La musique en conserve
Les enregistrements que nous achetons, qu'ils soient inscrits sur
bande ou sur disque, sont malheureusement fragiles. Du disque noir au
disque magnéto-optique, en passant par les bandes et les
cassettes, voici un panorama des supports les plus répandus
chez les amateurs d'audio et de vidéo. Franck Ernould
Aucun support n'est éternel, et sa conservation suppose une
parfaite connaissance des réactions chimiques qui peuvent se
produire lors du stockage. On a une bonne expérience de la
façon dont vieillissent (et se dégradent) des
enregistrements sur bande magnétique, ou sur disque noir. Les
nouveaux supports numériques, par contre, représentent
des territoires inexplorés, où le pire comme le
meilleur peut survenir... Les fabricants procèdent certes
à des tests de vieillissement accéléré,
mais la transposition de leurs résutats dans le monde
réel tient plus de l'acte de foi que d'une démarche
raisonnée. Que penser en effet quand un grand fabricant de
supports magnéto-optiques annonce 37 ans de durée de
vie (pas 36, ni 38), un autre 100 ans, pour un nouveau produit
disponible depuis quelques mois seulement ? Etant à la fois
juge et partie, on peut légitimement les soupçonner de
livrer la plus haute valeur d'une fourchette, à des fins
strictement commerciales et en croyant les acheteurs (souvent
professionnels) quelque peu plus crédules qu'ils ne le
sont...
Cet article passe en revue les supports musicaux les plus
répandus chez les mélomanes : CD, cassette audio, bande
magnétique, disque noir, VHS. Pour chaque support,
après un bref historique, sont rappelés quelques
éléments pour allonger la durée de vie. Quelques
conseils de bon sens pour mieux les respecter, ne pas les
abîmer par négligence, ne sont jamais superflus. Une
ouverture vers les supports de l'avenir fera rêver les plus
branchés d'entre vous. Et bonne écoute !
Le CD
A tout seigneur, tout honneur... Le CD avait été
présenté à ses débuts en 1982 par Philips
comme un support pratiquement indestructible, qu'on pouvait
piétiner ou enduire de confiture sans dommage pour la musique
enregistrée. Inutile de dire que la réalité est
assez éloignée de cette fiction... Certes, comme pour
tout support numérique, des algorithmes sophistiqués de
correction d'erreurs ont été prévus, mais leur
action remplace le "vrai" signal par une succession d'interpolations,
ce qui se traduit par un son plus dur. Moins ces circuits
interviennent, plus musicale est la restitution !
On oublie trop souvent que lors de la lecture d'un CD, les
systèmes de guidage du faisceau laser doivent en permanence
accomplir des miracles. Si le disque avait le diamètre d'un
terrain de football, le faisceau aurait celui d'une orange, et la
tête de lecture flotterait à quelques centimètres
de la pelouse ! Et évidemment, tout décrochage se
traduit par une perte d'informations, ce qui réveille les
circuits évoqués plus haut... Pour éviter les
vibrations, certains lecteurs comportent un palet presseur pour
plaquer le CD contre un véritable plateau, inspiré de
nos vieilles tables de lecture de disques noirs. Certains amateurs
placent deux disques à la fois dans leur lecteur pour
minimiser ces vibrations. Il est à craindre que ce
remède ne soit pire que le mal, quand les moteurs des lecteurs
ne sont pas surdimensionnés et ont du mal à
entraîner les deux CD...
A la Phonothèque Nationale, dont les archives recèlent
des dizaines de milliers de CD, des tests "grandeur nature" ont
été récemment effectués sur 220 CD neufs,
jamais lus, fabriqués entre 1984 et 1994. Ils consistaient
tout simplement à mesurer le nombre d'erreurs de lecture,
à établir en quelque sorte un diagnostic de la
qualité de réflexion, et de celle des cuvettes. Les
résultats sont édifiants : un bon pourcentage de ces
disques dépassait déjà la norme tolérable
d'erreurs ! Contrepartie rassurante : tout semble indiquer que la
qualité de fabrication s'est améliorée entre
1984 et 1994, puisque le taux d'erreurs va en diminuant sensiblement
entre ces deux dates.
