NAUSICAA

Le Centre de la Mer


 

Nausicaa, Centre National de la Mer. Une mise en espace inoubliable, un parcours inventif, des images fortes (le "diamant aux thons", le chalutier reconstitué, le nouveau lagon tropical recréé de toutes pièces, les évolutions des requins ou des éléphants de mer...) et un élément crucial qui accompagne le visiteur dans toute son exploration : le son ! Il ne fait aucun doute que le design sonore de l'exposition est une vraie réussite. Comme nous allons le constater, composer puis diffuser des musiques électro-acoustiques dans le cadre d'une telle muséographie n'a pourtant rien d'évident... Franck Ernould

Nausicaa, le Centre National de la Mer, s'est ouvert le 18 Mai 1991 à Boulogne sur Mer, premier port de pêche français. Le projet, monté sous forme de Société d'Économie Mixte dans laquelle la ville possède 75% des parts, porté à bout de bras dès le début des années 80 par son maire Guy Lengagne ( ancien Secrétaire d'État à la Mer), inspire bien des commentaires pessimistes, voire indignés. Quoi ? Aménager un "Centre de la Mer" ? Alors que Cousteau s'est planté à Paris avec son Parc dans les Halles ? Nausicaa court forcément à sa perte, d'autant que l'image de la région Nord fera fuir les visiteurs ! Pourtant, le succès est immédiat : plus de 500.000 visiteurs en 8 mois ! Aujourd'hui, Nausicaa, c'est 200 personnes, 10.000 mètres carrés d'expositions, 37 grands aquariums et bassins totalisant 4,3 millions de litres d'eau salée accueillant plus de 10.000 animaux marins provenant de toutes les mers du monde. Le Centre a accueilli plus de 5 millions de visiteurs depuis son inauguration ! Une extension de 2000 mètres carrés a été ouverte l'an dernier, pour fêter les 7 ans du site : elle coïncidait avec l'achèvement de l'autoroute A16, reliant directement Paris à Boulogne sur Mer. La fréquentation actuelle est de 850.000 visiteurs/an, dont 40% d'étrangers, ce qui fait de Nausicaa le premier site touristique de la Région Nord/Pas-de-Calais... Des études évaluent à 69 F les retombées indirectes, par visiteur, pour la Ville de Boulogne : hôtels, commerces, etc. Une manne dont profite tout le tissu économique boulonnais !

Mise en scène

Il faut dire que ce projet n'est vraiment pas "comme les autres". On connaît trop de musées ou d'aquariums mornes, où s'alignent les tableaux ou les bacs, mal éclairés, sans aucune inventivité dans le parcours, bref sans aucune originalité. Dès le début, Nausicaa fuit cette conception vieillotte. Le Centre, entièrement dédié à la Mer, possède une médiathèque (3500 ouvrages, 80 périodiques, 250 vidéos et 7000 photos sur la mer), une salle de projection de 130 places, une visite des bassins d'essai de l'IFREMER, un restaurant de 300 places, et abrite un centre de Météo France ainsi qu'une piscine. Des expositions temporaires renouvellent, tous les ans, l'intérêt des visiteurs - cette année, "Petit poisson deviendra grand". C'est, bien sûr, le fait de "voir des poissons" qui attire le public : Nausicaa propose donc de nombreux et vastes aquariums où évoluent toutes sortes d'animaux vivants, mais les formes, les volumes, la mise en scène ne doit rien au hasard. Dès le début du parcours, le visiteur est plongé dans l'obscurité, et est invité à découvrir les plus petits animaux marins : le plancton. De "vraies" méduses tournoient dans un grand cylindre de 6000 litres d'eau, Des bulles de plastique abritent des reconstitutions des animaux vivant dans les abysses, à -3000 mètres. Ce n'est que progressivement qu'on aboutit aux espèces les plus colorées et vivantes, avec de splendides bassins à requins, un "diamant des thons" de 45.000 litres d'eau en forme de pyramide inversée, un lagon corallien reconstitué, qu'on découvre de l'intérieur, puis du dessus...
Tout cela a été mis au point part les scénographes Christian Le Conte et Geneviève Noirot. Leur mise en scène alterne jeux de lumières et passages obscurs, aquariums fourmillant de vie et reconstitutions, et dès les premières esquisses, le décor sonore était prévu. C'est Michel Redolfi, compositeur et designer sonore, qui a conçu et réalisé la bande sonore, assisté de deux membres du CIRM (Centre International de Recherche Musicale) de Nice : Luc Martinez et Michel Pascal. Tout au long de la visite, on est accompagné par une véritable partition électro-acoustique inouïe, résultat unique et fugace d'une recomposition aléatoire de plages composées pour l'occasion. Une gageure sur le plan artistique et technique, que nous allons disséquer pour vous en compagnie de Michel Redolfi, Luc Martinez et Julien Haudiquet, Responsable Audiovisuel du Centre.

