Nausicaa, Centre National de la Mer. Une mise en espace
inoubliable, un parcours inventif, des images fortes (le "diamant aux
thons", le chalutier reconstitué, le nouveau lagon tropical
recréé de toutes pièces, les évolutions
des requins ou des éléphants de mer...) et un
élément crucial qui accompagne le visiteur dans toute
son exploration : le son ! Il ne fait aucun doute que le design
sonore de l'exposition est une vraie réussite. Comme nous
allons le constater, composer puis diffuser des musiques
électro-acoustiques dans le cadre d'une telle
muséographie n'a pourtant rien d'évident... Franck
Ernould
Nausicaa, le Centre National de la Mer, s'est ouvert le 18 Mai 1991
à Boulogne sur Mer, premier port de pêche
français. Le projet, monté sous forme de
Société d'Économie Mixte dans laquelle la ville
possède 75% des parts, porté à bout de bras
dès le début des années 80 par son maire Guy
Lengagne ( ancien Secrétaire d'État à la Mer),
inspire bien des commentaires pessimistes, voire indignés.
Quoi ? Aménager un "Centre de la Mer" ? Alors que Cousteau
s'est planté à Paris avec son Parc dans les Halles ?
Nausicaa court forcément à sa perte, d'autant que
l'image de la région Nord fera fuir les visiteurs ! Pourtant,
le succès est immédiat : plus de 500.000 visiteurs en 8
mois ! Aujourd'hui, Nausicaa, c'est 200 personnes, 10.000
mètres carrés d'expositions, 37 grands aquariums et
bassins totalisant 4,3 millions de litres d'eau salée
accueillant plus de 10.000 animaux marins provenant de toutes les
mers du monde. Le Centre a accueilli plus de 5 millions de visiteurs
depuis son inauguration ! Une extension de 2000 mètres
carrés a été ouverte l'an dernier, pour
fêter les 7 ans du site : elle coïncidait avec
l'achèvement de l'autoroute A16, reliant directement Paris
à Boulogne sur Mer. La fréquentation actuelle est de
850.000 visiteurs/an, dont 40% d'étrangers, ce qui fait de
Nausicaa le premier site touristique de la Région
Nord/Pas-de-Calais... Des études évaluent à 69 F
les retombées indirectes, par visiteur, pour la Ville de
Boulogne : hôtels, commerces, etc. Une manne dont profite tout
le tissu économique boulonnais !
Mise en scène
Il faut dire que ce projet n'est vraiment pas "comme les autres". On
connaît trop de musées ou d'aquariums mornes, où
s'alignent les tableaux ou les bacs, mal éclairés, sans
aucune inventivité dans le parcours, bref sans aucune
originalité. Dès le début, Nausicaa fuit cette
conception vieillotte. Le Centre, entièrement
dédié à la Mer, possède une
médiathèque (3500 ouvrages, 80 périodiques, 250
vidéos et 7000 photos sur la mer), une salle de projection de
130 places, une visite des bassins d'essai de l'IFREMER, un
restaurant de 300 places, et abrite un centre de Météo
France ainsi qu'une piscine. Des expositions temporaires
renouvellent, tous les ans, l'intérêt des visiteurs -
cette année, "Petit poisson deviendra grand". C'est, bien
sûr, le fait de "voir des poissons" qui attire le public :
Nausicaa propose donc de nombreux et vastes aquariums où
évoluent toutes sortes d'animaux vivants, mais les formes, les
volumes, la mise en scène ne doit rien au hasard. Dès
le début du parcours, le visiteur est plongé dans
l'obscurité, et est invité à découvrir
les plus petits animaux marins : le plancton. De "vraies"
méduses tournoient dans un grand cylindre de 6000 litres
d'eau, Des bulles de plastique abritent des reconstitutions des
animaux vivant dans les abysses, à -3000 mètres. Ce
n'est que progressivement qu'on aboutit aux espèces les plus
colorées et vivantes, avec de splendides bassins à
requins, un "diamant des thons" de 45.000 litres d'eau en forme de
pyramide inversée, un lagon corallien reconstitué,
qu'on découvre de l'intérieur, puis du dessus...
Tout cela a été mis au point part les
scénographes Christian Le Conte et Geneviève Noirot.
