TDK MiniDisc MD-RXG PRO
Le MO sans erreur... ou presque !

 
On le sait depuis longtemps, la lecture et l'enregistrement des supports magnéto-optiques sont soumis à des erreurs, plus ou moins bien rattrapées par les circuits de correction. TDK vient de s'attaquer sérieusement aux causes même des problèmes en concevant un MiniDisc radicalement nouveau, le MD-RXG PRO. Les enseignements à en tirer vont bien au-delà du cadre étroit du MiniDisc. Franck Ernould
 
La destinée du MiniDisc a été assez agitée jusqu'ici &endash; suffisamment pour que, pendant longtemps, les constructeurs aient dû davantage penser à sa survie qu'à améliorer le support lui-même. Rappelons qu'à l'issue d'une guerre des formats dont seuls les grands fabricants électroniques ont le secret (et les moyens !), c'est le MD qui avait mis K.O. la Digital Compact Cassette Phil ßips dans un match commencé en 1992, dont l'enjeu était tout bonnement le remplacement de la bonne vieille cassette analogique, alors trentenaire.
Seul le public japonais avait alors rendu les honneurs au vainqueur, le reste du monde se cantonnant dans une indifférence polie. Le grand public se demandait un peu à quoi ce machin assez onéreux pouvait bien servir, et les professionnels se bouchaient le nez devant ce support avec compression de données - tout au plus les stations de radio le recyclèrent-elles comme machine à jingles... Bref, tous les symptômes d'une situation bloquée !
Il fut donc décidé de procéder à une seconde mise en orbite commerciale "grand public" en 1996. Entretemps, les prix des machines avaient baissé et les algorithmes de réduction de débit numérique nettement progressé, ce qui dotait les enregistreurs d'une qualité audio désormais fort acceptable. Toute la gamme possible a été déclinée (à part le Ãfour à micro-ondes !), et le MiniDisc envahit même les mini-chaînes, l'équipement "hifi" le plus en vogue actuellement dans la grande distribution. Curieusement, l'informatique ne s'est jamais jetée sur ce support de 140 Mo ultra-compact , pourtant vite décliné dans une version Data qui aurait pu remplacer avantageusement disquette et autres Zip. Il est vrai que les drives externes commercialisés un temps par Sony souffraient d'un prix quelque peu stratosphérique...
TDK croit depuis longtemps à ce support - à titre d'exemple, en France, la marque représente aujourd'hui 23% des parts de marché. Les ingénieurs nippons ont reçu carte blanche pour concevoir LEUR version professionnelle du MiniDisc - un peu comme la légendaire cassette MA-R, sortie en 1979, où deux lourdes demi-coquilles métalliques, rigides et inertes aux vibrations, remplaçaient pour la première fois le plastique dans la fabrication des cassettes. Alliée à une couche magnétique à base ¿de métal pur déposée sous vide, la MA-R fit les beaux jours de la presse et des amateurs exigeants et fortunés.
 
Un monde cruel
 
La vie d'un MiniDisc n'est pas rose, nous pouvons vous l'assurer ! De faibles dimensions (72 x 68 x 5 mm), sa réalisation mécanique est assez voisine de celle... d'une disquette ! Les deux demi-coquilles de plastique fin abritent un fin disque recouvert de la couche de produit photosensible. Le disque est "clampé" en son centre par le mécanisme qui le fait tourner, ce qui le soumet à des contraintes physiques non négligeables, d'où travail en flexion. La tête magnéto-optique le sollicite aussi, par son poids, dans une région radiale du disque. Enfin, la rotation à vitesse élevée le soumet à d'autres forces encore...
Bref, voilà ce pauvre disque tripoté dans tous les sens. Comme il est relativement fin (1,2 mm), ses paramètres dimensionnels varient, il fléchit, il tourne de travers. Ce qui met à rude épreuve notre tête l ºaser, chargée de chauffer sa surface en enregistrement afin d'y inscrire sous forme magnétique les 0 et les 1, puis de les relire en se focalisant tant bien que mal dessus. Erreurs diverses et décalages temporels se combinent &endash; heureusement que les cicruits de correction d'erreur sont là ! Cela dit, n'importe quel audiophile ou professionnel du son vous le confirmera, moins on les sollicite, meilleur est le son. D'où l'intérêt de s'attaquer à la base des problèmes, d'autant que la dernière version de l'algorithme de réduction de débit de données, l'ATRAC 4.5, offre désormais une qualité suffisante pour révéler nombre de défauts audio.
 
