A Tribute to Jacques Loussier...

Mon père, grand amateur de classique et fan de John Lewis et du Modern Jazz Quartet, avait dans sa discothèque les volumes 1 et 2 de "Play Bach", des disques de l'édition originale Decca, datant du début des années 60 ! Je les ai écoutés des centaines de fois, apprenti pianiste suant alors sur les Inventions et les Préludes de Bach... Loussier jeune à son piano me semblait bien intimidant sur les photos de pochette. Et vers 1981, j'avais racheté une compilation Musidisc d'œuvres que je n'avais pas encore.

Si on m'avait dit un jour que je sympathiserais avec Jacques au point d'aller le voir à plusieurs reprises dans son studio de travail à Paris, puis dans sa propriété de province, et que je visiterais son studio de Miraval ! Pourtant, c'est le cas : je suis même allé le voir enregistrer en studio. Un rêve réalisé !

Alors que le Japon, l'Allemagne, les USA, l'Angleterre lui font fête, je trouve vraiment dommage que la France ne lui fasse pas l'accueil qu'il mérite... Voilà pourquoi je reproduis ici une évocation de sa carrière et les interviews qu'il m'a données. Jacques, t'es le meilleur !


Jacques LOUSSIER

 

Jacques Loussier naît à Angers en 1934. Il commence le piano à l'âge de 10 ans, et entre à 16 ans au Conservatoire National de Musique de Paris, dans la classe d'Yves Nat. Un parcours impeccable, qu'il interrompt lui-même délibérément en allant accompagner Catherine Sauvage et Charles Aznavour, et même un certain Frank Alamo (avec Orch Jacques Loussier, disque Barclay 80-231 ).

Il apprécie particulièrement la musique de Jean-Sébastien Bach, dont il pressent qu'elle se prêterait bien à un traitement jazz. Il fonde en 1959 le Trio Play Bach avec Christian Garros et Pierre Michelot &endash; quatre LP suivent rapidement derrière. Le succès est énorme, les Swingle Singers et d'autres projets un rien opportunistes en ramasseront quelques miettes. Citons aussi un certain René Fol, qui sort "Les quatre saisons" en jazz en 1965 chez le concurrent Philips... Quatre autres disques PLAY BACH se succèdent chez Decca, puis un double live, les tournées incessantes dureront vingt ans...

On a du mal à s'en rendre compte, mais sortir un Play Bach en 1959, c'était proche du sacrilège. Tout juste tolérait-on que John Lewis, cet immense pianiste de jazz, cite quelques mesures de L'Offrande Musicale avant d'entamer une de ses compositions ! Pour Jacques, qui adore le Modern Jazz Quartet, improviser "jazz" sur du Bach, c'est pour amuser ses copains du Conservatoire, qui en sont bien incapables ! Convoqué début 59 par le label Decca pour une audition en vue d'un enregistrement classique, Jacques joue bien sûr du classique, puis du jazz, des musiques folkloriques... et, pour finir en beauté, il conclut avec une "impro à la Loussier". Résultat : le voici signé... pour du Bach en jazz !!!

Voilà notre tout jeune pianiste (25 ans !) pris au dépourvu... Un contrat chez Decca, très gros label à l'époque, ça ne se refuse pas. Mais à présent, il faut assumer. Jacques constitue donc un trio avec deux musiciens qu'il connaît à peine : Pierre Michelot à la contrebasse et Christian Garros à la batterie. Pas le temps de répéter, on passe directement en studio. Nous sommes fin mai 1959. Quatre photos de la séance ornent la pochette de la réédition sortie en avril 2000. Jacques n'est pas encore barbu... Il faut d'abord se mettre en place : Michelot n'a plus l'habitude du classique, il lui faut se remettre en place. Quant à Christian Garros, c'est un batteur miraculeux, d'une subtilité évoquant Kenny Clarke. Il ne frappe jamais : il effleure ses peaux de ses balais, caresse le dôme de ses cymbales, ponctue tout en douceur avec la grosse caisse. Plutôt rare, chez les bûcherons français du jazz de l'époque (Daniel Humair, ce poète, déjà excepté). L'album, qui dure un peu plus d'une demi-heure, comporte 7 extraits du Clavier bien Tempéré et la célébrissime Toccata et Fugue en ré mineur. Il est bouclé, en stéréo (très belle d'ailleurs), ce qui est un pari du label, le procédé n'est apparu qu'un an plus tôt.