Leur mise en scène alterne jeux de lumières et passages
obscurs, aquariums fourmillant de vie et reconstitutions, et
dès les premières esquisses, le décor sonore
était prévu. C'est Michel Redolfi, compositeur et
designer sonore, qui a conçu et réalisé la bande
sonore, assisté de deux membres du CIRM (Centre International
de Recherche Musicale) de Nice : Luc Martinez et Michel Pascal. Tout
au long de la visite, on est accompagné par une
véritable partition électro-acoustique inouïe,
résultat unique et fugace d'une recomposition aléatoire
de plages composées pour l'occasion. Une gageure sur le plan
artistique et technique, que nous allons disséquer pour vous
en compagnie de Michel Redolfi, Luc Martinez et Julien Haudiquet,
Responsable Audiovisuel du Centre.
Musique dans l'eau
Co-fondateur dès 1969 du Groupe de Musique
Expérimentale (GMEM) de Marseille , Michel Redolfi
réside ensuite aux USA jusqu'en 1984 en tant que
compositeur-chercheur dans plusieurs centres de musique informatique,
dont l'Université de San Diego (Californie). L'Océan
Pacifique lui inspire vite quelques pièces au Synclavier,
alors son instrument de prédilection : Michel écrit
ainsi "Pacific Tubular Waves", qui évoque son goût pour
les surfers. Il a ensuite l'idée d'en enregistrer une version
"dans la mer", de façon à donner l'idée de ce
qu'on peut entendre de l'autre côté de la vague... Le
disque sort en 80, et dans une interview au "Monde de la Musique",
Michel se laisse aller à imaginer des concerts où il
plongerait carrément son public dans l'eau, de façon
à lui montrer effectivement ce qu'on entend dans ces
conditions... Que n'avait-il pas dit là ! À la lecture
de l'article, on lui propose de mettre sur pied un concert en piscine
à l'occasion d'un festival à La Rochelle, quelques mois
plus tard. Comment refuser ? Le concert aura bien lieu - Redolfi
devra d'ailleurs jongler avec les technologies existantes en
matière de transducteurs sous-marins, forçant les
fabricants à développer des modèles qui
n'existent pas encore pour arriver à sonoriser ses concerts
"sous l'eau" (voir l'article sur les transducteurs sous-marins).
C'est la fameuse série des "Sonic Waters", où les sons
prennent une toute autre consistance une fois perçus par
conduction osseuse et non plus par résonance
aérienne.
Redolfi gagne une flatteuse renommée dans ce domaine unique,
et son nom parvient à un certain Jacques Rougerie, un
architecte dont tous les projets (Aquabulles, Aqualab, Aquascope,
Pavillon de la Mer à Osaka, Maison de la Mer de Lorient,
Aquarium de La Rochelle) tournent autour d'une "civilisation des
mériens". Dans un ouvrage paru au début des
années 80, n'évoquait-il pas la possibilité de
jouer de la musique sous l'eau ? Ces deux-là étaient
faits pour se rencontrer ! C'est Nausicaa qui en sera l'occasion.
Une passion commune
«Nausicaa, c'est une chaîne», déclare Michel
Redolfi. «De l'architecte au muséographe, en passant par
le Directeur du Centre, tous vont dans la même direction,
passionnés dans leur domaine, et ont privilégié
une vision esthétique, communicante. Le design sonore de cette
exposition s'est réellement conçu en équipe, un
peu comme au cinéma. Aux USA, j'ai vu travailler Ben Burtt
pour Lucas, Walter Murch pour Coppola, et ça m'a appris
beaucoup de choses : rester humble, savoir se remettre en question,
respecter les contraintes de mise en scène, celles dues au
bâtiment... Nausicaa, c'est quelque part une façon
d'écouter dans l'air comme si on écoutait dans l'eau :
immerger les gens dans une évocation de la mer profonde. J'ai
donc réutilisé quelques recettes dont j'ai usé
et abusé dans mes musiques subaquatiques : des sons-supports,
auxquels je peux rajouter des éléments ponctuels,
parfois assez tendus, mais qui ne font que passer. Je n'ai jamais
joué l'agressivité, qui se traduirait par une
méfiance de l'auditeur, une sorte d'état d'alerte. J'ai
beaucoup utilisé les samplers pour "faire" les sons, mais on
croise aussi, ici et là, quelques souvenirs de Synclavier...
Le musée est divisé en douze zones, il y a donc douze
morceaux de musique "non traditionnels", en ce sens qu'ils n'ont pas
de vrai début, de vraie fin, de tonalité, de rythme
établi : ils sont conçus, dès le départ,
pour se mélanger le plus harmonieusement possible, puisque le
visiteur se déplace d'une zone à l'autre».
