un an ou deux jusquau
mixage. On ne sait donc jamais quelles seront les nouvelles
technologies apparues entre-temps, qui conditionneront le format dans
lequel livrer le film, image et son. Il faut fournir sur le meilleur
support possible, aussi bien pour lui que pour le diffuseur. Il y a
cinq ans, on ne nous demandait pas de DVD, mais un format 4/3 avec un
mixage Dolby dédolbylisé pour les VHS. Mais on voyait
arriver sur les contrats une petite clause qui disait, en gros
Si un jour, on a besoin du DVD, on vous le demandera.
Pendant quelques années, on ne nous a rien demandé,
puis un jour, on nous demande 4 films dun coup, pour
exploitation DVD. Bon, très bien, je livre limage comme
dhabitude, le son comme dhabitude, et quelques jours plus
tard, je reçois un rapport de 24 pages, justifiant le refus de
limage au nom dinnombrables défauts techniques
jamais décelés jusque là. Je me dis Super,
le DVD, ça commence bien.... Bon, on résout les
problèmes, cétait du Scope, ils ne voulaient pas
dinterimage, on y est allés à la palette
graphique, on a fait ci, on a fait ça, en payant bien entendu,
et ça se résout. Puis arrivent les problèmes de
son : Quest-ce quon fait ?. Moi, jai de
la chance, je travaille principalement pour Christian Fechner,
cest quelquun qui vient du disque, qui aime le son, et
qui le plus souvent consulte les mixeurs. Ceux-ci nous tiennent au
courant de ce quil faut faire, on en discute pas mal avec
eux... Pour les derniers films quon avait faits avec UGC, le
mixage était en dts ET en Dolby Digital, pour tout couvrir.
Pour un film, récemment, il a fallu faire un 5.1
spécialement pour le DVD &endash; Les enfants du
marais, je crois. La fille sur le pont a aussi
été remixé en 5.1, il y a donc eu deux mixeurs,
William Flageollet et Dominique Hennequin. Et on a continué
comme ça. Le son 5.1 est livré sur cassette Hi-8,
format des DA-88. Ce que je regrette un peu, je lai
dailleurs déjà signalé à la CST,
cest que jaimerais que, tout comme à
lépoque du disque vinyle on pouvait avoir des
exemplaires avant pressage, quon pouvait faire écouter
à lingénieur du son, quon puisse faire la
même chose pour les DVD. Une fois quon a donné les
éléments, on ne sait plus du tout où ils vont,
qui fait quoi dessus. De temps en temps, en regardant les
étiquettes sur les éléments qui me reviennent,
jarrive à reconstituer leur parcours, de tel à
tel labo au niveau du son... Grosso modo, jusquà
maintenant, je crois que les mixeurs sont plutôt satisfaits de
ce quils ont entendu sur les DVD, mais ça nous a
demandé de faire quelques chèques de plus, avec
quelques zéros dessus. Ce nest pas anodin, mais
cest vrai aussi quil est important davoir dans
notre catalogue des films qui seront encore exploitables un certain
temps.
Sur Les amants du Pont-Neuf, qui a été
mixé à lépoque en Dolby Stereo, on nous a
demandé sil était possible de remixer, ou
à défaut, de bidouiller quelque chose lors de la
remasterisation, un 5.1 artificiel. On ne la pas fait sur ce
film-là : peut-être que nous serons amenés
à le faire pour dautres films de notre catalogue, mais
je nai pas encore touché à ce domaine. Mais on ne
le laissera pas faire par nimporte qui, on demandera à
lingénieur du son qui aura mixé le film
daller voir ce qui se passe, on ne peut pas laisser faire
ça comme ça...