Je l'avoue : encore aujourd'hui, c'est mon préféré. Peut-être que c'est parce que c'est le premier que j'aie écouté de Jacques... Mais je trouve qu'il coule de source, spontané, vivant, enthousiaste, spontané, sans calcul... comme le suivant, d'ailleurs, sorti un an plus tard. À l'époque, c'est la première fois qu'on consacre tout un album à du classique revisité jazz. Les réactions du public sont très contrastées : certains adorent, d'autres vouent aux gémonies. Dans la polémique, on remarque deux alliés de poids pour Jacques : les musicologues Bernard Gavoty (Le Monde) et Antoine Golés (ce dernier, un pilier de la Tribune des Critiques de Disques, ne faisant pas, d'habitude, particulièrement impression par sa subtilité et sa modestie, ni par son ouverture d'esprit...).

En deux semaines, 6000 albums sont vendus, puis des centaines de milliers d'autres. Decca renvoie donc le Trio Loussier enregistrer d'autres Play Bach : en 1960, 1961, 1963 et 1965, date où est enregistré aussi, au Theâtre des Champs-Élysées, un double live qui fait date.

Jacques commence parallèlement à s'intéresser à la musique de film, il en composera plusieurs dizaines pour le cinéma (Le Doulos, Jean-Pierre Melville, Jeu de Massacre, Alain Jessua...) et la télévision. Mais c'est pour Play Bach qu'on le connaît, et qu'il tourne. Laissons la parole à Jean-Pierre Jackson (Répertoire n°134, 4/2000, page 86) : "Loussier a montré une chose essentielle, que les musiciens, quel que soit leur langage musical, savaient déjà : la distance qui sépare la musique de Bach du jazz qui swingue est inférieure de beaucoup à celle produite par certains jazzmen, même réputés".

En 1980, saturé par le Trio Play Bach, il se retire à Miraval, un petit village du Var où il a acheté une grande bastide entourée de vignobles, et où il a aménagé, dès 1977, un studio d'enregistrement résidentiel. Il découvre les possibilités des synthétiseurs, rencontre le percussionniste Luc Heller avec lequel il enregistre pour CBS Pulsion, Sous la Mer et Pagan Moon. La pub EDF du début des années 80 rendra ces accords célèbres...

En 1985, année du tricentenaire de la naissance de Bach, on vient tirer Jacques de sa retraite, et les propositions de tournées fusent : aux USA, en Angleterre, en France, en Allemagne, au Japon... Jacques fonde pour l'occasion un nouveau Trio (le batteur Christian Garros étant décédé) avec André Arpino à la batterie et Vincent Charbonnier à la contrebasse, avec lequel il revisite son répertoire, réarrangements à la clé, qui lui vaudra un disque d'or au Japon. Jacques reconnaît sans fausse modestie que ses talents d'improvisateur se sont développés au fil des ans, et qu'il se sent mieux dans la seconde incarnation du Trio que dans la première...

Parallèlement, Jacques se lance dans les oeuvres symphoniques : "Lumières", une messe créée par Jean-Pierre Wallez en 1987, puis un concerto pour trompette, un concerto pour violon, des pièces pour cordes ("Les tableaux vénitiens"), un ballet ("Trois couleurs" - certaines de ces pièces étant enregistrées sur CD.

En 1993 sortent deux nouveaux albums Bach du nouveau Trio, puis un autre en 1994, encore un autre en 96.

Passé sur le label Telarc en 1996, Loussier se met à explorer Vivaldi. Rappelez-vous Raymond FOL, ressorti dans la collection Jazz in Paris en 2001 : la comparaison est très intéressante.


Jacques LOUSSIER

Jean-Sébastien Jacques joue Vivaldi !

Le nom de Loussier reste associé à "Play Bach", ces disques où il revisitait façon trio de jazz dans les années 60 la musique de Jean-Sébastien Bach. Récemment, Jacques Loussier a revisité une autre œuvre baroque célèbre : "Les quatre saisons", de Vivaldi.

