DVD Audio CONTRE DSD
La fin du CD ?
Après plus de quinze ans de bons et loyaux services, le CD
Audio tel que nous le connaissons (16 bits, 44.1 kHz) se voit
menacé par lapparition de formats plus récents,
les DVD et DSD. Taxés de haute définition,
lun comme lautre bénéficient des
progrès fulgurants du traitement numérique... Le point
sur ces deux challengers aux dents longues. Franck Ernould
Vous avez pu suivre dans ce magazine les évolutions, les
atermoiements, les hésitations tournant autour du support dont
tout le monde parle depuis cinq ans déjà : le Digital
Versatile Disc. Le simple face simple couche sappelle
désormais DVD5, le simple face double couche DVD9, le double
face simple couche DVD10 et le double face double couche (pas encore
fabriqué industriellement) DVD17. Si rien na
changé quant à son aspect physique (cf. Home Studio 4),
le contenu enregistré sur ce support, en revanche,
nécessite une réactualisation...
Outre-Atlantique
Quoi de plus adapté comme marché, que le marché
américain, pour tester un produit ? Test fort réussi
pour le DVD Video, à en croire les chiffres les plus
récents : déjà plus de 500 000 lecteurs et 3,8
millions de disques vendus, au bout dun peu plus dun an
et demi ! Jamais lancement de nouveau format électronique
grand public navait connu un tel succès, bien
supérieur à celui de la VHS ou du CD Audio. Un
lancement si réussi quil fallait bien introduire une
ombre au tableau : elle sappelle DIVX ! Ce format, qui a fait
ses débuts commerciaux en juin, est le fruit des cogitations
des grands studios hollywoodiens : Disney, Paramount, Universal,
Twentieth Century Fox, MGM, DreamWorks... En effet, ces géants
de limage ne se sont jamais résolus de bon cur
à mettre sur le marché leurs chers films en
qualité quasi-broadcast : une incitation à
la piraterie affirment-ils, même si plusieurs protections sont
prévues sur le DVD afin dempêcher toute copie
numérique et de pourrir la qualité
déventuelles copies VHS (procédé
Macrovision). En bref, le disque DIVX est un DVD Video dont le
contenu, brouillé,ne peut être lu par une platine
normale. Le consommateur doit séquiper
dun lecteur DIVX, muni dun circuit désembrouilleur
et dun modem qui sen ira chercher au coup par coup, sur
des serveurs spécifiques, la clé
numérique nécessaire au désembrouillage...
moyennant facturation ! Le spectateur achète une
période de visionnage de 48 heures, ceci pour environ 25 F.
Pour le moment, il nexiste quun seul modèle de
lecteur et une cinquantaine de films disponibles... A terme, sous
réserve que le public suive, le gâteau est estimé
à 112 millions de $ par an à se répartir entre
tous les studios... Depuis le début, les aficionados du DVD
ont hurlé contre ce standard parallèle. Anecdote
amusante pour clore ce chapitre image : il semblerait que
la sortie vidéo américaine de Titanic,
prévue le premier septembre, se fasse exclusivement... sur VHS
! Et la bande son exclusivement sur vinyle ?
Le marché européen du DVD Video a pris environ un an de
retard sur les États-Unis, à cause dune querelle
stérile portant sur les formats audio obligatoires figurant
sur un DVD PAL. Le grand perdant de lhistoire est un certain
Philips, vaincu par K.O. technique car incapable de fournir les
décodeurs nécessaires au format audio MPEG2 quil
prônait pour lutter contre lomniprésent Dolby
Digital, standard des DVD NTSC. On annonce cependant
déjà 100.000 lecteurs de salon vendus en Europe. Du
concret dactualité ? Pour la fête des
Pères, une brochure publicitaire dun grand
hypermarché proposait un lecteur Sony dernière
génération, PAL/NTSC contre la modique somme de 4 990
F, et une vingtaine de films entre 160 et 190 F, parmi lesquels
Bodyguard, Le cinquième
élément ou Mars attacks.... Signalons
que tous les DVD Video incluent obligatoirement deux pistes au format
PCM (éventuellement codées Dolby Pro-Logic), en 48 ou
96 kHz, à 16, 20 ou 24 bits. Les autres flux audio (Surround
codé Dolby Digital, dts...) sont laissés à la
libre appréciation des éditeurs.