Contractuellement, il faut savoir que cest le
réalisateur, le Directeur de la Photo et le mixeur qui ont
leur mot à dire sur lédition en DVD dun
film. Dans lensemble, ils nous font confiance... Mais
cest vrai que depuis cinq films, je fais faire un mixage 5.1
spécial DVD, immatriculé en tant que tel,
spécifique. Les mixeurs avec qui je travaille préparent
ce mix à lavance, de façon à ne faire
quun passage pour le réaliser. Ce que je sais,
cest que grosso modo, depuis quon est en 5.1, que ce soit
pour lexploitation en salles dts/Dolby, plus le DVD, plus la
version télé, plus la verion internationale en 5.1,
cest 4 jours minimum dauditorium en plus... La VI 5.1,
cest pour les versions étrangères
éventuelles du film !
Keith Spencer-Allen : Est-ce que ça influence,
dune façon ou dune autre, la phase de
budgétisation des films ?
Catherine Adart : Ça coûte plus dargent au
producteur, mais ça ne lui en rapporte pas plus pour autant !
Parce que lorsque le contrat est signé, le film nest le
plus souvent pas tourné, ça passe par un vendeur
à létranger qui deale aussi les DVD à
létranger et tout ça, bref jusquà
maintenant proposer des versions 5.1 ne nous a jamais rapporté
dargent en plus. Jai un producteur qui veut de la
qualité, qui a les moyens, qui fait des films qui se vendent
à létranger, cest une option
quil a prise et à laquelle il se tient. Tout comme
à lépoque où il faisant de la
télévision, il mixait déjà en
stéréo, gauche/droite, en se disant Un jour,
ça va arriver. Christian Fechner représente
à cet égard un cas particulier, je crois quil y a
des productions qui ne peuvent pas se permettre de payer
deux/trois/quatre jours dauditorium de mixage en plus...
En revanche, il ny a pas que le son 5.1 qui fait vendre les DVD
: il y a aussi les bonus... Les bonus, jai découvert
ça récemment. Il faut que je vous avoue, en toute
humilité, que je nai ni télévision, ni DVD
chez moi ! Je fait partie des x % de personnes dans ce cas, en fait
cest venu et cest reparti ! Mais jai
découvert que les jeunes et les revendeurs DVD à
létranger sont très friands de ces bonus. On me
pose très rarement la question de savoir sil y a un son
5.1, mais demandent toujours si jai des bonus...
Parfois, les réactions des distributeurs sont surprenantes !
Je ne citerai pas de nom, mais jai un jour demandé
à un très grand distributeur sil
préférait la version dts ou Dolby Digital du son pour
lédition DVD du film, ce quil pensait mettre
dessus, et on ma répondu : Ça veut dire
quoi ?. Par contre, ils mont demandé si
javais un making of, des interviews, des trucs comme
ça....
John Rutledge : Je pense quil faut vraiment
renégocier avec les distributeurs... Vous apportez une
richesse supplémentaire, tant au niveau son que contenus
annexes, cest une vraieamélioration au catalogue,
ça le valorise !
Catherine Adart : Il sest passé la même
chose quand on est passé du Dolby SR au SR-D et au dts, pour
pouvoir projeter le film dans les premières salles
équipées en numérique au début des
années 90 : les Gaumont, Karmitz et autres ne nous ont pas
donné un centime de plus pour autant ! Cest nous qui
décidons, parce que le producteur a les moyens, davoir
à la base une qualité optimale. Ceux qui nont pas
les moyens se replient sur les anciens standards, et sen
sortent quand même.
Bernard Heger : Jai une façon différente
de dire la même chose : cest quil me semble que la
valorisation provient du 5.1 Autrement dit, le passage en 5.1 vaut de
largent, et pour longtemps. Quand le standard sera encore plus
développé, ce sera plus évident. Il faudra
casser le prix du multicanal, comme on casse les prix du
matériel grand public, pour le rendre compatible avec les
budgets habituels...
John Rutledge : Et cest tout ce qui nest pas 5.1
qui sera démodé !
Christophe Scherer : Oui, et cest inéluctable...
Quand on va vers le 5.1, on ne revient plus en arrière.
Bernard Heger : Oui, mais pour moins cher. Aujourdhui,
la production 5.1 est facturée beaucoup trop cher.