Des CD par douzaines
Dès le départ, Michel Redolfi "ouvre" le travail de
composition musicale à d'autres membres du CIRM : Michel
Pascal signe ainsi deux plages, tout comme Luc Martinez. Ce dernier a
conçu puis supervisé tout le côté
"concret" de la diffusion sonore elle-même. «Le design des
sons est important en lui-même, bien sûr, mais il est
selon moi inséparable de la pensée et du
développement des outils permettant d'atteindre les buts
désirés. Il faut parfois retrousser ses manches,
concevoir, fabriquer, modifier des matériels de diffusion,
programmer des logiciels qui n'existent pas...». Pour Luc, le
projet Nausicaa commence en 1989. Il vient juste d'arriver au CIRM,
avec derrière lui une expérience du home studio, du
rock, de la musique contemporaine pour le théâtre
et déjà une certaine connaissance de
l'interactivité, des montages électroniques. «En
plus du design sonore à proprement parler, je me suis
intéressé à la façon dont on allait
entendre ces sons, comment et où, et surtout comment ça
allait tourner... Lorsque j'ai ouvert le dossier, je me suis
aperçu que mes prédécesseurs avaient tout
basé sur des magnétos 24 pistes ! Usure des bandes, des
têtes de lecture, maintenance régulière : des
coûts d'exploitation rédhibitoires pour un tel
musée...
J'ai donc fait le pari, à l'époque, d'utiliser des CD.
Le lecteur CD était encore un appareil autonome, qu'on ne
pilotait pas avec des ordinateurs. Me voilà donc à
rassembler 12 Revox B226 dans une baie, en les
télécommandant via un PC faisant tourner un logiciel de
diffusion programmé en Basic par nos soins. Ce choix s'est
avéré le bon: les Revox ne sont jamais tombés en
panne, et leurs blocs optiques ont assuré des milliers
d'heures d'exploitation sans aucun souci. L'ordinateur central,
référencé sur l'heure universelle (dans la
porteuse de France Inter GO), leur fait suivre un programme
calé par pas d'une minute, sur une semaine. Ce programme
envoie telle plage de tel CD dans telle zone, à tel
niveau». Le Mercredi, jour des enfants, est donc plus
généreusement sonorisé que le Lundi.
Le logiciel, lors de son lancement chaque matin, met à l'heure
l'horloge de l'ordinateur, allume les amplis trois par trois pour ne
pas demander trop de courant d'un coup, puis les lecteurs CD, qu'il
vérifie, et enfin lance son programme de diffusion. Il tourne
sans une seule défaillance depuis 1991, sur un PC
d'époque. Petite anecdote amusante : voici dix ans, la gravure
de CD audio à l'unité était inconcevable. Les
diverses plages musicales requises au fil de l'exposition ont donc
été rassemblées sur un seul CD, pressé
à quelques centaines d'exemplaires. Ceux qui tournent dans les
lecteurs et ceux qu'on peut acheter au magasin de Nausicaa sont donc
rigoureusement identiques...
Autre attraction sonore : le chalutier. Il s'agit d'un bateau
"reconstitué", dans lequel on se promène. Là, il
fallait une solution indépendante : c'est un DAWN 8 pistes qui
assure la diffusion multipiste, avec des ambiances, des bruits, des
sons divers : il tourne sans problème avec le même
disque dur depuis 91 également...
Et les enceintes ?
«On a réparti en tout 60 enceintes dans l'installation,
choisis avec Menton Composants, qui s'était chargé de
la conception de l'infrastructure», poursuit Luc. «La
fourniture et l'installation des enceintes et amplis avaient
été sous-traitées avec Tech Audio, alors
importateurs de Crest Audio et d'EAW (ils avaient retenu les petits
modèles, de la gamme MS20, MS30)». Autres sources sonores
: des tweeters JBL montés sur platine et des caissons de
graves dans certains endroits - il faut alors placer un filtre audio
réalisé "sur mesure" sur l'arrivée des
câbles provenant de l'ampli. Pas de recette
pré-établie : chaque zone de l'exposition est un cas
particulier, par sa forme, ce qu'on y voit, le parcours que le public
y effectue... Par exemple, la salle des abysses : «C'est du
décor, avec des reproductions de poissons en plastique blanc,
puisque ces animaux ne peuvent survivre en aquarium. Plutôt que
de les exposer derrière une vitre plate, le muséographe
a carrément recréé une capsule, et le public se
sent dans un bathyscaphe. J'ai fait mettre des HP au niveau des
coupoles, de part et d'autre des oreilles des visiteurs, et le
morceau diffusé, "Traversée des abysses", comporte des
voix HP, des bips, des bruits de bras mécaniques, comme si on
se trouvait dans un engin d'exploration. Un caisson de graves
dissimulé dans le décor donne un impact
supplémentaire à cet environnement.