ARTS et XA
 
Les ingénieurs de chez TDK se livrent dès lo rs à de nombreuses expériences. Ils remarquent notamment qu'un même disque, placé dans des boîtiers aux caractéristiques physiques différentes, ne sonne pas de la même façon ! Ils en déduisent que le fonctionnement des circuits d'asservissement (rectification en temps réel de la position de la tête laser pour "suivre" la piste dans les meilleures conditions) et des circuits de correction d'erreurs numériques ont décidément bien une influence audible sur le son analogique restitué au final. Ne conservant que les cotes d'origine du MiniDisc, les ingénieurs ont tout repris de zéro.
Comment rigidifier une structure ? En lui donnant de la masse ! Ils conçoivent donc un assemblage en trois parties du MiniDisc &endash; une partie centrale, en alliage métallique (magnésium inside !) rigide et lourd se voit prise en sandwich entre deux coquilles de polycarbonate transparent, aux qualités mécaniques optimisées. Les vibrations de basse fréquence sont atténuées, les déformations éventuelles du boîtier sont éliminées. Et voilà p Ÿour l'ARTS, AntiResonance Triple Structure, au centre de laquelle tourne le disque lui-même, qui a aussi subi un relifting, notamment au niveau de sa matière principale &endash; une résine amorphe spécifique, employée généralement pour les CD de haute qualité &endash; ainsi que de l'enduit magnéto-optique, auquel des lubrifiants ont été ajoutés. Tout support magnéto-optique enregistrable possède en effet un sillon "pré-moulé", dans lequel le laser vient modifier l'état de la couche photosensible - autant qu'il soit, à l'origine le plus précis possible. Voilà la signification des lettres XA (X-tra Accurate) ! Une même matrice ne moulera qu'un nombre réduit de MD. Au final, tout a été fait pour que le système de lecture MD reçoive un ¬signal optique de haute qualité. Il faut savoir, en effet, que seulement 3% de la puissance du faisceau laser émis à la lecture revient vers la cellule photo-électrique... 3% de 0.7 mW, cela ne fait pas grand-chose !
 
Et ça s'entend !
 
La validité des hypothèses des ingénieurs de TDK se vérifie à la première écoute... Invité à une séance d'écoute comparative dans le studio de Genesis, en Angleterre, par TDK Europe, nous avons pu comparer un mixage enregistré simultanément, en sortie de console, sur deux platines MiniDisc haut de gamme (Kenwood DM9090), alimentées par un irréprochable convertisseur A/N Apogee AD-1000 et enregistrant, l'une sur un MiniDisc TDK "ordinaire", l'autre sur un MD-RXG PRO. Å Les sorties analogiques des 9090 revenaient fort logiquement sur le sélecteur d'écoute de la SSL, où on pouvait les commuter à loisir. Les machines étant commandées par la même remote sans fil, le synchronisme en lecture était assuré !
On compara d'abord les deux versions du mixage complet du titre, qui commence à la guitare acoustique seule, bientôt rejointe par la basse/batterie, puis par la voix. Sur les écoutes du studio (des Pro-Ac Studio 1 MkII amplifiées par un Quad 520), la différence est assez sensible : le PRO donne plus de précision, d'ouverture. Presque un "effet physiologique", comparé au modèle ordinaire qui sonne un peu "bois", du coup. L'entrée de la basse est ressentie très différemment, tout comme les accords de la 12 cordes.
Il fut ensuite décidé de comparer des pistes "individuelles" : la guitare seule, la voix seule (avec ses réverbes - 224 et 480 Lexicon, pas moins !), la basse seule. Les impressions ressenties à l'écoute du mi ·x se confirmaient. Les "queues" de réverbe, notamment, étaient plus naturelles sur le MiniDisc RXG "PRO". La séance se termina en apothéose avec quelques minutes de guitare jouée en direct par Mike Rutherford lui-même, comparées dans les mêmes conditions.
Faut-il préciser qu'une permutation des disques dans les platines déboucha, fort logiquement, sur les mêmes conclusions ? Bref, on nous avait présenté, voici bientôt vingt ans, le numérique comme une technologie s'affranchissant des machines et des supports, réduits à ne coder que des 0 et des 1. Plus on avance, et plus on s'aperçoit que cette vision des choses était vraiment très réductrice !
 