Gisèle Clark : Au niveau du soft, je ne suis pas
sûre... Les éditeurs phonographiques navaient pas
compris le truc au moment de la sortie du Compact Disc. Ils ont
remasterisé à tour de bras, remixé les fonds de
catalogue parfois, et cest quand même pas normal
quun disque des Rolling Stones, qui a été vendu
à des millions dexemplaires depuis sa sortie,
coûte toujours 130 F dans un magasin. Ce serait bien que les
éditeurs comprennent aussi quun produit
samortisse, et quil est anormal de le faire payer plein
pot au bout dun certain temps...
Gérard Loupias : Il y a une grosse différence
entre lédition musicale et lédition de
programmes cinématographiques... Cest que les
éditeurs de DVD acquièrent souvent les droits pour 18
mois ! Donc ils doivent avoir un retour sur investissement
extrêmement rapide, sinon ils se plantent. Cest
très compliqué. En musique, cest plus
rentable...
Franck Ernould : Ça ne les empêche pas de pleurer
tout le temps, pour Napster, pour le MP3, pour la DAT...
Gisèle Clark : Tu veux dire que les éditeurs
cinématographiques sur DVD ont des excuses que les gens de la
musique nont pas...
Gérard Loupias : Tout à fait. Pour un
label DVD, cest très périlleux de
faire tout lencodage, la transformation, la vente, la
distribution, et de travailler sur un territoire souvent
limité à la France &endash; avec une seule langue sur
le DVD. Les Américains lont bien compris, et souvent, ce
sont leurs filiales qui distribuent sur lEurope entière
leurs films. Par exemple, UFD, la Fox, distribue elle-même
Star Wars : ils ne lont pas vendu à Gaumont ou
autres... Ce nest pas la même économie.
Dautre part, il faut bien comprendre que le cinéma, on
dit toujours que cest une vieille dame, qui a cent ans
passé, et qui ne fait plus le grand écart. Au niveau du
box office, Hollywood ne connaît que le ticket : le DVD lui
échappe complètement. Où est le ticket, dans un
DVD ? Le cinéma est à la base, il ne fauit pas
loublier, un art forain. Le DVD est un art, ou plutôt une
industrie, électronique. Et Hollywood a très peur de
ça. Cest vrai aussi dans le cinéma
français, qui se dit être un art, mais qui est
également une industrie. Le ticket est un problème. Les
droits ne sont pas toujours donnés pour sept ans, comme pour
les projections en salle ou lexploitation
télévisuelle, je crois, Catherine ?
Catherine Adart : Oui, cest ça, sept ans le plus
souvent. Le DVD, cest 18 mois, et il sort 6 mois après
la sortie du film en salle, ce qui est plutôt rapide. Sur ce,
le pressage dun DVD nest pas si cher, cest
lauthoring et la masterisation qui sont onéreux. Il faut
quand même dire quil y a eu une prime du CNC
dernièrement, destinée à financer les bonus sur
les éditions DVD. Cette prime, 35000 F par film je crois, est
donnée à léditeur. On na donc pas
trop à se plaindre, je pense quil y a très peu de
films sortis sur DVD qui perdent de largent, parce
quà lheure actuelle, les producteurs
français jouent le jeu, avec les bonus, les making of, etc. Le
handicap majeur, cest quil ny a le plus souvent
quune seule langue, il y a très peu de DVD
français sous-titrés en anglais, encore moins
doublés en anglais, sauf lorsque le film a été
tourné directement dans cette langue, par coproduction ou
autre (Harrison Flowers, Jeanne dArc ou autres).
John Rutledge : Pourtant, il faut préciser que les prix
de fabrication dun DVD, même sils peuvent sembler
importants, ne permettent déjà plus aux structures qui
sen occupent de réaliser des marges importantes. Je
connais plusieurs maisons dauthoring, qui pensaient avoir
trouvé un marché avec les bonus, les menus, etc., mais
en fait cest déjà la guerre des prix entre
prestataires. Cest en fait le glassmaster qui revient le plus
cher ?