Ce n'est là qu'un exemple : l'ensemble des musiques et du
design sonore a été pensé ainsi, et à
chaque espace de diffusion correspond un dispositif donné.
«Dans la quasi-totalité des musées
sonorisés, on trouve des rangées de haut-parleurs
identiques», confie Luc. «Nausicaa est un des premiers
espaces muséographiques où la diffusion correspond
très précisément à chaque type de
musique. Plutôt que d'avoir une seule enceinte large bande,
j'ai préféré installer un caisson de graves, des
médiums et des tweeters, de façon à vraiment
focaliser les sons. Si on est là, on entend : si on est
à côté, on n'entend plus. La situation est donc
complètement inversée par rapport à un concert
électro-acoustique traditionnel, où le public est fixe
et où c'est le compositeur qui mélange et dirige les
sons à sa guise. À Nausicaa, chaque visiteur se fait
son propre concert unique, par ses déplacements, ses points
d'arrêt... Et s'il revient le lendemain, même s'il refait
le même parcours, ce qu'il entendra sera encore
différent, puisque les éléments sonores ne
seront pas calés de la même façon !».
Certaines plages des CD sont tout simplement lues en boucles,
d'autres (comme le logo sonore Nausicaa, par exemple - voir
encadré) sont envoyées à des moments très
précis, en synchronisation avec d'autres
événenements. Ce ne sont pas les seuls sons qu'on
entende à Nausicaa : ces événements sonores
ponctuels sont déclenchés, ici et là, par des
capteurs haute fréquence - et les sons correspondants lus sur
EPROM ou sampler, en correspondance éventuellement avec des
effets de lumière.
Après installation, les enceintes sont évidemment
toutes égalisées : un auditeur se promène dans
l'expo, échange des commentaires avec un collègue
installé dans la régie son, qui procède à
certains réglages. On change de rôle, on recommence
tout... Trois jours de travail à chaque fois, d'autant que la
présence de public modifie les caractéristiques
acoustiques des locaux !
Deuxième service
Nous l'avons dit, une extension à Nausicaa a ouvert ses portes
l'an dernier. L'occasion, pour Luc Martinez et Michel Redolfi, de se
remettre au travail ! Le dernier a quitté le CIRM, le premier
en est devenu le directeur... Michel compose
l'intégralité de la musique de cette deuxième
"tranche" de l'expo : «Il s'agissait pour moi, non d'une
nouvelle création, mais plutôt d'un prolongement de ce
qui existe déjà dans la première partie : j'ai
joué l'homogénéité». Cette fois, il
prévoit un CD par zone de diffusion, gravé à
l'unité, et lu par un drive CD-ROM utilisé comme
lecteur audio - il y en a douze, six par baie de 3 U de rack. Le
logiciel de diffusion a lui aussi nettement évolué, et
appris à tenir compte d'événements sonores
extérieurs. En effet, en 1991, il n'y avait que des images
défilantes ou des diaporamas : pas de bornes interactives, ou
de spectacles vidéo possédant leur propre vie, avec un
son plutôt puissant... Désormais, le logiciel
gère donc non seulement les CD, mais aussi toutes les autres
sources de son, pour une meilleure harmonisation sonore. «Le
logiciel CD Manager 3.0 assure aussi les départs de spectacles
: il fait partir le lecteur vidéo, qui fait baisser le niveau
de la musique jouée dans l'espace juste à
côté, et éteint les lumières»,
explique Luc. Quand la vidéo s'arrête, la musique des CD
reprend ses droits. Il arrive aussi que le logiciel demande le
démarrage et la lecture en synchronisme de 2 ou 3 CD dans une
même zone : du multipiste sans multipiste !».