Toujours plus
Passons à laudio... Au début des
années 80, travailler en 16 bits, à 44,1 kHz sur un
support comme le CD, totalisant 650 Mo de données, relevait
presque de lexploit (souvenez-vous des spécifications du
premier Macintosh, avec ses 128 Ko de RAM et ses disquettes de 400 Ko
!) Rappelons dailleurs que les premiers lecteurs Philips
étaient des modèles 14 bits, à cause de
problèmes techniques de fabrication... Quinze ans
après, les progrès de linformatique aidant, ces
chiffres sont presque devenus ridicules. Cela fait déjà
quelques années que les fabricants ont augmenté les
résolutions denregistrement (20 bits dès 89 pour
Yamaha et son DMR8, nombre de concepteurs denregistreurs
proposant ou sapprêtant à proposer des
modèles 24 bits) ainsi que les fréquences
déchantillonnage (96, voire 192 kHz !). Bref,
lamélioration de la qualité audio semble, pour
beaucoup, consister à acquérir davantage de
données au format PCM, plus vite. Dans ces conditions, comment
ne pas se jeter sur un support comme le DVD, offrant
léquivalent de 7,4 à 26,8 fois la capacité
dun CD Audio ?
Parmi les nombreux fabricants de produits haute définition,
citons deux précurseurs : Sonic Solutions, premier à
transposer son logiciel dacquisition/édition Sonic
Studio pour le High Density 96 kHz/24 bits, fin 1996, et
dCS, premier à fournir des convertisseurs A/N et N/A 24 bits
fonctionnant en 96, puis 192 kHz. Beaucoup dautres ont suivi
depuis. Interviewé dans ce numéro, George Massenburg,
pourtant célèbre pour ses périphériques
analogiques, a mis sur le marché un
insérable (il paraît quon ne doit plus
dire plug-in) dégalisation six bandes haute
résolution destiné à Sonic Solutions...
Bien entouré
Les films sont Surround, les jeux vidéo sont Surround, les
vidéos de concerts sont Surround... il ny a plus que les
disques de musique pure qui soient stéréo -
enfin, presque (voir encadré dts) ! Heureusement
que le DVD Audio, vu sa capacité, permet de loger des mixages
multicanaux sans devoir passer par les fourches caudines de la
réduction de débit de données numériques,
que le procédé sappelle MPEG2, Dolby Digital ou
dts... Toutefois, restons réalistes : même si les
ingénieurs du son musique nous concoctent des
mixages 5.1 infernaux, le DVD, tout sophistiqué quil
soit, ne permet pas de lire six canaux à 24 bits, 96 kHz ! Le
débit dun lecteur DVD de salon Audio ou Video (les
modèles de DVD-ROM en sont déjà à x3)
reste limité à environ 10Mbits/s. On ne peut multiplier
impunément le nombre de canaux, les bits et les kilohertz sans
se heurter, tôt ou tard, à cette limite. Ainsi, la
stéréo en 192 kHz 24 bits flirte déjà
avec la limite, et il est impossible de faire passer du 5.1 en 96 kHz
24 bits. Il faudra donc admettre, par exemple, de faire passer les
canaux de Surround en 48 kHz. À vos calculettes : en
stéréo, à 96 kHz, 24 bits, un DVD5
représentera environ 146 minutes découte -
moitié moins pour 192 kHz , qui retrouve donc lautonomie
dun CD actuel,. Pour un Surround mixte (AV 96 kHz, AR 48 kHz),
un DVD5 représentera 64 minutes, un DVD9, 117 minutes.
Rappelons que les lecteurs savent parfaitement, grâce à
des buffers surdimensionnés et bien gérés,
passer dune couche à lautre sans aucune
interruption sonore...