L'affaire de l'encre agressive avait défrayé la
chronique vers 1987 : rappelons que certaines usines de pressage
avaient employé des solvants trop puissants dans la
composition de l'encre servant à matérialiser la face
imprimée du CD. Au bout de quelque temps, ceux-ci avaient
littéralement traversé la couche d'aluminium, rendant
par la même occasion le disque impropre à la lecture.
"L'apocalypse numérique est pour demain, tous les CD ne
dureront que cinq ans !", pouvait-on lire dans la presse. En fait,
seul un petit nombre de CD était concerné par ce
défaut, vite corrigé d'ailleurs. Les acheteurs de ces
mauvais numéros n'ont pu que maudire le presseur
indélicat quand ils ont dû remplacer leurs disques
devenus illisibles...
Contrairement à une idée reçue, la face fragile
d'un CD n'est en effet pas le côté argenté, mais
celui de l'étiquette... Si on observe la coupe transversale
d'un CD, on s'aperçoit que l'encre fait 5 microns
d'épaisseur, et le vernis qui la recouvre (cellulosique, qui a
posé quelques problèmes de stabilité pour les
premières générations de CD, puis acrylate), 15
microns. La profondeur des cuvettes est de l'ordre de 0.1 micron, la
couche d'aluminium représente 0.05 micron... et tout le reste
de l'épaisseur du CD (soit 1,2 mm de polycarbonate) agit comme
protection de la couche aluminisée ! Même si ce n'est
pas très recommandé, poser un CD sur sa face
argentée n'est pas dangereux pour celui-ci. On ne peut pas en
dire autant d'une pose sur l'autre face, où la moindre rayure
se traduira par une fuite de lumière, donc une correction
d'erreurs.
Dans certaines phonothèques publiques, sont apposées
des étiquettes numérotées sur la face
supérieure du CD. Cette pratique comporte deux effets pervers.
D'une part, on ne peut exclure à la longue un risque de
réaction de la colle avec le vernis, puis l'encre, avec
là encore disparition de données à la
clé. D'autre part, cette étiquette a une certaine
masse, donc un certain moment d'inertie, pas forcément
négligeable par rapport à celui du disque (qui ne
pèse que quelques grammes). Elle se comporte donc comme un
balourd, et déséquilibre le disque lors de sa rotation
rapide : rappelons qu'il est lu de l'intérieur vers
l'extérieur, et que comme sa vitesse linéaire est
constante, sa vitesse angulaire varie continuellement, de 450 tr/mn
en début de lecture à 150 tr/mn en fin. Du coup, les
circuits d'asservissement sont davantage sollicités, et il
peut s'ensuivre des vibrations, des difficultés de
focalisation du rayon laser, donc là encore des erreurs de
lecture... La solution d'une étiquette circulaire posée
entre le trou et le répertoire du CD (première surface
enregistrée sur le disque, qui comporte notamment toutes les
adresses des plages, et où on peut souvent lire le nom du
presseur), semble s'imposer - c'est d'ailleurs celle qu'utilise la
Bibliothèque Nationale pour repérer ses Compact
Discs.
Quelles sont les conditions de stockage idéales pour un CD ?
L'essentiel est de préserver l'intégrité
physique de la couche réfléchissante. Ce qui revient
à éviter toute dégradation à cette fine
couche d'aluminium. On évitera donc, dans la mesure du
possible, les fortes températures (comme
l'étagère au-dessus du radiateur), qui
accélérèrent les réactions chimiques,
quelles qu'elles soient. Dans ces conditions, la majorité des
observateurs s'accorde à donner quelques dizaines
d'années de durée de vie au CD. Il n'en reste pas moins
que, comme pour tous les supports numériques, la
dégradation ne sera pas progressive, mais brutale et
irréversible, ce qui rend ce support totalement
imprévisible. Selon les mots de Greg Farris, de la
Phonothèque Nationale, "Nos CD peuvent très bien tous
devenir illisibles en l'espace de six mois, tout comme ils peuvent
encore être en parfait état de conservation dans cent
ans. On n'en sait rien. Mieux vaut prévenir que guérir
: nous procédons à des prélèvements
réguliers, à des fins d'analyse".