Au niveau des transducteurs, il y a également du
progrès... «Je trouvais qu'il y avait des formes de
haut-parleurs qui manquaient dans la "vieille" installation : aucun
parabolique, par exemple, pourtant indispensable pour envoyer un son
en un endroit précis. J'avais essayé de contourner le
problème avec des tweeters à ogive, mais le
résultat n'était pas excellent. C'est chez une marque
allemande que j'ai trouvé une demi-sphère en plexi,
avec un HP inclus dans une demi-sphère plus petite,
tournée vers le haut, qui me permet de localiser très
ponctuellement un son ou un commentaire : quand on est juste
en-dessous, on l'entend : si on passe à un mètre, on
n'entend rien ! J'essaie actuellement d'en bidouiller une version
stéréo. On peut alors diminuer la puissance du HP de 40
à 60%, sans aucune perte à l'endroit précis
où on désire focaliser le son».
Pour les autres enceintes, pas question d'utiliser des modèles
de home studio Genelec, JBL ou Tannoy, par exemple : elles ne sont
pas adaptées à ce domaine, et leur prix trop
élevé pour le budget de l'expo. J'ai choisi depuis
longtemps la marque DAS : des modèles espagnoles, pas
très connus, mais bien meilleurs que nombre de
références connues. Le cas échéant, je
demande aux ingénieurs de la marque des aménagements
précis en fonction de nos besoins».
Petite remarque en passant : tous les appareils "son" se voient
regroupés dans deux régies, situés dans deux
coins du bâtiment. Il a donc fallu tirer des kilomètres
de câble HP pour aller alimenter toutes les enceintes du Centre
: «Je ne me souviens plus de la longueur totale, mais je sais
que la pose des câbles, sous-traitée avec les
électriciens qui ont conçu et réalisé
l'installation du Centre, a dépassé les 100.000 F
!».
Julien Haudiquet
Si Luc Martinez et Michel Redolfi sont en quelque sorte les "papas"
de l'installation sonore de Nausicaa, l'exploitation et la
maintenance des ressources audiovisuelles du Centre sont
déléguées à quatre personnes sur place,
sous la responsabilité de Julien Haudiquet, qui occupe ses
fonctions depuis Avril 91, après des études au
pôle audiovisuel universitaire de Valenciennes et quelques
piges à France 3 Lille. «Tout était
déjà installé, je n'ai eu qu'à
réceptionner», se souvient Julien. «Les choix faits
par Luc et Menton Composants étaient judicieux, puisque tout
est encore en place, malgré des conditions d'exploitation
draconiennes : le Centre ouvre à 9h30, ferme à 18h30
(20 heures en été), mais parfois on enchaîne sur
des manifestations prévues par ceux qui ont loué le
Centre pour la soirée. Et cela 7 jours sur 7, 345 jours par
an, puisque Nausicaa ne ferme que trois semaines par an, début
Janvier».
"Maintenance" : le mot est lâché ! Julien est un peu
l'homme providentiel à Nausicaa, qui possède, outre les
installations "son" vues depuis le début de cet article, un
espace de cinéma 3D sonorisé en multipiste, des bornes
interactives, une Médiathèque, une salle de
conférences... Autant d'appareils divers, audio, vidéo,
informatiques... sur lesquels Julien est appelé à
intervenir dès qu'un problème se présente.
«Quand j'ai démarré ici, je ne m'attendais pas
à devoir savoir un jour tirer et brancher des lignes
téléphoniques... technique que je n'ai d'ailleurs
jamais étudiée, et que j'ai donc apprise sur le tas
!».
On le sait, le meilleur ingénieur de maintenance est celui
avec lequel aucune panne ne se produit. Le risque est que du coup,
des gestionnaires mal avisés ne se disent : «Voilà
bien un poste inutile et qui nous coûte cher, puisqu'il n'y a
jamais de panne ici...». Alors que dans ce domaine, agir, c'est
prévoir ! «On pourrait croire qu'une fois que ça
tourne, c'est bon, et il n'y a que peu de choses à faire...
rien n'est plus faux ! Si on a une panne sur un lecteur de CD et
qu'on la répare, on peut être sûr que le lendemain
matin, ce sera un autre lecteur qui tombera en rade ! Une sorte de
loi des séries... Variante : si j'avais prévu
d'intervenir sur un appareil en maintenance préventive, mais
que j'ai dû reporter cette intervention pour telle ou telle
raison, il tombera en rade les jours suivants... C'est inexplicable,
mais c'est comme ça !» Le budget "audiovisuel" n'est pas
très important comparé au budget total de Nausicaa :
environ 1 MF par an, avec 4 employés. «La maintenance
coûte toujours de l'argent, c'est évident...