 

Né à Angers en 1934, Jacques Loussier mène des études de piano classique - il est l'élève, au Conservatoire National de Musique de Paris, du célèbre Yves Nat. Il rompt rapidement avec le milieu classique, accompagne Charles Aznavour ou Catherine Sauvage... mais garde une tendresse toute particulière pour l'œuvre de Jean-Sébastien Bach. Pressentant que cette musique se prêterait bien à une lecture "jazz", il fonde en 1959, avec Christian Garros à la batterie et Pierre Michelot à la contrebasse, le trio Play Bach. Le succès vient dès le premier disque, sorti chez Decca en mai 59, et les tournées incessantes quadrillent le monde entier à partir de 1963. Parallèlement, Jacques Loussier compose pour l'écran, grand (pour Alain Jessua, Jean-Pierre Melville ou Marcel Camus) ou petit - "Thierry la Fronde" ou "Vidocq", c'est lui... En 1978, la saturation venant (rien de plus normal après 6 millions de disques vendus et 3000 concerts !), il se retire en Provence, où il a acheté dès 1976, avec Patrice Quef, une imposante demeure qui devient le Studio Miraval. Il explore alors de nouveaux horizons musicaux, assez éloignés du jazz : "Pulsion" ou "Pagan Moon", publiés chez CBS au début des années 80, en sont représentatifs.

En 1985, année du tricentenaire de la naissance de Bach, suite à de multiples demandes, "Play Bach" reprend du service, dans une nouvelle formule sans toute moins "jazzy" que l'ancienne : André Arpino à la batterie et Vincent Charbonnier à la contrebasse. Après quelques œuvres orchestrales plus "contemporaines" (des concertos pour trompette ou violon, "Playades" ou "Lumières"), Jacques Loussier revient récemment au trio de jazz, mais avec un autre illustre compositeur baroque : Vivaldi. Le CD est sorti récemment chez Telarc.

Dans chacun des mouvements des "Quatre Saisons", tu as pris beaucoup de libertés avec l'original...

Lors des débuts de Play Bach, je restais très près de l'esprit de Bach, avec de timides improvisations. Je me suis progressivement libéré au fil des années, surtout avec le second trio, où il y avait beaucoup de Loussier et moins de Bach. Adapter Vivaldi était un peu un challenge pour moi, en ce sens que la substance musicale même est différente. J'ai longtemps pensé que traiter Vivaldi comme j'avais traité Bach n'était pas possible. Vivaldi était violoniste, pensait aux cordes, écrivait des concertos, alors que Bach, claveciniste et organiste de génie, pensait clavier, improvisait génialement et ce qu'il composait se prêtait "naturellement" au jazz.

Plaquer tel quel un accord de Vivaldi au piano ne sonne pas comme du Vivaldi, il manque toute la rondeur et la vie des cordes ! Il m'a fallu retenir tous les passages "percutants", et me montrer discret dans le reste. Un autre aspect intervient également : les harmonies changent sans cesse chez Bach, alors que Vivaldi peut rester dix ou vingt mesures dans deux tonalités ! J'avais peur d'abîmer les œuvres, d'en faire quelque chose d'anti-musical : un peu comme ceux qui ajoutent une batterie à une symphonie de Mozart ou de Beethoven...

Qu'est-ce qui t'a décidé ?

D'abord, au fil des ans, mes talents d'improvisateur se sont développés. Il suffit de comparer les CD récents de "Play Bach" du second trio avec les rééditions Musidisc du premier pour s'en rendre compte. D'autre part, je me suis rendu compte qu'il existait 350 versions des "Quatre Saisons" disponibles, mais que toutes restaient scrupuleusement fidèles au texte original. J'ai voulu apporter une version respectant l'atmosphère des saisons, sans considérer la partition écrite comme intouchable. Le principe étant posé, je me suis mis à travailler... et j'ai eu beaucoup de mal ! Au début, je reprenais par habitude les principes que j'appliquais pour "Play Bach", mais le résultat ne me convenait pas. Au final, Vivaldi reste présent, mais il y a beaucoup de Loussier dans le disque, ainsi que des recherches de couleurs et de rythmes travaillées en commun avec Vincent Charbonnier et André Arpino.