Il va de soi que ces problèmes prennent un relief
particulièrement aigu chez les utilisateurs informatiques, que
ce soit pour prévoir la durée de vie des CD-ROM ou des
CD-R. Signalons qu'une structure française appelée Eon
propose de réaliser des CD en verre massif, qu'elle
déclare inaltérables. Le prix est en rapport (quelques
milliers de Francs l'exemplaire), ce qui réserve l'utilisation
de ces CD à des institutions peu regardantes, celles du
secteur public par exemple...
Année CD "classique" CD "variété" CD
"éco"
1983 150 140 -
1985 130 -
1987 130 75
1989 150 135 80
1991 155 125 85
1993 160 130 90
1995 165 135 95
Le disque noir
Ce support garde ses fidèles adeptes, envers et contre tout.
Une association militant activement pour son retour existe même
aux USA : "Power To The Vinyl" est activement soutenue par quelques
artistes de grand renom, qui vont jusqu'à réserver les
avant-premières de leurs nouveaux enregistrements à ce
support. Inutile de dire que les maisons de disques, habituées
aux confortables bénéfices générés
par le CD, ne tiennent pas trop à voir leurs artistes arpenter
régulièrement cette voie d'arrière-garde...
On aurait pu croire que l'avènement du CD aurait
définitivement raison du disque noir. Il n'en est rien : une
frange non négligeable de mélomanes ont conservé
précieusement leurs chères galettes, mal ou non
rééditées en CD. Si les qualités
musicales du disque noir sont incontestables, sa fragilité
l'est tout autant. Toute lecture est destructrice, à cause des
pressions énormes (de l'ordre de quelques centaines de
kilogrammes au centimètre carré) exercées par le
diamant dans le sillon. Contrairement à ce qu'on pourrait
penser, appliquer une force d'appui plus faible que celle
spécifiée abîmera encore plus le disque, car des
phénomènes non maîtrisés se produiront
alors : la pointe sautera sur les modulations fortes, risquera de
"décoller" puis d'atterrir dans le sillon, au prix
d'arrachements de matières... Mieux vaut donc s'en tenir
à la valeur haute de la force d'appui préconisée
par le constructeur de la cellule : certains optimistes affirment que
sur une platine bien réglée, on peut lire un disque
plus de cent fois sans dégradation sonore audible.
Les bruits de surface, inhérents à toute lecture par
pointe, sont incontournables, bien que moins perceptibles que ceux
des 78 tours. Même à la première lecture, un
disque noir produit des bruits parasites dans les passages de faible
niveau. La poussière, les impuretés diverses, les
charges électrostatiques apportent également leur
contribution à ce récital. Bruits de matière,
excentrement, défauts de surface, voilements, sont autant de
défauts qui viennent s'ajouter à ceux provoqués
par la galvanoplastie et le pressage... Lors de la vie du disque,
poussières, cendres de cigarettes, empreintes de doigts,
électricité statique viendront encore ajouter d'autres
bruits ! Les précautions de base consistent donc à
empêcher par tous les moyens la pénétration de la
poussière dans la pochette. Le disque doit toujours être
rangé dans son enveloppe de papier ou de plastique : le
contact direct avec le carton de la pochette est cause de petites
rayures et d'empoussiérage par les microfibres
arrachées au carton. De plus, on a remarqué que le
carton de certaines pochettes dégage des acides nocifs
à la matière même du disque noir : le
défaut n'est pas visible, mais nettement audible sous forme de
grésilllements. L'enveloppe papier sera ensuite glissée
ouverture vers le haut dans la pochette en carton. On évitera
ainsi qu'il ne tombe accidentellement en glissant de son enveloppe.
Le disque sera ensuite rangé verticalement,
légèrement serré sur une étagère,
comme des livres, afin d'éviter le voilement.
Certains discophiles et restaurateurs sonores pratiquent la lecture
humide, qui consiste à déposer une fine couche d'eau
distillée sur le disque pendant sa lecture. L'eau ramollit les
poussières et impuretés diverses, et facilite le
passage de la pointe, ce qui diminue nettement les bruits parasites.