L'idée est d'avoir au moins un appareil d'avance en
réserve : faisable pour les amplis ou les CD, mais difficile
pour un gros vidéoprojecteur...». Le planning horaire
très serré du Centre laisse en fait peu de latitude
à Julien pour ce qui est maintenance préventive :
travailler de nuit ! «Le jour, il se produit toujours quelque
chose, on n'est jamais disponible. La nuit, c'est le calme absolu, on
a l'expo à soi, on se fait la visite... Cela dit, il n'est pas
question de perdre du temps : le collègue du matin suivant
doit pouvoir remettre en place l'appareil qu'il a fait réparer
la nuit par le collègue de la veille».
Luc Martinez est parfaitement conscient de l'importance du travail
effectué par Julien : «J'aimerais bien que sur tous les
Musées où je bosse, il y ait quelqu'un d'aussi pointu,
méticuleux, précis et ordonné. Il gère sa
maintenance de manière exemplaire, il a appris sur le tas
à démonter, changer et remonter pratiquement n'importe
quelle pièce "accessible" des machines dont il a la charge. Je
suis sûr qu'en regardant une image de vidéoprojecteur
blanchir, il sait prédire, à quelques heures
près, la durée de vie restante !». Un commentaire
que tempère l'intéressé... «Justement, nous
avons eu un petit problème sur les quatre
vidéoprojecteurs Sony 800 utilisés pour le
cinéma 3D, pourvus d'une fonction de prévision de la
durée de vie des tubes : elle semblait bien moindre que celle
annoncée... Et une fois que j'avais changé les lampes
au bout de 1000 heures au lieu des 1500 prévues, l'indicateur
persistait : il reste seulement quelques heures de fonctionnement,
attention... puis mettait l'appareil hors fonctionnement. En fait, il
s'agissait d'un petit problème d'EPROM, vite résolu par
Sony, dont le support technique est vraiment de grande
qualité. Je n'ai pas non plus à me plaindre des
services de Barco, fournisseur des autres vidéoprojecteurs
utilisés dans Nausicaa».
Autre casse-tête pour Julien : la sonorisation du lagon
lorsqu'il est loué pour des soirées privées
(dîners d'entreprise, congrès...) : «En
été, le Centre ferme ses portes à 20 heures, et
les dîners commencent à 20 heures 30. Ça me
laisse une demi-heure chrono pour installer les enceintes, les
amplis, vérifier que tout marche... Cet espace est assez
difficile à sonoriser, et nous n'avons pas encore
trouvé d'installation fixe qui nous satisfasse.
Résultat : certains soirs, c'est la vraie course !».
Le futur
Michel et Luc ont bien sûr travaillé sur de multiples
projets outre Nausicaa, et chacun d'entre eux leur permet de
découvrir d'autres technologies, d'autres situations, de
résoudre d'autres problèmes... «Pour un Nausicaa
"troisième génération" de développements,
j'envisagerais, au lieu de grouper les machines dans un local
à part, de les placer dans chaque zone, et de les commander en
TCP/IP. Un ordinateur central enverrait via un réseau les
données d'exploitation, décodées par de petits
boîtiers équipés de microprocesseurs, qui
recevraient les instructions et qui feraient démarrer les CD,
paramétreraient les amplis, les égaliseurs... C'est en
phase de test, mais ça marche très bien. Avantage :
économie de câblage HP par rapport à des
régies où tout est centralisé, plus de pertes en
lignes, possibilité de gérer les niveaux de diffusion
en temps réel, en plaçant des micros d'ambiance dans
les différentes zones, dont le niveau serait estimé
puis envoyé à l'ordinateur central, qui
déciderait alors de monter ou baisser le gain des
amplis...» Sans compter un accès facile depuis
l'extérieur du Centre aux programmations et paramètres
: un aspect déjà présent aujourd'hui dans
l'extension, puisqu'un modem permet à Menton Composants
d'intervenir, depuis Nice, sur certains paramètres de CD
Manager 3.0 : niveau d'écoute ou plage programmée sur
telle zone...
Merci à Françoise Amet, Julien Haudiquet, Luc Martinez
et Michel Redolfi pour leur concours à cet article.
