NRJ
UNE SYNERGIE DE GROUPE

Partie de rien, NRJ, qui fêtera ses quinze ans cette année, joue dans la cour des grands. Ayant dépassé Europe 1 en audience, elle est désormais la seconde radio commerciale française. Avec François Gabin, chef du projet audio, état des lieux à l’occasion de l’emménagement récent du groupe en de nouveaux locaux. Franck Ernould

L’histoire de NRJ commence en 1981, peu après l’accession au pouvoir de François Mitterrand, qui allait abolir un an plus tard le monopole de la radiodiffusion. NRJ (pour Nouvelle Radio pour les Jeunes), fondée sous forme associative par Jean-Paul Baudecroux, bientôt rejoint Max Guazzini, a commencé à émettre en juin 81, dans une chambre de bonne transformée en studio pour l’occasion. Le matériel avait été prêté par 3M, animateurs et techniciens étaient tous bénévoles. Le recours à la publicité ayant été autorisé en 1983 pour les radios privées, une société commerciale destinée à exploiter la station NRJ fut immédiatement constituée, suivie d’une régie publicitaire en 1984. La même année, la station déménage au 58 de l’avenue d’Iéna, où elle colonise peu à peu tous les étages et quelques bâtiments environnants. En 1985, elle est classée première radio FM sur Paris, et commence à ouvrir des stations en province. En 1986, intervient la diffusion par satellite (aujourd’hui, sur toute l’Europe par Telecom 2B, Copernikus et Eutelsat). Dès 1987, NRJ figure parmi les trois premières radios commerciales françaises, seule radio “musicale” comparable en termes d’audience à RTL et Europe 1, les “généralistes”. La même année voit le lancement de Chérie FM, de cible plus féminine et plus âgée. Le groupe grandit ensuite rapidement, avec des ouvertures vers la Suisse et la Belgique, une introduction au second Marché de la Bourse de Paris dès 1989 (puis au Règlement Mensuel en 1994), la création d’une nouvelle station appelée “Rires & Chansons” en Ile de France en 1990. Le réseau NRJ possède alors 150 stations, et Chérie FM accède à la dimension nationale en 1992. NRJ gagne l’Allemagne et la Suède en 1993, où elle compte aujourd’hui 14 fréquences en tout. Les installations de l’avenue d’Iéna étaient devenues trop étroites, que ce soit au niveau technique ou pour les 250 employés parisiens du groupe, le déménagement était inéluctable. Un immeuble situé dans le “Triangle d’Or” de la communication (déterminé par les implantations des autres grands groupes audiovisuels) fut déniché en avril 1993. Il fallut trois ans pour étudier et réaliser l’aménagement (65 MF) des nouveaux locaux, autrefois siège social de Total, la réalisation du projet audio proprement dit (25 MF) ayant pris sept mois. C’est la société Logicom qui a établi les objectifs de base du déménagement, qui s’est déroulé novembre 1995. Le marché a été emporté par Digitech : à cette occasion, certaines “vieilles” machines furent réformées (les lecteurs de cartouche notamment), et de nouveaux outils installés, par exemple la diffusion sur disque dur (c’est le système français Audio Follow qui a été choisi) ou les ensembles ProTools/SSL en édition/production. Des options très novatrices ont été prises, comme loger animateurs et techniciens dans le même studio, ou prévoir dès l’origine un câblage entièrement compatible analogique/numérique (effectué par Digicâble).

L’immeuble de la rue Boileau, rénové intérieurement par le cabinet d’architecture Berthet, abrite aujourd’hui toutes les activités du Groupe NRJ, et son siège social. Les studios de “Rires & Chansons” se trouvent au sous-sol, “NRJ” au 6è et “Chérie FM” au 7è étage. Les installations techniques de ces trois radios sont entièrement compatibles, ce qui est un précieux atout en cas de panne. Des baies de brassage permettent d’affecter n’importe quel équipement à n’importe quel studio. En ce qui concerne NRJ proprement dite, la station dispose d’un studio d’antenne “principal” et d’un de secours, de trois studios de production et de quatre cellules de montage. Un studio “public” d’une vingtaine de places, commun aux trois stations, est installé au rez-de chaussée. Il sert à accueillir des invités, et ses larges surfaces vitrées apportent une transparence et une convivialité très appréciées de tous, invités comme public.