En contrepartie, en séchant, les impuretés forment une
croûte qui rend impossible la lecture "à sec".
Eliminer l'électricité statique qui apparaît
naturellement sur un support isolant soumis à une rotation
dans un environnement défavorable (couvercle en plastique, air
sec, moquette) n'a rien de simple. L'ingéniosité
humaine n'a cependant pas de limites, et on trouvait à la
grande époque du disque noir des bras, des chiffons et des
couvre-plateaux antistatiques, des brosses ionisantes, des
aérosols lubrifiants, et bien d'autres articles censés
augmenter la durée de vie du disque (et le chiffre d'affaires
du fabricant) tout en diminuant les bruits parasites. Certaines
platines comportaient une pompe à vide, qui plaquait
littéralement le disque sur le plateau et permettait de
s'affranchir des problèmes de voilement. D'autres, plus
sophistiquées encore, rattrapaient les éventuels
défauts de centrage du disque. Il existait aussi des machines
à laver les disques, qui les faisaient tourner dans une
solution d'alcool et de savon ! Les professionnels, eux, utilisent
depuis longtemps des machines à ultra-sons, ou, fin du fin, au
fréon, extrêmement coûteuses...
Curiosité ou chant du cygne, était apparue au milieu
des années 80 la Finial LT1, une machine qui lisait les
disques noirs au moyen d'un rayon laser, sans aucun contact donc.
Elle n'a pas connu le succès escompté, et est
entrée illico au musée des bonnes idées
arrivées trop tard...
Année Disque "luxe" (DG) Disque "économique"
1965 30 15
1970 40 25
1975 50 30
1980 60 35
1985 65 40
1990 70 45
1995 - -
La bande magnétique
La bonne vieille bande magnétique est le seul support dont les
qualités de support d'archivage ont été
démontrées depuis cinquante ans... Pour l'anecdote, une
célèbre maison de disques américaine a
récemment fait copier tous ses anciens masters (mono ou
stéréo) sur de la bande analogique à fort niveau
admissible, de largeur 1/2", tournant à 76 cm/s, sans
réduction de bruit : elle ne voulait pas se risquer dans
l'aventure d'un report intégral sur des supports
numériques dont la tenue dans le temps est difficilement
prévisible.
Les premières bandes magnétiques, sur support papier,
ont été fabriquées en Allemagne par BASF
dès 1934 (le Magnetofon est une invention Telefunken). Ce
n'est qu'après la Seconde Guerre Mondiale qu'elle s'est
répandue dans le monde, avec l'adoption du support plastique
par les Américains (3M pour la bande, Ampex pour les
magnétophones). Les magnétophones grand public sont
arrivés dès 1950 (Sony, Revox, Philips...), et n'ont
cessé de se perfectionner par la suite, des petits portables
à bobines de 8 cm aux modèles flamboyants des
années 70, avec leurs flasques métal de 27 cm, leurs
six têtes, quatre vitesses, leur mécanique
auto-reverse... certains acceptaient même des bandes au chrome
! Les hautes performances des platines cassette ont tué ces
dinosaures, mais les bandes magnétiques sont encore d'un usage
quotidien en milieu professionnel, où les multipistes sont
apparus dès 1966...
La bande magnétique est composée d'une émulsion
d'oxyde de fer couchée sur un film plastique mince et
fixée par un liant. L'épaisseur de ce support est
d'ailleurs la principale différence entre les bandes grand
public et les bandes pour professionnels : celles-ci mesurent 52
microns d'épaisseur, alors que la première bande BASF
grand public "double durée" descend à 35 microns, et la
"triple durée" à 18 microns. Les coefficients de
dilatation du support polyester et de l'enduit magnétique ne
sont pas les mêmes : mieux vaut donc éviter les
écarts de température ou d'hygrométrie, qui
induiront des déformations de la bande. La qualité du
serrage lors du bobinage est également importante. Trop
serrée, la bande subit des contraintes inutiles qui peuvent la
déformer. Pas assez serrée, les spires ont tendance
à se plisser, à onduler, ce qui se traduit par des
problèmes de contact tête-bande par la suite, et donc
une qualité sonore amoindrie... Idéalement, toute bande
stockée devrait être lue une fois par an, puis
rembobinée soigneusement à petite vitesse. Même
chez les professionnels, cet idéal est hors de portée.