Musique dans l'eau

Co-fondateur dès 1969 du Groupe de Musique Expérimentale (GMEM) de Marseille , Michel Redolfi réside ensuite aux USA jusqu'en 1984 en tant que compositeur-chercheur dans plusieurs centres de musique informatique, dont l'Université de San Diego (Californie). L'Océan Pacifique lui inspire vite quelques pièces au Synclavier, alors son instrument de prédilection : Michel écrit ainsi "Pacific Tubular Waves", qui évoque son goût pour les surfers. Il a ensuite l'idée d'en enregistrer une version "dans la mer", de façon à donner l'idée de ce qu'on peut entendre de l'autre côté de la vague... Le disque sort en 80, et dans une interview au "Monde de la Musique", Michel se laisse aller à imaginer des concerts où il plongerait carrément son public dans l'eau, de façon à lui montrer effectivement ce qu'on entend dans ces conditions... Que n'avait-il pas dit là ! À la lecture de l'article, on lui propose de mettre sur pied un concert en piscine à l'occasion d'un festival à La Rochelle, quelques mois plus tard. Comment refuser ? Le concert aura bien lieu - Redolfi devra d'ailleurs jongler avec les technologies existantes en matière de transducteurs sous-marins, forçant les fabricants à développer des modèles qui n'existent pas encore pour arriver à sonoriser ses concerts "sous l'eau" (voir l'article sur les transducteurs sous-marins). C'est la fameuse série des "Sonic Waters", où les sons prennent une toute autre consistance une fois perçus par conduction osseuse et non plus par résonance aérienne.
Redolfi gagne une flatteuse renommée dans ce domaine unique, et son nom parvient à un certain Jacques Rougerie, un architecte dont tous les projets (Aquabulles, Aqualab, Aquascope, Pavillon de la Mer à Osaka, Maison de la Mer de Lorient, Aquarium de La Rochelle) tournent autour d'une "civilisation des mériens". Dans un ouvrage paru au début des années 80, n'évoquait-il pas la possibilité de jouer de la musique sous l'eau ? Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer ! C'est Nausicaa qui en sera l'occasion.

Une passion commune

«Nausicaa, c'est une chaîne», déclare Michel Redolfi. «De l'architecte au muséographe, en passant par le Directeur du Centre, tous vont dans la même direction, passionnés dans leur domaine, et ont privilégié une vision esthétique, communicante. Le design sonore de cette exposition s'est réellement conçu en équipe, un peu comme au cinéma. Aux USA, j'ai vu travailler Ben Burtt pour Lucas, Walter Murch pour Coppola, et ça m'a appris beaucoup de choses : rester humble, savoir se remettre en question, respecter les contraintes de mise en scène, celles dues au bâtiment... Nausicaa, c'est quelque part une façon d'écouter dans l'air comme si on écoutait dans l'eau : immerger les gens dans une évocation de la mer profonde. J'ai donc réutilisé quelques recettes dont j'ai usé et abusé dans mes musiques subaquatiques : des sons-supports, auxquels je peux rajouter des éléments ponctuels, parfois assez tendus, mais qui ne font que passer. Je n'ai jamais joué l'agressivité, qui se traduirait par une méfiance de l'auditeur, une sorte d'état d'alerte. J'ai beaucoup utilisé les samplers pour "faire" les sons, mais on croise aussi, ici et là, quelques souvenirs de Synclavier... Le musée est divisé en douze zones, il y a donc douze morceaux de musique "non traditionnels", en ce sens qu'ils n'ont pas de vrai début, de vraie fin, de tonalité, de rythme établi : ils sont conçus, dès le départ, pour se mélanger le plus harmonieusement possible, puisque le visiteur se déplace d'une zone à l'autre».