Un exemple ?

Dans "l'Hiver", Vivaldi a trouvé des couleurs de cordes superbes. Comme je n'ai pas cette possibilité au piano, j'ai décidé de jouer des secondes, qui "frottent", et de faire jouer le triangle en afterbeat. L'impression ressentie par l'auditeur est la même, mais avec des moyens différents.

Le premier de "L'été" évoque irrésistiblement "Django", de John Lewis...

C'est ma façon de rendre hommage à une formation que j'ai toujours respectée et aimée : le Modern Jazz Quartet. John Lewis est venu enregistrer à Miraval, nous avons beaucoup discuté, et il m'a confié qu'il aurait vraiment aimé être un pianiste classique !

Dans ce disque Vivaldi, tout est écrit ?

Pratiquement ! Cela dit, j'ai repris le troisième mouvement du "Printemps" le matin même de l'enregistrement, et c'est au studio que j'ai trouvé l'idée du deuxième mouvement de "L'automne", que je ne savais pas comment prendre... Je suis très content du résultat, le CD a su préserver une certaine spontanéité, Vivaldi n'est pas trahi et l'esprit du Trio Loussier est présent tout au long des plages.

Tu as également su conserver l'aspect jubilatoire de cette musique...

Le Trio existe depuis treize ans : l'entente entre nous est naturelle ! Nous avons pris le temps d'enregistrer le disque tranquillement, au studio de Miraval, où nous avons enregistré tous nos disques depuis plus de dix ans. C'est Patrice Quef, mon partenaire depuis plus de vingt ans, qui l'a enregistré avec talent. La création monsiale a eu lieu le 11 mars, à la Salle Pleyel.

Combien de temps pour ce projet ?

Deux ans de réflexion, six mois de travail sur les partitions, huit jours d'enregistrement et deux jours de mixage pour une heure de musique. Ce qui prouve qu'avec quelques connaissances, de l'expérience et beaucoup de travail de recherche, on trouve !!!

Travailles-tu sur d'autres claviers que le piano ?

Je possède quelques synthés, déjà anciens d'ailleurs (E-mu, Roland, ) et un home studio (12 pistes numériques Akai A-DAM), mais je hais les séquenceurs, je préfère jouer les rythmes moi-même, en direct. J'écris encore des musiques de films ou de téléfilms, en ce moment pour "Un homme" de Robert Mazoyer ("Les gens de Mogador", "Jeanne"...), et mes synthés me permettent de travailler en synchronisme avec l'image. Selon le cas, je conserve ces couleurs synthétiques, ou je passe à l'orchestre à cordes, ou à toute autre formation...

Quel est ton programme ces prochains mois ?

Je reprends la route !


En 1998, c'est le tour de Satie :

Jacques LOUSSIER
De Bach à Satie

Bach, puis Vivaldi... il semblait décidément que, pour son trio de jazz, Jacques Loussier privilégiait les compositeurs baroques. Tout faux ! Son dernier disque, fidèle à sa formule en trio, est en effet consacré à Erik Satie. Rencontre avec Jacques Loussier dans sa maison des bords de Loire... Franck Ernould

Nous avions quitté Jacques Loussier l’an dernier (voir KB n° 111), après sa version en trio de jazz de pièces de Vivaldi. Il a donné depuis des dizaines de concerts, l’automne et l’hiver derniers, en France mais aussi en Allemagne, en Angleterre... où sa notoriété est très importante, tout comme aux USA, où se trouve son label actuel, Telarc, et au Japon. Ses programmes faisaient pour l’occasion la part belle à Vivaldi, mais aussi à Bach. En automne 97, il joue pourtant, en solo, sa version essentiellement improvisée des “Scènes d’enfants” de Schumann dans une petite salle de Cologne. En parallèle, il travaille sur une version pour trio piano/contrebasse/batterie d’une sélection de Gymnopédies et de Gnossiennes du compositeur français Erik Satie. L’enregistrement a lieu mi-octobre au studio de Miraval, avec le fidèle André Arpino à la batterie et Benoît Dunoyer de Ségonzac à la contrebasse.