La boîte métallique ou en carton isolera suffisamment la
précieuse bobine des atteintes du milieu ambiant. Gare aux
champs magnétiques rayonnés par un transformateur ou
une enceinte acoustique mal blindée...
Si les bandes de grandes marques posent rarement des problèmes
de conservation, on ne peut en dire autant des bandes "au rabais",
dont le prix pouvait sembler intéressant de prime abord, mais
qui se révèlent inutilisables au bout de quelques
années. Les infortunés (dans les deux sens du terme...)
acheteurs de bandes 18 cm Shamrock à la fin des années
70 se sont ainsi retrouvés aux prises avec des enregistrements
qui crissent, par suite de défauts de surface, et ces
crissements se transmettent par effet microphonique à la
tête : on les récupère donc dans la modulation !
Les profesionnels de la restauration sonore connaissent la parade :
la lubrification aux silicones, voire à la cire
d'abeille...
Certaines bandes laissent un dépôt d'oxyde sur les
têtes et le long du chemin de bande. Malheureusement, toute
particule arrachée représente du son en moins ! Mieux
vaut donc ne pas abuser de telles lectures destructrices, et recopier
rapidement sur un nouveau support une bande vieillissante. D'autres
détériorations pourraient se produire, touchant le
support ou l'émulsion, qui aboutiraient éventuellement
à des trous de son. Il n'en reste pas moins que, grâce
aux forts niveaux magnétiques enregistrés sur la bande,
le vieillissement a toutes les chances de se dérouler dans de
bonnes conditions, progressivement et de manière
prévisible. Des bandes radio datant des années 50 sont
régulièrement sorties de l'oubli à la
Phonothèque de l'INA par exemple pour restauration, et,
malgré l'apparition de pré-échos parfois
gênants (la magnétisation des passages forts s'est
transmise de spire à spire aux passages calmes), leur
sonorité et leur état de conservation sont souvent
excellents...
La Compact Cassette
Au début des années 60, l'idée d'enfermer la
bande magnétique dans un nouveau conditionnement plus pratique
était dans l'air... Aux USA, RCA avait commercialisé
dès 1958 une cartouche 8 pistes, destinée à
l'utilisation en voiture, dont la bande était mise en boucle.
En Europe, les deux grands de l'électronique, Grundig et
Philips, avaient d'abord collaboré sur un projet de cassette,
avant de divorcer et de poursuivre leurs recherches chacun de leur
côté. C'est Grundig qui présenta le premier une
cassette compacte (la DC), dont la bande défilait à 9,5
cm/s. Philips arriva un peu plus tard, et emporta le marché
grâce à l'appui des constructeurs japonais. Il est vrai
que, pour s'assurer leur accord, le géant hollandais leur
avait fourni gratuitement les droits de fabrication de sa
création, la Compact Cassette. Le premier magnétophone
à cassette (référence EL3300) fut
présenté en Septembre 1963, et ses performances
étaient plus proches d'un transistor de poche que d'un "vrai"
magnétophone...
Le support a connu une lente évolution vers la
stéréo (dès 1966), puis la hifi (le
célèbre Dolby B apparut dès 1971, et le
Nakamichi 1000 propulsa en 1973 le support cassette dans le monde de
la haute performance sonore). Lorsqu'à la fin des
années 60, sous l'impulsion de Du Pont de Nemours,
bientôt suivi par BASF, on coucha sur le support plastique du
dioxyde de chrome, aux performances bien meilleures, une querelle
Fe-Cr éclata. On reprocha aux nouvelles cassettes d'user les
têtes des platines bien plus rapidement que les anciens
modèles à l'oxyde de fer... Mauvaise querelle, bien
sûr, les états de surface des deux bandes était
identique. Lorsque les bandes "métal" apparurent, vers 1980,
la querelle reprit de plus belle, sous un prétexte
différent : on accusa alors les bandes au métal pur...
de rouiller !!! Du fait de la grande différence de prix entre
ce dernier support (voir tableau), et les progrès des bandes
au dioxyde de chrome aidant (notons que les cassettes de type II
n'incluent pas forcément du dioxyde de chrome, mais
plutôt de l'oxyde de fer dopé), les cassettes
métal n'ont jamais vraiment réussi une percée,
en dépit de leurs indéniables qualités. La
technologie du dépôt sous vide de particules
métalliques est beaucoup plus utilisée en vidéo,
professionnelle notamment.