Des CD par douzaines

Dès le départ, Michel Redolfi "ouvre" le travail de composition musicale à d'autres membres du CIRM : Michel Pascal signe ainsi deux plages, tout comme Luc Martinez. Ce dernier a conçu puis supervisé tout le côté "concret" de la diffusion sonore elle-même. «Le design des sons est important en lui-même, bien sûr, mais il est selon moi inséparable de la pensée et du développement des outils permettant d'atteindre les buts désirés. Il faut parfois retrousser ses manches, concevoir, fabriquer, modifier des matériels de diffusion, programmer des logiciels qui n'existent pas...». Pour Luc, le projet Nausicaa commence en 1989. Il vient juste d'arriver au CIRM, avec derrière lui une expérience du home studio, du rock, de la musique contemporaine pour le théâtre… et déjà une certaine connaissance de l'interactivité, des montages électroniques. «En plus du design sonore à proprement parler, je me suis intéressé à la façon dont on allait entendre ces sons, comment et où, et surtout comment ça allait tourner... Lorsque j'ai ouvert le dossier, je me suis aperçu que mes prédécesseurs avaient tout basé sur des magnétos 24 pistes ! Usure des bandes, des têtes de lecture, maintenance régulière : des coûts d'exploitation rédhibitoires pour un tel musée...
J'ai donc fait le pari, à l'époque, d'utiliser des CD. Le lecteur CD était encore un appareil autonome, qu'on ne pilotait pas avec des ordinateurs. Me voilà donc à rassembler 12 Revox B226 dans une baie, en les télécommandant via un PC faisant tourner un logiciel de diffusion programmé en Basic par nos soins. Ce choix s'est avéré le bon: les Revox ne sont jamais tombés en panne, et leurs blocs optiques ont assuré des milliers d'heures d'exploitation sans aucun souci. L'ordinateur central, référencé sur l'heure universelle (dans la porteuse de France Inter GO), leur fait suivre un programme calé par pas d'une minute, sur une semaine. Ce programme envoie telle plage de tel CD dans telle zone, à tel niveau». Le Mercredi, jour des enfants, est donc plus généreusement sonorisé que le Lundi.
Le logiciel, lors de son lancement chaque matin, met à l'heure l'horloge de l'ordinateur, allume les amplis trois par trois pour ne pas demander trop de courant d'un coup, puis les lecteurs CD, qu'il vérifie, et enfin lance son programme de diffusion. Il tourne sans une seule défaillance depuis 1991, sur un PC d'époque. Petite anecdote amusante : voici dix ans, la gravure de CD audio à l'unité était inconcevable. Les diverses plages musicales requises au fil de l'exposition ont donc été rassemblées sur un seul CD, pressé à quelques centaines d'exemplaires. Ceux qui tournent dans les lecteurs et ceux qu'on peut acheter au magasin de Nausicaa sont donc rigoureusement identiques...
Autre attraction sonore : le chalutier. Il s'agit d'un bateau "reconstitué", dans lequel on se promène. Là, il fallait une solution indépendante : c'est un DAWN 8 pistes qui assure la diffusion multipiste, avec des ambiances, des bruits, des sons divers : il tourne sans problème avec le même disque dur depuis 91 également...

Et les enceintes ?