Investissements
 
Toutes ces recherches et ces avancées peuvent-elles se répercuter sur d'autres supports, comme le DVD enregistrable qui pointe le bout de son nez ? Il est malheureusement probable que non... Les seuls points communs entre ces deux supports est d'être à lecture optique et d'enfermer le disque ! Pour le reste, le DVD-RAM, Zhébergeant 2.6 Go de données par face et seul support de ce type actuellement produit par TDK, fait intervenir une technologie dite "à changement de phase", à laquelle les avancées du MD Pro ne s'appliquent pas. Quant à l'aspect mécanique, il n'est pas non plus transposable. Lorsque le DVD-RW, 4.7 Go par face et destiné au grand public, sortira, il aura fait "à la base" l'objet d'études récentes et approfondies, auxquelles le MD ne pourra rien apporter.
Alors, beaucoup d'argent dépensé pour pas grand-chose ? Pas vraiment... Rien qu'en France, ce sont déjà 3 à 400.000 MiniDiscs vierges qui sont a þchetés mensuellement. Si on en croit les simulations effectuées ici ou là, le marché européen devrait représenter, pour 1998, entre 25 et 35 millions de MiniDiscs, avec une croissance à deux chiffres (voisine de 50%) pendant les 3 ou 4 années à venir. Et, comme tout produit "exceptionnel", la renommée acquise retombe sur les autres produits de la gamme, même plus ordinaires. Bref, il y a toutes les chances pour que les investissements consentis soient assez vite amortis...
 
+Variante parue dans Home Studio - la précédente version étant parue, mutilée, sans mon accord, dans TIMECODE n°31.
 
TDK MiniDisc MD-RXG PRO
Une étonnante expérience
 
Pour le lancement européen d'un nouveau modèle de support MiniDisc, le fabricant japonais de supports d'enregistrement avait vu grand : l'écoute comparative permettant de constater la supériorité du nouveau venu se déroulait en effet dans le studio personnel du groupe Genesis, dans le Surrey... Franck Ernould
 
Vous souvenez-vous de la révolutionnaire cassette MA-R, sortie par TDK en 1979 ? Le plastique universellement utilisé dans la construction des cassettes depuis la création du support en 1963 y faisait place à de superbes demi-coquilles métalliques, plus rigides, plus inertes aux vibrations, impeccablement assemblées. Ces particularités physiques, jointes à une couche de métal évaporé sur la bande en lieu et place de l'oxyde de fer ou du dioxyde de chrome, dotaient ces cassettes du quatrième type de performances ahurissantes sur les meilleures platines du marché (jusqu'à 25 kHz sur une Nakamichi 1000)... moyennant un prix plutôt "haut de gamme" : environ 100 F de l'époque !
C'est à une transposition de cette idée au MiniDisc que TDK, numéro 2 de ce secteur avec 23% des parts de marché, vient de se livrer - en première mondiale, là encore.
 
Un lancement en deux temps
 
Rappelons que le MiniDisc, remplaçant programmé de la bonne vieille cassette analogique, a connu un lancement en deux étapes : d'abord en 1992, où il affrontait la DCC Philips (cf. Keyboards Home Studio Recording n°8). L'issue du combat fut en sa faveur, mais les chiffres de vente de ce nouveau support d'enregistrement ne décollèrent pas, sauf auprès du public japonais, toujours friand de nouveautés. Tout au plus fut-il adopté dans certaines stations de radio comme "machine à jingles"... Sans doute le son un peu "métallique" des premiers algorithmes de réduction de débit de données (ATRAC) et l'infâmant terme "compression de données" ralentit-il quelques ardeurs !
Il fut donc décidé, voici deux ans, de procéder à un second lancement commercial. L'ATRAC avait bien progressé, et toute la puissance de feu de marques comme Sony, Teac, Denon, JVC, Yamaha, Kenwood, Onkyo, Sharp, Aiwa... fut mise à contribution, pour un développement tous azimuts : modèles hifi, audiophiles, portables, autoradios, machines professionnelles, pour DJ, intégrés aux mini-chaînes en lieu et place de la traditionnelle platine cassettes (on est dans ce dernier cas à la limite de la vente forcée !). Même les "Portastudio" se sont mis au MiniDisc Data, en 4 puis 8 pistes. Curieusement, l'informatique ne s'est pas jetée sur ce support de 140 Mo ultra-compact (72 x 68 x 5 mm), pourtant décliné dans une version Data qui aurait pu remplacer la disquette et le Zip !
L'offre de MD enregistrés (dont les prix restent trop proches de ceux du CD) n'est pas déterminante dans la décision d'achat, l'engin est plutôt considéré comme une "machine à compiles" (où il se heurte à la concurrence des graveurs de CD domestiques Philips, seule grande marque n'ayant, et pour cause, pas pris le train du MD). Conjointement, les prix des supports ayant bien baissé &endash; compter 30 F pour un MD de 74 minutes, avec des offres promotionnelles encore plus intéressantes &endash; il semble que le grand public s'intéresse enfin à l'engin. Le moment semble donc bien choisi pour proposer une version améliorée d'un support d'enregistrement dont les ventes se comptent désormais en millions d'exemplaires...
 