Comme sa soeur enroulée sur bobines, la bande
magnétique des cassettes, plus fine (16 microns pour une C60,
11.5 microns pour une C90 - rappelons qu'un cheveu mesure 50 microns
de diamètre), est sensible à la chaleur et à
l'humidité. La température idéale d'utilisation
est d'environ 20 C. Le support plastique peut résister
paraît-il jusqu'à 120 C, mais le boîtier fond bien
avant... C'est là le problème numéro un de la
cassette audio : le patin en feutre sur lequel la tête du
magnétophone vient s'appuyer pour lire la bande, le
boîtier et ses qualités d'usinage ont une importance
primordiale sur le résultat final. La meilleure bande
abritée dans un boîtier médiocre ne donnera pas
de bons résultats. Toute déformation viendra entraver
le défilement de la bande, et pourra aller jusqu'à
abîmer celle-ci définitivement.
Au fil des ans, la cassette s'est complètement
banalisée, au point qu'on ne la respecte plus du tout. Elles
sont ainsi très utilisées en voiture, milieu qui leur
est pourtant hostile. On ne prend pas toujours le temps de les ranger
dans leur boîte après utilisation, et encore moins de
les rembobiner. Du coup, les bobines sont libres, elles tournent
toutes seules sous l'effet des vibrations, la bande se détend,
et s'emmêle à la lecture suivante. Les cassettes, au fil
des tournants et des cahots, atterrissent parfois du tableau de bord
sur le plancher de la voiture, souvent plein de poussière ou,
pire, de sable, parfois humide, autant d'ennemis pour la bande, dont
la surface magnétique est tournée vers
l'extérieur, et les têtes des lecteurs... Dans ces
conditions, rien d'étonnant à ce que l'écoute en
milieu calme et sur une bonne installation d'une cassette
fréquemment utilisée en voiture recèle parfois
des surprises : le moindre froissement ou étirement,
provoquant une perte de contact tête-bande, devient nettement
perceptible.
Afin d'assurer le meilleur défilement possible, le chemin
qu'emprunte la bande lors de la lecture doit être le plus
propre possible. Il convient donc de nettoyer
régulièrement les têtes, bien sûr, mais
aussi le cabestan (petite tige métallique qui donne la vitesse
de défilement à la bande) et le galet presseur en
caoutchouc (qui la pince contre le cabestan). Ce nettoyage doit se
faire à l'alcool, avec un cotontige, et est
particulièrement malcommode sur un autoradio. Cassette
nettoyante obligatoire... Enfin, la démagnétisation
régulière (par une cassette spécifique) est
aussi garante de la pérennité des performances du
lecteur, toute magnétisation résiduelle venant effacer
des informations sur la bande à chaque lecture.
Dans le cadre d'une exploitation en voiture, il est important de
toujours éjecter la cassette avant d'éteindre son
autoradio. Dans le cas contraire, le cabestan reste en contact avec
le galet presseur. Métal contre caoutchouc, le vainqueur est
connu, et le galet presseur risque de se retrouver marqué en
creux par l'axe métallique. Résultat : un
entraînement irrégulier, source de pleurage. Une autre
cause de pleurage peut être un mauvais bobinage de la cassette
: les flancs de la bobine ne sont pas plans et touchent le
boîtier, ce qui provoque des irrégularités de
défilement. Un remède immédiat consiste à
taper la cassette à plat contre la cuisse : les flancs
s'aplaniront un peu sous le choc, et le défilement se
fluidifiera. Un remède plus long consiste à bobiner,
puis rembobiner complètement la cassette. Si la cassette est
bloquée, dévisser légèrement les deux
parties du boîtier donnera plus de liberté à la
bande, et le rembobinage sera plus facile.