«On a réparti en tout 60 enceintes dans l'installation, choisis avec Menton Composants, qui s'était chargé de la conception de l'infrastructure», poursuit Luc. «La fourniture et l'installation des enceintes et amplis avaient été sous-traitées avec Tech Audio, alors importateurs de Crest Audio et d'EAW (ils avaient retenu les petits modèles, de la gamme MS20, MS30)». Autres sources sonores : des tweeters JBL montés sur platine et des caissons de graves dans certains endroits - il faut alors placer un filtre audio réalisé "sur mesure" sur l'arrivée des câbles provenant de l'ampli. Pas de recette pré-établie : chaque zone de l'exposition est un cas particulier, par sa forme, ce qu'on y voit, le parcours que le public y effectue... Par exemple, la salle des abysses : «C'est du décor, avec des reproductions de poissons en plastique blanc, puisque ces animaux ne peuvent survivre en aquarium. Plutôt que de les exposer derrière une vitre plate, le muséographe a carrément recréé une capsule, et le public se sent dans un bathyscaphe. J'ai fait mettre des HP au niveau des coupoles, de part et d'autre des oreilles des visiteurs, et le morceau diffusé, "Traversée des abysses", comporte des voix HP, des bips, des bruits de bras mécaniques, comme si on se trouvait dans un engin d'exploration. Un caisson de graves dissimulé dans le décor donne un impact supplémentaire à cet environnement.
Ce n'est là qu'un exemple : l'ensemble des musiques et du design sonore a été pensé ainsi, et à chaque espace de diffusion correspond un dispositif donné. «Dans la quasi-totalité des musées sonorisés, on trouve des rangées de haut-parleurs identiques», confie Luc. «Nausicaa est un des premiers espaces muséographiques où la diffusion correspond très précisément à chaque type de musique. Plutôt que d'avoir une seule enceinte large bande, j'ai préféré installer un caisson de graves, des médiums et des tweeters, de façon à vraiment focaliser les sons. Si on est là, on entend : si on est à côté, on n'entend plus. La situation est donc complètement inversée par rapport à un concert électro-acoustique traditionnel, où le public est fixe et où c'est le compositeur qui mélange et dirige les sons à sa guise. À Nausicaa, chaque visiteur se fait son propre concert unique, par ses déplacements, ses points d'arrêt... Et s'il revient le lendemain, même s'il refait le même parcours, ce qu'il entendra sera encore différent, puisque les éléments sonores ne seront pas calés de la même façon !».
Certaines plages des CD sont tout simplement lues en boucles, d'autres (comme le logo sonore Nausicaa, par exemple - voir encadré) sont envoyées à des moments très précis, en synchronisation avec d'autres événenements. Ce ne sont pas les seuls sons qu'on entende à Nausicaa : ces événements sonores ponctuels sont déclenchés, ici et là, par des capteurs haute fréquence - et les sons correspondants lus sur EPROM ou sampler, en correspondance éventuellement avec des effets de lumière.
Après installation, les enceintes sont évidemment toutes égalisées : un auditeur se promène dans l'expo, échange des commentaires avec un collègue installé dans la régie son, qui procède à certains réglages. On change de rôle, on recommence tout... Trois jours de travail à chaque fois, d'autant que la présence de public modifie les caractéristiques acoustiques des locaux !

Deuxième service

Nous l'avons dit, une extension à Nausicaa a ouvert ses portes l'an dernier. L'occasion, pour Luc Martinez et Michel Redolfi, de se remettre au travail ! Le dernier a quitté le CIRM, le premier en est devenu le directeur... Michel compose l'intégralité de la musique de cette deuxième "tranche" de l'expo : «Il s'agissait pour moi, non d'une nouvelle création, mais plutôt d'un prolongement de ce qui existe déjà dans la première partie : j'ai joué l'homogénéité». Cette fois, il prévoit un CD par zone de diffusion, gravé à l'unité, et lu par un drive CD-ROM utilisé comme lecteur audio - il y en a douze, six par baie de 3 U de rack. Le logiciel de diffusion a lui aussi nettement évolué, et appris à tenir compte d'événements sonores extérieurs. En effet, en 1991, il n'y avait que des images défilantes ou des diaporamas : pas de bornes interactives, ou de spectacles vidéo possédant leur propre vie, avec un son plutôt puissant... Désormais, le logiciel gère donc non seulement les CD, mais aussi toutes les autres sources de son, pour une meilleure harmonisation sonore. «Le logiciel CD Manager 3.0 assure aussi les départs de spectacles : il fait partir le lecteur vidéo, qui fait baisser le niveau de la musique jouée dans l'espace juste à côté, et éteint les lumières», explique Luc. Quand la vidéo s'arrête, la musique des CD reprend ses droits. Il arrive aussi que le logiciel demande le démarrage et la lecture en synchronisme de 2 ou 3 CD dans une même zone : du multipiste sans multipiste !».
Au niveau des transducteurs, il y a également du progrès... «Je trouvais qu'il y avait des formes de haut-parleurs qui manquaient dans la "vieille" installation : aucun parabolique, par exemple, pourtant indispensable pour envoyer un son en un endroit précis. J'avais essayé de contourner le problème avec des tweeters à ogive, mais le résultat n'était pas excellent. C'est chez une marque allemande que j'ai trouvé une demi-sphère en plexi, avec un HP inclus dans une demi-sphère plus petite, tournée vers le haut, qui me permet de localiser très ponctuellement un son ou un commentaire : quand on est juste en-dessous, on l'entend : si on passe à un mètre, on n'entend rien ! J'essaie actuellement d'en bidouiller une version stéréo. On peut alors diminuer la puissance du HP de 40 à 60%, sans aucune perte à l'endroit précis où on désire focaliser le son».
Pour les autres enceintes, pas question d'utiliser des modèles de home studio Genelec, JBL ou Tannoy, par exemple : elles ne sont pas adaptées à ce domaine, et leur prix trop élevé pour le budget de l'expo. J'ai choisi depuis longtemps la marque DAS : des modèles espagnoles, pas très connus, mais bien meilleurs que nombre de références connues. Le cas échéant, je demande aux ingénieurs de la marque des aménagements précis en fonction de nos besoins».
Petite remarque en passant : tous les appareils "son" se voient regroupés dans deux régies, situés dans deux coins du bâtiment. Il a donc fallu tirer des kilomètres de câble HP pour aller alimenter toutes les enceintes du Centre : «Je ne me souviens plus de la longueur totale, mais je sais que la pose des câbles, sous-traitée avec les électriciens qui ont conçu et réalisé l'installation du Centre, a dépassé les 100.000 F !».