On semble également se diriger vers ladoption du
procédé Smart Content : des données
intégrées dans le flux multicanaux, grâce
auxquelles le lecteur DVD Audio procédera lui-même
à la réduction stéréo du mix 5.1, en
suivant les instructions fournies par lingénieur du son.
Les irréductibles des chaînes stéréo ne
seront donc pas lésés !
Nous navons parlé jusquici que de multiples de 48
kHz : la norme du DVD Audio admet aussi ceux de 44.1 kHz,
fréquence déchantillonnage du CD ! Ce sont les
professionnels de la gravure qui feront leur choix - rappelons que,
par commodité pour sortir la version CD ordinaire, Soul
Music Airlines, de Michel Jonasz, le premier disque mixé
en High Density, avait en fait été
échantillonné en sortie de console à 88.2
kHz.
Signalons par ailleurs que le cinéma, après la musique,
se met lui aussi à produire en très haute
qualité... Ainsi, DreamWorks sort un film dont toute la partie
musicale sera réalisée et montée en 24 bits, 96
kHz, via un Sonic Solutions Sonic-Studio High-Density.
Loutsider
Philips et Sony ont décidé dexplorer une
autre voie que le PCM. Les deux compères, fins connaisseurs de
cette technologie, se sont en effet rendu compte que la
qualité sonore naugmentait pas proportionnellement
à laugmentation de la longueur des mots
numériques et de la fréquence
déchantillonnage... Les responsables ? Des processus
inséparables de la mise en forme dun signal PCM à
partir dun flux de données 1 bit Delta-Sigma, comme le
filtrage dentrée ou la décimation. Sony et
Philips ont donc décidé dessayer
denregistrer tel quel le flux dinformations 1 bit
à 64 fois la fréquence déchantillonnage,
soit 2,8224 MHz (!). Une fois les menus problèmes
dintendance résolus, les deux acolytes ont
baptisé leur procédé DSD (Direct Stream
Digital). Certes incompatible avec ce qui se fait actuellement, il
affiche des spécifications tout à fait remarquables :
bande passante plate jusquà 100 kHz, rapport S/B
dépassant les 120 dB... le tout pour un débit
numérique égal à quatre fois celui du CD.
Daucuns murmurent que cest pour saligner sur ces
spécifications que Samsung sest lancé dans le 24
bits/192 kHz... Cerise sur le gâteau : la
traduction de ces enregistrements au format CD
seffectue très facilement et avec une excellente
qualité sonore, grâce à un nouvel algorithme de
Super Bit Mapping.
De recherches menées afin de créer un format
darchivage sans concession - tel était en fait le but
initial -, le Direct Stream Digital est devenu une alternative
crédible au PCM haute définition. Et voilà
comment le japonais et le néerlandais en sont venus à
proposer un Super Audio CD, allant à lencontre de toutes
les recommandations du Consortium DVD. Leur point fort : la
présence, sur le support double couche, dune
piste au format Red Book, cest-à-dire
lisible sur tout lecteur CD ordinaire, et une autre piste
au format DSD, partagée en deux zones. Lune contient un
mixage stéréo de très haute qualité,
lautre une éventuelle version six canaux - pour gagner
de la place, interviennent un système de compression de
données numériques sans pertes, et des algorithmes de
prédiction. Le Super Audio CD est imparable en ce qui concerne
la transition dun standard vers lautre : le consommateur
achète un support mixte, nen écoute au
début que la couche CD sur son vieux lecteur, puis,
passé au lecteur Super Audio CD, profite de la couche
DSD sans devoir racheter de disques ! Sa capacité
: 74 minutes partout ! (couche CD, partie DSD stéréo,
partie DSD surround)
De quoi semer la pagaille, alors que le format DVD Audio nest
même pas encore fixé : la norme 1.0 sera publiée
en septembre. La RIAA (Recording Industry Association of America) ne
sy est pas trompée. Dans un communiqué
daté du 4 juin, elle supplie les protagonistes de ne pas se
lancer dans une guerre de formats fratricide... On voit mal,
cependant, compte tenu des colossaux enjeux mis en uvre
(côté pro comme côté
consumer), ce qui pourrait empêcher Sony/Philips de
mettre leur création sur le marché début 99,
comme prévu... Rendez-vous au prochain épisode de cette
saga du support haute définition, sans conteste lune des
plus mouvementées qui soit !