L'incident le plus spectaculaire et le plus difficile à
réparer est l'enroulement de la bande autour du cabestan. Un
galet presseur sale provoque des irrégularités de
défilement : à un moment donné, une boucle de
bande se forme autour du cabestan, et un rouleau de bande
apparaît. Cet incident, qui peut aller jusqu'à fausser
l'axe du cabestan, nécessitera en voiture le démontage
complet de l'autoradio... D'où l'intérêt de
maintenir ce galet en parfait état de propreté
(nettoyage toutes les 50 heures, au maximum).
Année C90 Fe2O3 (I) C90 CrO2 (II) C90 métal (III)
1970 10 F 20 F -
1975 15 F 25 F -
1980 20 F 30 F 50 F
1985 15 F 20 F 45 F
1990 12 F 17 F 40 F
1995 10 F 15 F 35 F
La VHS
En 1976, on vit arriver un drôle de support pour une
drôle de machine... Le standard JVC n'a véritablement
conquis le marché que vers 1985. Techniquement, c'était
le moins bon des trois (Betamax, V2000 et VHS), mais il semble que
les commerciaux de JVC connaissaient bien leur métier... Le
Super-VHS, apparu à la fin des années 80, n'a pas
vraiment convaincu, ce qui n'empêche pas JVC de préparer
actuellement le VHS numérique, compatible avec les anciennes
cassettes analogiques. Sur le terrain de la compatibilité
descendante, JVC réussira-t-il là où Philips a
échoué avec sa DCC ? L'avenir nous le dira...
La cassette VHS renferme une bande vidéo (dont les particules
sont couchées différemment par rapport à leurs
cousines audio) d'un demi-pouce de largeur, très fine (une E
180 renferme 260 mètres de bande), enroulée sur des
bobines plastique autobloquantes. Cette bande est soumise à
rude épreuve par le mécanisme du magnétoscope,
qui en extrait à chaque ordre de lecture une boucle afin de
l'enrouler autour du tambour tournant où les têtes
vidéo sont installées. Le tambour tourne à 1500
tr/mn : gare donc aux arrêts sur image prolongés,
pendant lesquels le tambour creuse littéralement un trou dans
la couche magnétique. Apparaît alors un drop-out,
défaut dans l'image, inévitable du fait de la
très grande densité d'information enregistrée
sur le support. Lors du contact tambour-bande, toute condensation est
meurtrière : il faut donc éviter les brusques
changements de température aux cassettes. Chaque
séquence arrêt- bobinage- lecture- arrêt
abîme la bande : la seule exploitation inoffensive pour une VHS
est de la lire en continu, d'un bout à l'autre... Les VHS
hi-fi sont encore plus sensibles aux petits défauts de surface
(le son y est enregistré à fleur de bande !) que les
cassettes normales : des parasites rappelant une mauvaise
réception FM apparaissent alors très vite.
Des bruits alarmistes ont circulé à une certaine
époque sur la pérennité des enregistrements
réalisés sur support VHS. Force est de constater qu'ils
n'étaient pas fondés. Placées à l'abri du
soleil et des champs magnétiques (donc éloignées
d'un téléviseur...), à la température
moyenne d'un appartement, rangées verticalement bobine pleine
en bas, les cassettes vieillissent dans de bonnes conditions. Des
enregistrements réalisés en 1976 sur des VHS de grande
marque sont encore parfaitement lisibles aujourd'hui, au prix certes
d'une légère dégradation des couleurs. Ce n'est
pas toujours le cas de formats plus professionnels, comme les
cassettes U-Matic par exemple (la plupart des enregistrements
effectués depuis 1972 sont d'ores et déjà
illisibles !)...