Un certain Erik Satie

Changement de siècle, de pays, de style... Celui qu’on a appelé le “Maître d’Arcueil” a peu à voir avec les compositeurs baroques ! Né en 1866, il fait ses études au Conservatoire sans grand succès. Les Gymnopédies et les Gnossiennes font partie de ses premières œuvres : aucune barre de mesure, très simples, lancinantes, mais d’une atmosphère modale unique et inoubliable, complètement originales pour cette fin de XIXè siècle assez “décadente”... Elles inspireront beaucoup Debussy, qui en orchestrera deux. Des indications portées fort sérieusement sur la partition, du style “Munissez-vous de clairvoyance”, “pas à pas”, “ouvrez la tête”, “du bout de la pensée”, “postulez en vous-même”, “dans la langue”, font penser à des personnalités extravagantes et hors-normes comme Brian Eno ou Michel Magne...
Satie adhère ensuite à la secte de la Rose-Croix, gagne sa vie comme pianiste de cabaret la nuit à Montmartre, et fait à pied tous les jours l’aller-retour Arcueil (où il habite)-Paris. Ravel et Debussy le font connaître en jouant ses pièces, dont les titres voisinent avec l’absurde (Embryons desséchés, sonatine bureaucratioque, les trois valses distinguées du précieux dégoûté, morceaux en forme de poire...). Satie reprend même, un temps, des études musicales à la Schola Cantorum ! Il rencontre Cocteau, pour qui il compose en 1917 le ballet pour orchestre “Parade”, sorte de manifeste cubiste, où il utilise des sirènes et des machines à écrire, influence le Groupe des Six... Il meurt en 1925, dans la pauvreté la plus totale, après avoir composé une cantate (“Socrate”) et un ballet dadaïste, “Relâche”. Ce “petit maître” aura par la suite une influence énorme, et préfigure les minimalistes ou les répétitifs (une de ses œuvres demande à être jouée en boucle ??? fois).

Ne pas faire ce qui est écrit

Le rapprochement Satie/Loussier en surprendra plus d’un ! Pour Loussier, il s’agissait d’un challenge pur, plus encore que pour Vivaldi, qui lui avait pourtant déjà donné du fil à retordre voici un an. “Je me suis aperçu à cette occasion, après plus de trente ans de fidélité à Bach, que je suis un compositeur qui aime faire de la musique en m’appuyant sur un matériau déjà composé, mais que je n’aime pas suivre ce qui est écrit. C’est ma réaction face à cette musique de départ qui me fait jouer une musique autre que celle qui est écrite. Je dois finalement, sans le savoir, refuser l’académisme et l’aspect figé de l’écrit. Je peux très bien écouter Vivaldi, Schumann ou Satie joués tels que les partitions l’exigent, ça me plaît aussi, mais j’ai un vice : ce qui me plaît, c’est justement d’en faire autre chose... Il faut que je sois inspiré
“Satie est un musicien dont la plupart des œuvres sont tombées dans l’oubli, qui n’est pas très connu finalement, mais dont on parle beaucoup”, confirme Loussier. “Je me suis plus intéressé aux morceaux plus familiers au grand public. En ce qui concerne les Gymnopédies, par exemple, je me suis limité à la première - les deux autres n’en sont que des variantes, harmoniquement et métriquement très proches”. On en trouve donc trois variantes sur le disque, où Loussier joue également les “Gnossiennes” et les “Nouvelles Gymnopédies”, composées ultérieurement.