Julien Haudiquet

Si Luc Martinez et Michel Redolfi sont en quelque sorte les "papas" de l'installation sonore de Nausicaa, l'exploitation et la maintenance des ressources audiovisuelles du Centre sont déléguées à quatre personnes sur place, sous la responsabilité de Julien Haudiquet, qui occupe ses fonctions depuis Avril 91, après des études au pôle audiovisuel universitaire de Valenciennes et quelques piges à France 3 Lille. «Tout était déjà installé, je n'ai eu qu'à réceptionner», se souvient Julien. «Les choix faits par Luc et Menton Composants étaient judicieux, puisque tout est encore en place, malgré des conditions d'exploitation draconiennes : le Centre ouvre à 9h30, ferme à 18h30 (20 heures en été), mais parfois on enchaîne sur des manifestations prévues par ceux qui ont loué le Centre pour la soirée. Et cela 7 jours sur 7, 345 jours par an, puisque Nausicaa ne ferme que trois semaines par an, début Janvier».
"Maintenance" : le mot est lâché ! Julien est un peu l'homme providentiel à Nausicaa, qui possède, outre les installations "son" vues depuis le début de cet article, un espace de cinéma 3D sonorisé en multipiste, des bornes interactives, une Médiathèque, une salle de conférences... Autant d'appareils divers, audio, vidéo, informatiques... sur lesquels Julien est appelé à intervenir dès qu'un problème se présente. «Quand j'ai démarré ici, je ne m'attendais pas à devoir savoir un jour tirer et brancher des lignes téléphoniques... technique que je n'ai d'ailleurs jamais étudiée, et que j'ai donc apprise sur le tas !».
On le sait, le meilleur ingénieur de maintenance est celui avec lequel aucune panne ne se produit. Le risque est que du coup, des gestionnaires mal avisés ne se disent : «Voilà bien un poste inutile et qui nous coûte cher, puisqu'il n'y a jamais de panne ici...». Alors que dans ce domaine, agir, c'est prévoir ! «On pourrait croire qu'une fois que ça tourne, c'est bon, et il n'y a que peu de choses à faire... rien n'est plus faux ! Si on a une panne sur un lecteur de CD et qu'on la répare, on peut être sûr que le lendemain matin, ce sera un autre lecteur qui tombera en rade ! Une sorte de loi des séries... Variante : si j'avais prévu d'intervenir sur un appareil en maintenance préventive, mais que j'ai dû reporter cette intervention pour telle ou telle raison, il tombera en rade les jours suivants... C'est inexplicable, mais c'est comme ça !» Le budget "audiovisuel" n'est pas très important comparé au budget total de Nausicaa : environ 1 MF par an, avec 4 employés. «La maintenance coûte toujours de l'argent, c'est évident... L'idée est d'avoir au moins un appareil d'avance en réserve : faisable pour les amplis ou les CD, mais difficile pour un gros vidéoprojecteur...». Le planning horaire très serré du Centre laisse en fait peu de latitude à Julien pour ce qui est maintenance préventive : travailler de nuit ! «Le jour, il se produit toujours quelque chose, on n'est jamais disponible. La nuit, c'est le calme absolu, on a l'expo à soi, on se fait la visite... Cela dit, il n'est pas question de perdre du temps : le collègue du matin suivant doit pouvoir remettre en place l'appareil qu'il a fait réparer la nuit par le collègue de la veille».
Luc Martinez est parfaitement conscient de l'importance du travail effectué par Julien : «J'aimerais bien que sur tous les Musées où je bosse, il y ait quelqu'un d'aussi pointu, méticuleux, précis et ordonné. Il gère sa maintenance de manière exemplaire, il a appris sur le tas à démonter, changer et remonter pratiquement n'importe quelle pièce "accessible" des machines dont il a la charge. Je suis sûr qu'en regardant une image de vidéoprojecteur blanchir, il sait prédire, à quelques heures près, la durée de vie restante !». Un commentaire que tempère l'intéressé... «Justement, nous avons eu un petit problème sur les quatre vidéoprojecteurs Sony 800 utilisés pour le cinéma 3D, pourvus d'une fonction de prévision de la durée de vie des tubes : elle semblait bien moindre que celle annoncée... Et une fois que j'avais changé les lampes au bout de 1000 heures au lieu des 1500 prévues, l'indicateur persistait : il reste seulement quelques heures de fonctionnement, attention... puis mettait l'appareil hors fonctionnement. En fait, il s'agissait d'un petit problème d'EPROM, vite résolu par Sony, dont le support technique est vraiment de grande qualité. Je n'ai pas non plus à me plaindre des services de Barco, fournisseur des autres vidéoprojecteurs utilisés dans Nausicaa».
Autre casse-tête pour Julien : la sonorisation du lagon lorsqu'il est loué pour des soirées privées (dîners d'entreprise, congrès...) : «En été, le Centre ferme ses portes à 20 heures, et les dîners commencent à 20 heures 30. Ça me laisse une demi-heure chrono pour installer les enceintes, les amplis, vérifier que tout marche... Cet espace est assez difficile à sonoriser, et nous n'avons pas encore trouvé d'installation fixe qui nous satisfasse. Résultat : certains soirs, c'est la vraie course !».