Gérard Loupias : Je suis daccord avec ce que tu
viens de dire, mais il y a aussi linverse : par exemple, 2
millions de Francs pour lélaboration/construction
complète du contenu du DVD des Rivières
Pourpres... Lorsquon rentre dans des menus
sophistiqués, des bonus, des étalonnages successifs,
ça prend énormément de temps, et ça
coûte beaucoup dargent. Jai eu le budget dans les
mains : Gaumont a dépensé, rien que pour la license
THX, 18000 $. Cest déjà beaucoup
dargent...
Christophe Scherer : Tu ne dis pas tout, en fait... Ils sont
repassés sur toutes les images, le réalisateur en a
profité pour faire ce quil navait pas pu faire sur
le film, ils ont tout redescendu image par image...
Gérard Loupias : On peut aussi faire du DVD
industriel à 30000 F, cest sûr !
Christophe Scherer : Le Pacte des Loups va certainement
coûter très cher aussi...
Gérard Loupias : Je voudrais ajouter une chose : pour
une fois, je suis content dêtre français, parce
que les éditeurs américains et Hollywood,
Columbia/Buena Vista/Disney, tout ça cest un peu le
même monde, mais il y a quand même Sony dans
lhistoire, tous trouvent que le travail des Français au
niveau des authorings dts, (il se reprend) pardon, DVD,
excusez-moi...
(Tony Spath se réfugie sous sa table)
... les authorings français sont pour eux les meilleurs au
monde. Columbia a donc maintenant décidé
dautoriser la Gaumont à soccuper de
lélaboration ses DVD en France, de A à Z
&endash; et Disney vient de prendre la même
décision. Maintenant, je peux dire également que Disney
a décidé dutiliser aussi le dts...
Tony Spath : Je suis daccord avec mon nouvel ami
Lou-Lou, cest un grand marché pour lauthoring
français. Mais je pense que je ne suis pas daccord avec
lui sur qui a gagné, en fait, nous avons plus de part de
marché sur le son en DVD...
John Rutledge : Cest toi qui as la plus grosse,
Tony...
Christophe Scherer : Ah non, on ne parle pas de la
taille...
Tony Spath : Au final, cest une situation de
marché, cest toujours le consommateur qui
décidera la façon dont les choses seront produites...
Nous avons vu hier de très bons documentaires TV, dans des
styles très divers, mais toujours avec de belles images, un
contenu vraiment intéressant, et un son Surround de bonne
qualité. Ce sont de vrais atouts pour le futur : on peut les
sortir des étagères dans 15 ans, ils auront toujours
une bonne image et un bon son, bref toujours contemporains parce que
rien ne permettra de les dater ! Produire dès aujourdhui
en multicanal donne aux programmes une longévité bien
supérieure ! Si une structure de production ne sen rend
pas compte, elle sen mordra les doigts à moyen
terme.
Dans le futur, il semble que le nombre denceintes installables
chez le particulier soit assez verrouillé. Déjà
en 5.1, on a un Wife Acceptance Factor assez réduit dans le
domaine. Peut-être que les écrans plats et les enceintes
plates quon nous annonce pour dici peu
amélioreront la situation, mais les câbles resteront un
problème. On aura peut-être aussi du papier peint
composé dune multitude de transducteurs
miniaturisés, pourquoi pas, pour un son vraiment
multidimensionnel...
Christophe Scherer : Je ne voudrais pas paraître
réducteur sur le futur, puisquon aborde ce sujet, mais
les normes vont arriver naturellement par lutilisation à
grande échelle du son multicanal par plein de gens qui feront
forcément des bêtises, certains écarts de sons ne
fonctionneront pas, des organismes comme la FIMM en France, auxquels
nous participerons tous, créeront des normes.