Encadrés
Le logo Nausicaa
Le logo sonore "Nausicaa" a sa petite histoire... "Je voulais un
arrangement vocal à quatre voix. J'aurais très bien pu
faire venir quatre chanteurs à l'Opéra de Nice,
écrire la partition, et c'était réglé en
une demi-heure ! Mais j'ai voulu m'éclater, alors j'ai pris un
CD qui venait de sortir, de musiques d'un compositeur français
du haut-Moyen-Âge, dans lequel je suis allé chercher,
syllabe par syllabe, ou plutôt consonne par consonne et voyelle
par voyelle, de quoi faire les sons No-zi-ca-a. Mot que l'ensemble
vocal n'avait évidemment jamais prononcé sur le CD !
J'ai utilisé à fond les possibilités des
stations de montage audionumérique de l'époque, avec un
petit coup de pitch en prime. Ça m'a bien pris trois jours en
tout, mais ça m'a vraiment éclaté de le faire :
à la fois un défi et un plaisir...
La climatisation
Régie : en 91, lorsque j'ai affirmé aux
responsables du centre qu'il fallait absolument climatiser la
régie son, ils ont souri : "Vous savez, on est à
Boulogne sur Mer, ici...". Pourtant, 12 lecteurs de CD, 12
égaliseurs et 12 Crest 301 aux taquets dans une même
baie, ça dégage de la chaleur... Le matin de
l'inaguration du centre, en mai 91, il faisait pour une fois une
chaleur inhabituelle. Résultat : l'une après l'autre,
les zones d'écoute sont devenues muettes. Les amplis se
mettaient en mode de protection thermique. Les responsables : "Ben
alors, qu'est-ce qui se passe, la musique ?" Moi : "Il fait trop
chaud, les amplis claquent ! Il faut aller au supermarché du
coin et acheter quatre ventilateurs, les plus gros que vous
trouverez... Et prévoir la clim !". Ça a marché,
et quinze jours plus tard, il y avait une belle clim dedans !
Côté Multimédia
Nausicaa s'est doté voici quelque temps d'un site Internet,
www.nausicaa.fr,
programmé et réalisé sur cahier de charges par
un prestataire extérieur avec des éléments
fournis par le Centre. Jérôme Ollier, rédacteur
Multimédia de Nausicaa, travaille en ce moment sur un projet
de borne interactive qui prendrait place dans l'expo permanente. Les
objectifs : fournir des informations récentes sur les sujets
traités dans telle ou telle zone, les panneaux muraux mis en
place vieillissant trop vite ; pouvoir présenter aux visiteurs
des images ou des textes d'actualité, leur permettant de faire
le lien entre ce qu'ils voient au Centre et la vie courante ; enfin,
permettre l'accès à un maximum de ressources de la
Médiathèque - livres, Internet, CD-ROM,
photothèque (plus de 10000 clichés à Nausicaa
!)...
Le matériel choisi consiste en ordinateurs reliés
à une unité centrale et écrans classiques Sony
15 pouces, voire 17 pouces pour plus de confort. Les articles,
rédigés et créés en interne sur Front
Page, seront ensuite pris en charge par un logiciel "sur mesure"
s'appuyant sur l'Intranet pour construire "à la volée"
les pages affichées à l'écran. Une partie du
dispositif est déjà en place : il reste à
finaliser l'interface graphique et quelques éléments de
programmation sur les différentes applications, ainsi
qu'à trouver un moyen de gérer les droits le jour
éventuel où on basculera toute cette documentation sur
l'Internet.
Les baies :
PREMIERE TRANCHE
(zones de diffusion)
Lecteurs CD Revox B226 (x 12)
Egaliseurs Monarch (x 12)
Amplis Crest Audio CV301 (2x150 W)
+ Sonalta AP125 (pour une zone supplémentaire, zone
Ifremer)
"Custom" : horloge universelle, commutateur de retours par zone
PC de supervision
DEUXIEME TRANCHE
(zones de diffusion de l'extension + cinéma 3D)
Cinéma 3D : V1
Amplis : Executive Audio ASB 400 (x14)
Lecteurs CD-ROM par baies
Égaliseurs Samson Ego E30
Sélecteur de retours
PC de supervision (CD Manager 3.0 by CIRM & MCAS)
Modem 56K pour télé-maintenance
Les deux sonos sont également reliées au système
de détection d'incendie, qui, en cas de feu, accorde une
priorité absolue aux messages d'alerte, qui viennent couper la
musique.
© Franck Ernould, Réalisa-SON 1, 1999
*