Lors des débuts de NRJ, le DJ assurait aussi la partie technique de son émission, comme dans la quasi-totalité des radios FM. Les enchaînements de disques sont ainsi plus vivants et correspondent vraiment à ce que veut le DJ. Avec l’évolution de la station et de son public, il devenait difficile de ne faire que du pousse-disques, il fallait donner un peu de corps au programme, ce qui obligeait à libérer l’animateur des contraintes techniques pour qu’il puisse se consacrer entièrement à son émission, préparer ses interventions, prendre connaissance de documents récents entre ses prises de micro, en un mot enrichir son programme. Il faut donc un technicien-réalisateur, chargé de la gestion des éléments sonores divers (pubs, promos, disques, etc), mais qui sait aussi enchaîner dynamiquement des disques, au lieu d’attendre que l’un soit terminé pour faire démarrer l’autre. Il a été décidé, pour des raisons de contact, de les installer dans la même pièce, où ils peuvent être rejoints par des invités, des responsables de promo d’artistes, un mini-public qui réchauffe l’atmosphère lors d’interviews. Les petits bruits parasites inévitables ne sont pas captés par les Shure SM7, microphones dynamiques dont le son particulier contribue à la couleur des voix entendues sur NRJ. On retrouve dans tous les studios et cabines des préamplis micro Focusrite, dont les qualités (audio et de fabrication) sont à l’image du prix : en bref, selon Francois Gabin, le meilleur préampli micro au monde. Tous les essais comparatifs effectués avec les plus grandes marques ont montré la supériorité du Red 1 sur ses concurrents. Il a donc pris place dans l’imposant rack de compresseurs et déesseurs en tout genre dans le studio d’émission.

Les consoles de diffusion sont des Pacific Recorder BMX3, et les sources diffusées sont toutes numériques : lecteurs CD, MiniDisc, et disque dur pour les rubriques, les jingles, les promos et les pubs. C’est Monsieur Drubai, de la société ETC, qui a aidé à choisir le système de diffusion et aidé à concevoir la structure informatique. Le coeur de l’installation est une mémoire de masse de 56 Go, regroupant tous les éléments sonores diffusés dans le groupe NRJ : titres, sketches, rubriques, promos, etc. Cette banque est chargée par des PC connectés sur ce réseau, faisant tourner le logiciel Audio Follow. Dans les studios de diffusion tourne un autre logiciel, appelé Scrutator, qui va chercher le conducteur publicitaire et charge l’élément sonore adéquat dans la mémoire-tampon de 4 Go (soit 8 heures d’autonomie) du studio de diffusion correspondant. Pour encore quelque temps, la plupart des titres sont diffusés sur CD. A terme, tous seront sur la mémoire de masse.
Audio Follow a été choisi après appel d’offre et comparaison “sur le terrain” pendant trois mois avec Studer Numisys, Dalet et RCS. L’ergonomie d’Audio Follow, système français, est très appréciée des utilisateurs radio. Comme la plupart des systèmes de diffusion radio, il utilise des cartes de conversion Digigram. Autre avantage de l’utilisation d’un tel système : les copies numériques du “serveur” vers les studios se font à plusieurs fois la vitesse, ce qui est très appréciable lorsqu’on va chercher simultanément plusieurs éléments dans la banque centrale. Il a donc fallu installer un réseau FDDI en backbone (colonne vertébrale) en fibre, servant les postes en commutation par réseau Ethernet - bande passante de 10 Mo pour chaque poste, extensible à 100, voire plus en passant en réseau ATM.

Les studios de production servent à réaliser des produits un peu plus compliqués, de la retouche d’habillage d’antenne (toujours globalement réalisé à l’extérieur) au remix en passant par des promos ou les parodies de chansons. L’un d’entre eux possède d’ailleurs une belle collection de claviers électroniques divers et d’effets de studio, et accède à un 24 pistes analogique Studer A 827. Le déménagement a été l’occasion de passer au multipiste sur disque dur. Après des essais intensifs de DD1500, c’est ProTools qui a été choisi. Côté consoles, on recense deux SSL 4000 G flambant neuves (modèle choisi pour son automation, son ergonomie et la qualité de ses compresseurs et égaliseurs) et une MCI (pour ses voies in-line stéréo).

Les studios de montage servent à fabriquer des rubriques, à monter de la pub, un micro-trottoir par exemple ou une interview. On y réalise des opérations simples, qui conditionnent le rythme des interventions parlées. Les DD1000 Akai étaient arrivés voilà 5 ans, c’est maintenant le système ProTools en version 3 qui est installé dans ces studios.

La cible de NRJ est jeune, de 15 à 35 ans. Il s’avère que la station est également la plus écoutée chez les moins de 50 ans. Ses cinq millions d’auditeurs réguliers lui assurent la seconde place parmi les radios commerciales françaises, les derniers sondages d’écoute de décembre 95 amenant au classement suivant sur la France entière : RTL/France Inter/France Info/NRJ/ Europe 1. Conséquence du format “musical”, les flashes d’information sont donc assez peu nombreux (6h30, 7h30, 8h30, 9h30, 12h30, 18h30 ), et assurés par dix journalistes pour l’ensemble du groupe. Priorité est donnée aux “titres”, chansons selon la terminologie radiophonique. On recense environ deux écrans de 3 minutes 1/2 de pub par heure, plus les promos (concerts, opérations spéciales) La programmation, affinée par études sur panel deux ou trois fois par an, fait partie des grandes forces du groupe. Elle est concoctée par un programmeur par antenne, assisté par le logiciel Selector. Les titres à diffuser y ont été entrés au préalable par un comité réunissant le Directeur d’Antenne, le Vice-Président, le Chef d’Antenne et quelques programmateurs. Il ne reste plus à Selector qu’à assurer les rotations ou les horaires de passage automatiquement. Le facteur humain reste primordial, on s’en rend compte assez facilement lors d’une absence éventuelle du programmeur habituel d’une station.
Notons que les programmes NRJ destinés à l’étranger sont “adaptés” aux goûts locaux. C’est ainsi que par exemple la station berlinoise a recours à une programmation beaucoup plus “rock” qu’en France - étudiée à Paris d’après panels. Le quota légal de 40 % de musiques françaises est respecté, l’antenne refuse le hard rock et ne diffuse ni classique, ni jazz. A part ces légères restrictions, tout ce qui est pop anglaise, rock FM, rap, reggae, dance, ou gold (titres plus “anciens”, âgés au minimum de trois ou quatre ans) se retrouve sur NRJ.