Ce qui peut être plus problématique dans le futur, dans
le dispatching du son multicanal, ce sont les fréquences
graves, que nous apprécions tous, qui concourent aux ambiances
créées, qui donnent beaucoup deffet. Mais
certains en abusent : jai déjà entendu dans
certaines productions des claquements de portes agressifs... Cela
peut créer à terme un danger pour le voisinage : on
arrive relativement bien à contrôler les
fuitesé de médiums et daigus dune
pièce à une autre, mais pour les graves, de 20 à
100 He environ, cest plus difficile. Il faut là imaginer
des choses assez lourdes, silent-blocks et autres dispositifs,
difficilement accessibles à tout à chacun et qui
pourront créer à lavenir des problèmes de
voisinage extrêmement importants, dont on ne soupèes pas
encore aujourdhui la portée. La créativité
et la dynamique du son quon cherche à promouvoir,
puisquelle revient enfin dans des supports quelle avait
peu à peu désertés, ne doit pas déboucher
sur des exagérations invivables. Nous vivons au quotidien les
contrôles des mixages que nous recevons, et les graves sont
souvent très en avant...
Keith Spencer Allen : Une dernière question ?
John Rutledge : Est-ce que je peux faire une suggestion sur
lavenir ? Mais jimagine encore plus loin que Tony avec
son papier peint sonore, puisque je dis que à un moment
donné, on aura des implants biologiques, on
récupérera des informations destinées au
cerveau, comme celles recueillies par nos oreilles et nos yeux,
transmises à une banque de données. On aurait des
crédits, on déciderait, à un moment donné
: cest le loisir, jai envie de vivre telle
expérience, et on va vivre en virtuel, assis sur une
chaîne ou allongé dans son lit, un Total Recall. On
vivra le film dans sa tête, les crédits de travail
quon a fait seront déduits et redistribués
à la firme qui aura fait ça, la John Rutledge Company,
par exemple, et voilà... Tous les problèmes de
voisinage seront donc résolus à la source, avec ces
stimulations directes.
Christian Hugonnet : Une toute dernière question,
après cette brillante intervention ?
Public : Je voudrais, en rebondissant sur ce que vous venez de
dire, Monsieur, faire remarquer que les sept personnes à cette
table, qui représentent la diffusion télé, mais
il ny a pas de producteur dans la salle et sur la scène.
Le problème que vous venez de soulever me paraît,
à moi qui mixe pour la télévision des choses
beaucoup plus généralistes (magazines, documentaires,
dessins animés), pour nous le problème qui va se poser
est : que mettre dans les canaux supplémentaires, en plus de
la matière sonore qui provient du tournage ? Va-t-il falloir
réorganiser les métiers du tournage, améliorer
le savoir-faire des gens du tournage, lorganisation du montage
son, aller chercher les bonnes compétences, et nous, mixeurs,
sadapter à tout ça et sortir des mixages
multicanal ?
Vous avez chiffré le surcoût des différentes
déclinaisons de formats pour le cinéma qui, depuis
très longtemps déjà, sest mis au Surround
: pour nous, qui travaillons essentiellement encore en mono, en
stéréo un peu depuis quelques années, on va
avoir à gérer tout ça. Bref, ma question est :
Est-ce que les responsables en diffusion et en production
purement télévisuelle envisagent un effort financier
pour mettre tout cela en place ?
Gisèle Clark : Cest la raison dêtre
de ce Forum, ce que vous venez de dire... Cest ce quon
fait depuis quatre ans, et on en rediscutera encore certainement
lannée prochaine !
Lintervenant dans le public :Je maperçois
simplement que les réponses sont beaucoup plus avancées
chez les gens qui interviennent par rapport au cinéma, en
musique je suis moins sûr, mais sur le plan visuel, jai
limpression que ce nest pas encore bien
cerné...
