La firme naît en 1948, dans la cave d'un ancien bureau de poste
à Zürich. Avec trois autres personnes, Willi Studer y
conçoit et fabrique des oscilloscopes spéciaux servant
à tester des baies à haute tension. L'enregistrement
magnétique, développé par les allemands BASF et
Telefunken dans les années 40, est
"récupéré" et révélé au
monde par les américains, Ampex en tête.
Passionné par ces nouvelles machines, Monsieur Studer ne tarde
pas à mettre au point la siennne, produite dès 1949
sous le nom de Dynavox - la marque Revox n'apparaîtra qu'en
1951, lorsqu'il sera décidé d'exporter la production
dans le monde entier par le biais d'une structure créée
à cette occasion . Entretemps, les ingénieurs
peaufinent leurs plans et présentent le Studer 27,
destiné cette fois aux professionnels. La Radio suisse n'a pas
la patience d'attendre sa commercialisation en 1952, et utilise le
premier prototype pour enregistrer un Festival de musique classique
à Lucerne !
Dès lors, les différents modèles se
succèdent, A37, B37, C37... en restant fidèles à
ce principe de base : construire des machines robustes et
irréprochables, tant sur le plan de l'électronique que
sur le plan de la mécanique. Toutes les pièces d'un
Studer sont ainsi fabriquées en interne. On n'est jamais mieux
servi que par soi même ! Le moindre détail d'un
magnétophone stéréo C37 de 1960 fait penser
à une montre suisse, les contacts sont en or, les frotteurs en
platine, et même les écrous et les vis qui entrent dans
sa fabrication sont usinées à Zürich ! Quand il le
faut, Willi Studer conçoit lui-même les machines-outils
qui n'existent pas pour construire les engins de ses rêves.
Quant aux têtes, elles sont là encore
réalisées par Studer pour Studer, qui garde jalousement
ses secrets de fabrication. Bilan : un C37 pèse la bagatelle
de 78 kilos, et son prix atteint 50.000 anciens francs de 1960 (soit
environ 350.000 F 1996...) : autant dire un rêve,
réservé aux professionnels les plus fortunés !
Pour l'anecdote, il paraît que des blocs de têtes pour
C37 sont toujours disponibles aujourd'hui chez Studer-Suisse... Des
usines supplémentaires sont construites pour satisfaire la
demande, près de Zürich d'abord, puis en Allemagne. La
première console signée Studer, le Model 69, portable,
apparaît en 1958, et le premier magnétophone
entièrement transistorisé, le A62, en 1963. Un an plus
tard, coup de tonnerre : Studer présente le prototype du
premier quatre pistes (à lampes), le J37. Une machine
très complexe, qui compte parmi ses plus illustres
utilisateurs... les Beatles ! George Martin n'hésite
d'ailleurs pas à en synchroniser deux pour enregistrer l'album
mythique "Sergeant Pepper's".
Revox a beau constituer la division "amateur" de Studer, Willi n'en
suit pas moins de près chaque création, qu'il dote de
caractéristiques professionnelles : par exemple, les
magnétophones à bandes possèdent tous trois
moteurs et trois têtes. En 1967 nait un autre modèle de
légende : le A77. Magnétophone stéréo
à bobines complètement modulaire (ce qui constitue
alors une révolution), première machine à
intégrer un moteur de cabestan asynchrone
servo-contrôlé, le A77 sera produit à plus de 400
000 exemplaires en douze ans, et proposé en 50 versions
différentes selon le domaine d'application : éducation,
diffusion, "mouchards" radio permettant l'enregistrement de
journées entières à faible vitesse, etc. Dans
les années 70 apparaît toute une gamme d'appareils hifi,
dont le design s'inspire étroitement des modèles
professionnels Studer : elle connaîtra un grand succès
notamment en Allemagne... Le B77 succède avec brio au A77 en
1978. Toujours fabriqué de nos jours, il s'en écoule
plusieurs centaines par an rien qu'en France...
En 1970, Studer dévoile les célébrissimes
multipistes A80. Les effectifs dépassent alors 1000
personnes. A cette époque, une section européenne de
l'Audio Engineering Society existait depuis longtemps, mais les
Américains hésitaient à organiser des
Conventions en Europe, la rentabilité financière leur
paraissant aléatoire. C'est en grande partie grâce
à Willi Studer, qui les cautionnait et tenait vraiment
à leur concrétisation, que les Conventions de l'AES
sont désormais européennes une fois sur
deux...
La Studer 289, avec ses 30 entrées, est en 1972 la plus
"grosse" console professionnelle disponible sur le marché : la
Radio Suisse en achète quelques-unes... Tout au long des
années 70, la firme acquiert usines et immeubles, en Suisse
comme en Allemagne. Les machines estampillées Studer sont
présentes dans les studios du monde entier, de Paris à
Tokyo en passant par Singapour ou Melbourne, et les nouveautés
se succèdent : le A800 voit le jour fin 1979, suivi par de
nouvelles consoles portables, des synchroniseurs... Le
numérique naissant n'est pas oublié : Revox ne tarde
pas à proposer plusieurs modèles de lecteurs CD et des
outils de mastering sont disponibles chez Studer. 1984 et 1985
représentent des années florissantes pour la firme, qui
emploie alors 1 700 personnes et annonce un chiffre d'affaires de 229
millions de francs (suisses, bien sûr). A820, A807, A812,
consoles 963 et 970, contrôleur SC4008 et synchroniseurs
TLS4000... la valse des références est incessante.
En 1989, Studer rachète Integrated Media Systems et son
produit phare, la workstation Dyaxis : une bonne occasion pour
rattraper son retard dans un domaine très prometteur, le DtD.
Le numérique devient alors une priorité pour la marque,
qui propose dans la foulée une nouvelle gamme de lecteurs CD
et de DAT professionnels, un banc de montage numérique... et
le premier multipiste DASH signé Studer, le 48 pistes D820. En
1990, Willi Studer revend ses sociétés au groupe Motor
Columbus AG : le groupe Studer Revox AG, créé à
cette occasion, rachète alors 51% du constructeur
français Digitec, dont les activités dans le domaine de
la diffusion numérique sont parfaitement
complémentaires de celles du groupe suisse. Ultime changement
en 1994, l'américain Harman, un "vieux routier"
américain de l'audio pro, rachète le groupe Studer
Revox AG. C'est sous son nouveau nom, Studer Professional Audio AG,
que sont commercialisés aujourd'hui la Dyaxis II, la console
de mixage numérique D940, le 24 pistes DASH D827 ou encore le
lecteur de CD professionnel D731. Pour leur part, les appareils Revox
ont disparu des étalages. On murmure cependant que le nom
devrait être racheté par un grand groupe
d'électronique à la fin de cette année...
Signe des temps, Studer présentait en octobre 1995, en
avant-première à l'AES de New York, un enregistreur de
CD-R et surtout son premier enregistreur numérique
stéréo utilisant un support magnéto-optique et
permettant la compression de données, le D424 (cf. KBHSR 38).
Cette machine sera mise en vente dans les mois qui viennent. Les
dernières évolutions techniques sont donc
digérées tout en restant fidèle à l'image
de marque, la légende continue, et Willi Studer, son
instigateur, peut partir tranquille...
(franck.ernould@sfr.fr)
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