L’émetteur de NRJ pour Paris (10 kW) est installé sur la Tour Eiffel, la diffusion sur 100.3 MHz privilégie donc légèrement l’Ouest de l’Ile de France. Toutes les grandes villes françaises possèdent leur émetteur (1 kW), la plus récemment équipée étant Strasbourg. NRJ possède le premier réseau FM en France, avec 195 émetteurs en janvier 1995, soit environ 30 millions d’auditeurs potentiels. Selon leur statut, ces radios NRJ de province répercutent passivement la modulation provenant de Paris, ou sont de “vraies” stations locales, avec petit studio, pub locale, rubrique et infos locales (50 journalistes ont été embauchés en septembre pour l’occasion). Un système de décrochage AGAP permet d’envoyer des tops sur les voies de service du satellite, qui après décodage font basculer la modulation sur le studio local. NRJ, organisant rarement des opérations extérieures en province, ne possède pas de car-régie : il est fait appel à des sous-traitants. Notons enfin que NRJ possède une filiale, la SOGETEC, qui est chargée des activités de Radiodiffusion du Groupe. Elle représente donc une concurrence salutaire pour Télédiffusion De France, l’organisme public chargé des mêmes activités.

Que réserve le futur pour NRJ ? Le groupe a des projets de développement sur l’Angleterre. Le passage en numérique pourra se faire très rapidement, et on parle même d’un achat de canal de satellite. Pour l’instant, l’acquisition d’une console de diffusion numérique n’est pas à l’ordre du jour, étant donné la faible offre du marché. Lorsqu’un fabricant proposera un matériel jugé convenable, le passage au numérique se fera très aisément : presque toutes les sources sont digitales (excepté les micros, le journaliste numérique n’existe pas encore…), la fibre optique est présente partout, les câbles cuivre installés sont compatibles numérique/analogique et la grille de commutation numérique est d’ores et déjà en place. Le DAB (Digital Audio Broadcasting) intéresse beaucoup NRJ : le CSA lui a attribué une fréquence, et des essais sont en cours. Gageons que le groupe est d’ores et déjà bien placé dans la course à la diffusion numérique…

ENCADRES

Le son NRJ

La plupart des stations privées parisiennes compriment et poussent le niveau dans le rouge constamment afin d’être mieux entendues en passant “en force” sur les ondes. Il en résulte un son écrasé, parfois entaché de distorsion, qui peut être jugé flatteur sur des radios bas de gamme mais devient très désagréable à écouter sur un équipement correct. NRJ utilise évidemment la compression, mais d’une façon beaucoup moins intense. La recette de la couleur sonore de la station, très appréciée en voiture (elle est la radio française la plus écoutée des automobilistes) reste pourtant “top secret” : “Pas un mot !”, confirme David Perreau, qui est en charge depuis quelques années de ce secteur sensible. “Depuis les débuts de NRJ, nous avons toujours voulu soigner le son de notre antenne par des traitements spécifiques, d’où une certaine recherche... et des crédits à dépenser ! Nous avons acquis depuis quinze ans un précieux savoir-faire, nous nous tenons au courant des sorties de nouveaux équipements, que nous renouvelons régulièrement. Tout ce que je peux dire, c’est que nous utilisons des appareils du commerce, que nous modifions parfois au niveau électronique. Les réglages, la qualité de l’alimentation secteur ou l’ordre de connexion des appareils ont évidemment leur importance. Le son NRJ est immédiatement reconnaissable, ce qui explique en partie le succès rencontré par les stations étrangères du groupe. Il est le résultat d’un esprit d’équipe, d’une concertation permanente entre direction technique, direction d’antenne et direction des programmes”.

Organigramme NRJ

Jean-Paul Baudecroux, Président
Max Guazzini, Vice-Président et Directeur Général des Programmes
Alain Weill, Directeur Général
Elisabeth Descombes, Directrice Générale de la Régie
Hubert Janvier, Directeur du Développement et de l’Exploitation des Réseaux
Luc Marot, Directeur Financier
Jacques Roques, Directeur Technique
Christophe Sabot, Directeur d’Antenne


Cet article est paru dans HOME STUDIO

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