Le futur

Michel et Luc ont bien sûr travaillé sur de multiples projets outre Nausicaa, et chacun d'entre eux leur permet de découvrir d'autres technologies, d'autres situations, de résoudre d'autres problèmes... «Pour un Nausicaa "troisième génération" de développements, j'envisagerais, au lieu de grouper les machines dans un local à part, de les placer dans chaque zone, et de les commander en TCP/IP. Un ordinateur central enverrait via un réseau les données d'exploitation, décodées par de petits boîtiers équipés de microprocesseurs, qui recevraient les instructions et qui feraient démarrer les CD, paramétreraient les amplis, les égaliseurs... C'est en phase de test, mais ça marche très bien. Avantage : économie de câblage HP par rapport à des régies où tout est centralisé, plus de pertes en lignes, possibilité de gérer les niveaux de diffusion en temps réel, en plaçant des micros d'ambiance dans les différentes zones, dont le niveau serait estimé puis envoyé à l'ordinateur central, qui déciderait alors de monter ou baisser le gain des amplis...» Sans compter un accès facile depuis l'extérieur du Centre aux programmations et paramètres : un aspect déjà présent aujourd'hui dans l'extension, puisqu'un modem permet à Menton Composants d'intervenir, depuis Nice, sur certains paramètres de CD Manager 3.0 : niveau d'écoute ou plage programmée sur telle zone...

Merci à Françoise Amet, Julien Haudiquet, Luc Martinez et Michel Redolfi pour leur concours à cet article.