Année VHS 120' VHS 180' VHS 240'
1980 120 150 200
1985 100 130 160
1990 50 65 80
1995 30 35 45
Les supports du futur
La DAT, destinée à l'origine au grand public, a
réussi son recyclage chez les professionnels. A court terme,
ses avantages sont évidents : support compact donc facile
à archiver, large autonomie (2 heures), qualité du son
16 bits sans compression de données... Ceux qui
réfléchissent et observent se rendent pourtant compte
des défauts de ce support : temps d'accès important,
fragilité physique du support très fin lu par une
mécanique de magnétoscope miniaturisée,
densité d'information énorme rendant audible le moindre
défaut de bande, en dépit d'un système de
correction d'erreurs performant et de l'inscription redondante des
mêmes données en plusieurs endroits. Toute lecture
entame le capital fiabilité de la cassette, et il semble que
cent lectures abîment la bande au point de faire clignoter
frénétiquement les diodes des circuits de correction
d'erreurs présentes sur toutes les machines professionnelles.
La faible aimantation présente sur la bande laisse songeur sur
la pérennité des enregistrements réalisés
sur ce support : beaucoup de mixages et de masters de disques
classiques, rock, jazz ou variété devront donc
être recopiés assez vite sur un autre support plus
sûr. Ce n'est pas un hasard si la Phonothèque Nationale
ignore la DAT dans ses collections de documents sonores... Quant
à la DCC, il semble que ses jours soient désormais
comptés : ce support promu par Philips n'a jamais
réellement décollé commercialement...
L'avenir est donc aux supports magnéto-optiques. Ces disques
recouverts d'une matière spéciale, dont le coefficient
de réflexion change après échauffement par un
rayon laser de moyenne puissance, ont tous les avantages pour eux :
temps d'accès réduit, capacité,
compacité, relative immunité aux agressions
extérieures (attention toutefois à l'insolation directe
et à l'écriture au feutre ou au stylo sur la face
imprimée d'un CD-R), lecture non destructive du fait de
l'absence de contact. Le CD-R, ou CD enregistrable, ou encore le
Mini-Disc (faisant, lui, intervenir une compression numérique
de données) préfigurent déjà les supports
que nous concoctent dans l'obscurité les laboratoires de
recherche des grands groupes. Sony et Philips travaillent activement
à un CD simple face permettant de stocker 2h15 de vidéo
sur une face, alors que Toshiba, Matsushita et Pioneer travaillent
sur un CD double face de 2h20 par face... Les capacités de
stockage numérique de ces supports se chiffrent en Gigaoctets.
On voit donc se développer un marché à deux
vitesses : d'un côté, les supports grand public mettent
tous en oeuvre la compression numérique de données, et
de l'autre, les super-CD pourraient très bien permettre de
commercialiser des enregistrements codés sur 24 bits et
échantillonnés à 96 kHz. Que va-t-il se passer
?
Si la compression numérique de données est
indispensable dès qu'il s'agit de transporter des signaux
numériques sur des lignes (DAB ou codecs), elle devient
franchement inutile, voire critiquable, quand elle s'applique
à des supports de lecture domestiques. Les défauts de
la fréquence d'échantillonnage de 44,1 kHz, limitant de
fait brutalement la bande passante d'un lecteur de CD à 20
kHz, deviennent de plus en plus apparents. Il est désormais
établi que l'oreille fait parfaitement la différence
entre une sinusoïde à 15 kHz et un signal carré ou
triangulaire de même fréquence, plus riche en
harmoniques, dont celui de rang 2 se trouve pourtant à 30 kHz,
soit bien au-delà des limites admises de l'audition
humaine...
Il serait dommage que les étapes techniques franchies dans les
laboratoires se traduisent pour le grand public par une
régression qualitative comme la compression de données.
On objectera que les promoteurs des systèmes DCC ou MiniDisc
assurent que les algorithmes mis en place sont absolument
inaudibles... La réponse est immédiate : ce sont les
mêmes qui nous assuraient en 1982 que le numérique
était parfait, qu'aucune différence n'existerait
à terme entre deux lecteurs de CD, et que les enregistrements
numériques étaient les plus musicaux. On sait fort bien
ce qu'il en était réellement...
Article paru dans Son Vidéo Magazine
Copyright © 1995 Franck Ernould
(franck.ernould@sfr.fr)
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