Christophe Scherer : Je vais répondre dune
manière différente : nous sommes tous amenés, de
par le phénomène DVD, sa rapidité
dadoption, laccélération de ses chiffres de
vente, à courir après le wagon. Tous, si on ne comprend
pas ça, en exagérant un peu, on est morts ! Le contenu
en fait partie &endash; je crois que cétait Orson Welles
qui disait le film, cest 50% pour limage, 50% pour le
son. Le monde du son change, on doit tous sy adapter, nos
métiers doivent sy adapter. Diffuseurs et producteurs de
programmes ne peuvent pas régler ce problème dans tous
les métiers : les métiers eux-mêmes doivent
évoluer avec la technologie. Il faut être pro
actif...
Intervenant : Je voudrais faire remarquer que les produits
audiovisuels présentés hier ont été
presque tous réalisés dans un contexte
expérimental, qui ont valeur de pilotes ; il y a même
des intervenants qui ont avoué, Jérôme Alexandre
de France 3 Lyon en tête, quils étaient des
pirates dans leur entreprise !. Des sortes de moines du
service public...
Christophe Scherer : Mais cest super ! Vous croyez que
ça avait été facile, en 1994, de faire passer
les premiers films publicitaires en multicanal ? Et Roland Garros, la
même année ? Il faut y aller !
Christian Hugonnet : Cest vrai que ce sont des gens
passionnés, ingénieurs, techniciens, qui font avancer
les choses. Quelquun comme lAutrichien Florian Camerer de
lORF, qui vient présenter depuis trois ans les mixages
Surround de ses émissions dans le cadre de ce Forum, est tout
seul aussi ! À force de les présenter, on en parle,
lidée avance, et ça finit par prendre... Et on a
aussi une demande qui se crée et qui existe.
Christophe Scherer : On va dire que petit à petit, les
dirigeants vont séquiper, et vont se rendre compte chez
eux que le Surround est intéressant. Petit à petit,
ça va venir.
Gérard Loupias : Dailleurs, parmi vous, qui
possède un Home Theater à la maison ?
(quelques mains se lèvent dans la salle)
Tony Spath : À Hollywood, la transition des
émissions de télévision vers le Surround
sest faite très progressivement. Elle na pas
été majeure, et na pas débouché sur
des coûts de rééquipement prohibitifs. Les
cabines de mixage ont été peu à peu
réaménagées depuis cinq ans, et au bout de cette
période, toute la post-production sest faite en Surround
de façon très naturelle, sans heurt. Le mixage de shows
télé utilise encore beaucoup de sources mono (les voix)
ou stéréo (les musiques) : cest surtout le
public, lambiance des shows qui entoure le spectateur chez lui.
Les budgets de mixage pour un show Surround na pas
été modifié. On est loin des grosses productions
cinématographiques à laméricaine...
Un spectateur : Pour revenir sur la vision du futur, quand on
est assis sur son canapé et quon savoure les spectacles
en stimulation directe : à mon avis, ça
existe depuis plusieurs milliers dannées, ce nest
pas cher : cest le livre ! Quand on lit un livre, on peut
imaginer tout ce quon veut... La vision du futur est
plutôt passéiste dans ce cas de figure !
Keith Spencer-Allen : Nous avons déjà
dépassé la limite-temps de ce débat depuis vingt
minutes... Je vous remercie tous de votre concours. Pour lan
prochain, jai quelques thèmes en réserve :
lapparence du service à domicile, qui va
changer la façon dont nous regardons les DVD. Autre
thème : le Surround dans des endroits un peu imprévus,
les discothèques par exemple. Il faut savoir que dts vient
déquiper dune sonorisation Surround une
discothèque londonienne, en répartissant les enceintes
de façon à satisfaire le maximum dauditeurs.
Si on reprend le principe de cette table ronde lan prochain, je
suggère de lintituler, cette fois : Comment
peut-on encore NE PAS produire en multicanal ?
Table ronde enregistrée, retranscrite, traduite et mise en
forme par Franck Ernould.
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(John Rutledge et Franck Ernould, une heure après la fin
de la Table Ronde...)
Photo : Gisèle Clark
© 2001 Franck Ernould (franck.ernould@sfr.fr)
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