Bizarre

“J’ai travaillé exactement de la même façon que pour les Quatre Saisons : tout est sur le papier. Une fois le mixage fini, je me suis retrouvé avec un oblet bizarre : je ne m’attendais pas du tout à ce résultat, à vrai dire ! Je trouvais ça un peu trop évanescent, léger, loin de ce que j’obtiens d’habitude avec Bach ou Vivaldi, et surtout parfaitement contraire à mon éthique et mon approche habituelle de la musique, fondée sur l’énergie, la percussion, les cassures de rythme... Satie m’avait inspiré autre chose, même si au final, comme pour les Vivaldi, il y a beaucoup de Loussier et un peu de Satie. Bref, je n’étais pas du tout sûr de moi : aurais-je dû envisager une autre approche, était-ce bien cela qu’il fallait faire ? J’ai quand même envoyé la DAT à Telarc, aux USA, pour avoir une réaction de la maison de disques. Pas de réponse pendant deux semaines... Je commençais à me morfondre, “Ça y est, c’est une catastrophe, ils n’aiment pas, ils ne m’ont même pas rappelé tellement c’est mauvais, ils ont dû jeter la bande...”. Je prends donc le taureau par les cornes, et j’appelle moi-même. Je tombe sur John Woods, le président, qui me dit “Jacques, je suis désolé, nous sommes tellement débordés ici que je n’ai pas eu le temps de te rappeler, mais ton disque est génial, tout le monde est emballé ici, c’est vraiment super ce que vous avez fait...”. Là, je suis quand même tombé des nues : “Tu es sérieux, ce n’est pas une blague, tu es sûr qu’on parle du même disque ?”...
Tout ça pour dire que j’ai été extrêmement surpris de la réaction des Américains, qui, eux, connaissent bien Satie. J’étais très surpris : lorsque j’en parlais là-bas autour de moi, je me suis aperçu qu’il était aussi connu que, par exemple, Debussy. En France, ce n’est pas vraiment le cas... Bref, une fois la surprise passée, je me suis dit que, indépendamment de ma volonté, j’avais dû faire quelque chose qui allait dans le sens de ce qu’ils attendaient ! J’ai donc laissé cet enregistrement a suivi son cours, mastering, pochette, etc - il sortira en Juin en France”.
Au final, près d’une heure de musique, où Jacques prend souvent l’avantage sur Erik. Ses trois variations sur la première Gymnopédie sont extrêmement intéressantes, souvent savoureuses harmoniquement, et les ambiances qu’il parvient à créer dans les Gnossiennes surprenantes... On retrouve la même entente parfaite avec Arpino, et le petit nouveau du trio, Benoît Dunoyer de Ségonzac, s’intègre parfaitement, en apportant une palette et un jeu très musicaux, tout en subtilité et en finesse. En fait, chaque pièce a subi ici un traitement particulier - aucune monotonie à craindre. Dans la famille Loussier, si vous avez aimé Vivaldi, vous adorerez Satie... en attendant Schumann ? En attendant, Loussier reprend la route, comme d’habitude : la soirée de “lancement” du nouvel album est prévue à Londres. Ne le ratez pas sur scène, où son côté “pince-sans-rire” fait souvent merveille.

 


 

Enfin, au printemps 1999, Jacques s'attaque à Ravel ! L'album est sorti chez Telarc le 25 Mai 1999. Au menu : le Boléro, rien de moins ! avec, en prime 8 Nymphéas, d'une atmosphère délicieusement surannée...

 

Mais voilà que le 250è anniversaire de la naissance de Bach approche... C'est sûr, Jacques va encore être mis à contribution ! Ça ne rate pas, d'autant qu'à un an près (1999), on fête aussi le 40è anniversaire de la naissance du Trio PLAY BACH...
Résultat : un album "Bach 40è anniversaire" chez TELARC, suivi d'un album avec les concertos pour 2 et 3 pianos avec les sœurs Pékinel, et, pour faire bonne mesure, les variations Goldberg ! Mais quand dort-il ce Jacques ?

D'autant qu'arrive, à la rentrée, un album Debussy !

C'est dédidé, je passe le voir dès que je peux, le Jacques !

dernière minute (fin décembre 2001)

Jacques vien de sortir, sur le label Telarc :

Que des pièces baroques connues, en trio :
Haendel, Marais, Scarlatti, Pachelbel, Marcello, Albinoni.

Récemment, Jacques est revenu sur le devant de l'actualité, à l'occasion de son procès au rappeur EMINEM.

 

 

 


Ces articles sont parus dans KEYBOARDS et HOME STUDIO &endash; toute la fin est inédite.

Copyright © 2002 Franck Ernould (franck.ernould@sfr.fr)

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