Le test
 
Nous avons été invités par TDK Europe dans le studio de Genesis, en pleine campagne du Surrey. Mike Rutherford et l'ingénieur du son Nick Davies nous ont diffusé le titre "Not About Us", enregistré sur 3348 et mixé "en direct" (via l'automation) sur la SSL 4000E 56 voies du studio. Aux généraux de celle-ci était relié un convertisseur A/N Apogee AD-1000, qui entrait dans un splitter numérique actif. Ce sont les sorties de ce dernier qui alimentaient simultanément deux platines MiniDisc Kenwood DM9090, plutôt ciblées "haut de gamme" (ATRAC 4.5 notamment) - l'une enregistrant sur un MD TDK "normal", l'autre sur le MD-RXG "PRO". Les sorties analogiques des 9090 revenaient fort logiquement sur le sélecteur d'écoute de la SSL, où on pouvait les commuter à loisir. Les machines étant commandées par la même remote sans fil, le synchronisme en lecture était assuré !
On compara d'abord les deux versions du mixage complet du titre, qui commence à la guitare acoustique seule, bientôt rejointe par la basse/batterie, puis par la voix. Sur les écoutes du studio (des Pro-Ac Studio 1 MkII amplifiées par un Quad 520), la différence est assez sensible : le PRO donne plus de précision, d'ouverture. Presque un "effet physiologique", comparé au modèle ordinaire qui sonne un peu "bois", du coup. L'entrée de la basse est ressentie très différemment, tout comme les accords de la 12 cordes.
Il fut ensuite décidé de comparer des pistes "individuelles" : la guitare seule, la voix seule (avec ses réverbes - 224 et 480 Lexicon, pas moins !), la basse seule. Les impressions ressenties à l'écoute du mix se confirmaient. Les "queues" de réverbe, notamment, étaient plus naturelles sur le MiniDisc RXG "PRO". La séance se termina en apothéose avec quelques minutes de guitare jouée en direct par Mike Rutherford lui-même, comparées dans les mêmes conditions.
Faut-il préciser qu'une permutation des disques dans les platines déboucha, fort logiquement, sur les mêmes conclusions ?
 
ARTS + XA
 
Comment expliquer une différence audible aussi marquante dans le cas d'un support numérique ? Après tout, MiniDisc pro ou non, un bit reste un bit ! Pas si simple... L'exposé technique qui suivit la séance d'écoute remit les idées en place. Par construction, le MiniDisc est soumis, lorsqu'il est chargé dans un lecteur, à nombre de contraintes physiques : il est maintenu par le centre, sur lequel appuie un palet. La tête magnétique le soumet à des contraintes dans le sens inverse. La moindre déformation de la couche réflectrice provoque des fluctuations de réflexivité, donc des problèmes au niveau du laser chargé de récupérer les informations du disque, jitter & co - de petits défauts, se combinant, finissant par devenir... de gros problèmes !
Les ingénieurs de TDK, en quête du meilleur support MiniDisc possible, ont donc décidé de repartir de zéro, en s'intéressant à la fois à la phase d'enregistrement ET à celle de lecture des données. Gardant les cotes du support, ils ont entièrement repensé les matériaux et l'assemblage des parties composant la coque du MiniDisc (ARTS, pour AntiResonance Triple Structure - on compte trois pièces au lieu de deux, voir schéma). La partie centrale est réalisée dans un alliage métallique de tungstène, plus lourd et rigide que l'acier, pris en sandwich entre deux coques de polycarbonate transparent plus solides et plus précisément usinées. Résultat : moins de vibrations et de sollicitations physiques transmises au disque lors de sa lecture. Quant au disque lui-même, il a vu les tolérances de son usinage réduites et la composition du substrat composant sa couche réflectrice entièrement revue (XA, pour Extra Acoustics - le matériau réfléchissant est différent, intégrant un lubrifiant). Résultat : un pointage plus précis du laser (dont la puissance est de 0,7 mW seulement), et moins de corrections d'erreur.
Ce sont toutes ces précautions qui, une fois cumulées, aboutissent à l'amélioration en lecture que nous avons ressentie lors du test comparatif. Il ne reste plus qu'à souhaiter que ce qui a été appris à cette occasion soit vite décliné sur d'autres supports numériques - ne serait-ce que le DVD, par exemple, que TDK commercialise déjà en version enregistrable, et qui sera obligatoirement "encapsulé" pour éviter toute agression extérieure...
 
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