Encadrés

Le logo Nausicaa

Le logo sonore "Nausicaa" a sa petite histoire... "Je voulais un arrangement vocal à quatre voix. J'aurais très bien pu faire venir quatre chanteurs à l'Opéra de Nice, écrire la partition, et c'était réglé en une demi-heure ! Mais j'ai voulu m'éclater, alors j'ai pris un CD qui venait de sortir, de musiques d'un compositeur français du haut-Moyen-Âge, dans lequel je suis allé chercher, syllabe par syllabe, ou plutôt consonne par consonne et voyelle par voyelle, de quoi faire les sons No-zi-ca-a. Mot que l'ensemble vocal n'avait évidemment jamais prononcé sur le CD ! J'ai utilisé à fond les possibilités des stations de montage audionumérique de l'époque, avec un petit coup de pitch en prime. Ça m'a bien pris trois jours en tout, mais ça m'a vraiment éclaté de le faire : à la fois un défi et un plaisir...

La climatisation

Régie : en 91, lorsque j'ai affirmé aux responsables du centre qu'il fallait absolument climatiser la régie son, ils ont souri : "Vous savez, on est à Boulogne sur Mer, ici...". Pourtant, 12 lecteurs de CD, 12 égaliseurs et 12 Crest 301 aux taquets dans une même baie, ça dégage de la chaleur... Le matin de l'inaguration du centre, en mai 91, il faisait pour une fois une chaleur inhabituelle. Résultat : l'une après l'autre, les zones d'écoute sont devenues muettes. Les amplis se mettaient en mode de protection thermique. Les responsables : "Ben alors, qu'est-ce qui se passe, la musique ?" Moi : "Il fait trop chaud, les amplis claquent ! Il faut aller au supermarché du coin et acheter quatre ventilateurs, les plus gros que vous trouverez... Et prévoir la clim !". Ça a marché, et quinze jours plus tard, il y avait une belle clim dedans !

Côté Multimédia

Nausicaa s'est doté voici quelque temps d'un site Internet, www.nausicaa.fr, programmé et réalisé sur cahier de charges par un prestataire extérieur avec des éléments fournis par le Centre. Jérôme Ollier, rédacteur Multimédia de Nausicaa, travaille en ce moment sur un projet de borne interactive qui prendrait place dans l'expo permanente. Les objectifs : fournir des informations récentes sur les sujets traités dans telle ou telle zone, les panneaux muraux mis en place vieillissant trop vite ; pouvoir présenter aux visiteurs des images ou des textes d'actualité, leur permettant de faire le lien entre ce qu'ils voient au Centre et la vie courante ; enfin, permettre l'accès à un maximum de ressources de la Médiathèque - livres, Internet, CD-ROM, photothèque (plus de 10000 clichés à Nausicaa !)...
Le matériel choisi consiste en ordinateurs reliés à une unité centrale et écrans classiques Sony 15 pouces, voire 17 pouces pour plus de confort. Les articles, rédigés et créés en interne sur Front Page, seront ensuite pris en charge par un logiciel "sur mesure" s'appuyant sur l'Intranet pour construire "à la volée" les pages affichées à l'écran. Une partie du dispositif est déjà en place : il reste à finaliser l'interface graphique et quelques éléments de programmation sur les différentes applications, ainsi qu'à trouver un moyen de gérer les droits le jour éventuel où on basculera toute cette documentation sur l'Internet.

Les baies :

PREMIERE TRANCHE
(zones de diffusion)


Lecteurs CD Revox B226 (x 12)
Egaliseurs Monarch (x 12)
Amplis Crest Audio CV301 (2x150 W)
+ Sonalta AP125 (pour une zone supplémentaire, zone Ifremer)
"Custom" : horloge universelle, commutateur de retours par zone
PC de supervision

DEUXIEME TRANCHE
(zones de diffusion de l'extension + cinéma 3D)

Cinéma 3D : V1
Amplis : Executive Audio ASB 400 (x14)
Lecteurs CD-ROM par baies
Égaliseurs Samson Ego E30
Sélecteur de retours
PC de supervision (CD Manager 3.0 by CIRM & MCAS)
Modem 56K pour télé-maintenance

Les deux sonos sont également reliées au système de détection d'incendie, qui, en cas de feu, accorde une priorité absolue aux messages d'alerte, qui viennent couper la musique.



© Franck Ernould, Réalisa-SON 1, 1999

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