ENCADRÉS
LES FORMATS
A propos du Digital Versatile Disc, il faut bien comprendre une chose
: comme son nom lindique, cest un support
universel. Autrement dit, quels que soient les fichiers
enregistrés sur un DVD, il est (presque) toujours possible
dy accéder depuis les plates-forme autres que celle pour
laquelle il est initialement prévu. Vous avez un DVD Video ?
Votre lecteur de DVD Audio en lira directement les plages PCM. Dans
un autre style, à condition de disposer des convertisseurs ou
de la carte de décompression vidéo nécessaire,
le lecteur DVD-ROM de votre ordinateur fera bon usage dun DVD
Audio ou dun DVD Video. Une situation déchange qui
promet de sérieux casse-têtes. Imaginons en effet un
support sur lequel figureraient les fichiers son de tout un album,
accompagnés des clips correspondants. Le consommateur
considérera-t-il avoir affaire à un DVD Audio ou
à un DVD Video ?
ALTERNATIVES
On peut légitimement sattendre à ce que le
DVD Audio mette quelque temps à venir charmer en
masse nos tympans (cinq ans, disent certains)... Nallez
pas croire pour autant quil est aujourdhui impossible
découter autre chose que de la stéréo en
44.1 kHz, 16 bits !
Les amateurs de sons multicanaux peuvent ainsi, depuis deux ans, se
jeter sur des CD au format dts. Cette firme a fait ses débuts
dans le son multicanaux cinéma en 1993 : concurrente du Dolby
AC-3, elle a assuré le son de Jurassic park, entre
autres. Les algorithmes de compression utilisés ne
dégradent pas autant la qualité sonore que
lomniprésent Dolby AC-3, toutefois moins gourmand en
débit. Résultat : dts sest lancé dans la
commercialisation, sur support CD uniquement, de disques
récents ou anciens remixés au format 5.1 : Wings, Joe
Cocker, Marvin Gaye, Duke Ellington, mais aussi Alan Parsons, Boys II
Men, ainsi quune foule de compositeurs classiques. La lecture
seffectue par le biais dune platine CD ordinaire,
reliée à un décodeur dts spécifique,
indépendant ou incorporé à un ampli
intégré 5.1. Bon courage pour trouver en France un tel
décodeur... Heureusement que les revendeurs très
spécialisés et quInternet existent !
Ceux qui recherchent la finesse sonore avant tout se rabattront sur
le procédé HDCD, proposé par Pacific
Microsonics. En gros, il sagit dencoder sur un CD
traditionnel, tout en conservant une compatibilité avec les
anciens lecteurs, davantage dinformations - de
micro-informations, pourrait-on dire : celles despace,
daération et de finesse de timbres, premières
à disparaître lors dune numérisation en 16
bits/44,1 kHz. Pour ce faire, la bande analogique de départ
(format préconisé) passe par les convertisseurs A/N 24
bits/176,4 kHz développés spécifiquement pour
lencodeur Model One fabriqué par Pacific Microsonics. Le
signal subit ensuite des traitements numériques
sophistiqués garantissant un bruit de fond et une distorsion
minimaux, puis se voit transposé en 24 bits/88,2
kHz, pour enfin passer par les huit DSP Motorola 56007 du codeur.
Après analyse, ces derniers infligent au signal en question
des traitements hautements secrets, aux noms parfaitement barbares.
But de la manoeuvre : redescendre en A6 bits/44,1 kHz, tout en
se ménageant la possibilité de
reconstruire, grâce à un décodeur
relativement bon marché installé dans les lecteurs de
CD compatibles HDCD, nombre de micro-informations qui auraient
été perdues dans un circuit 44.1 kHz, 16 bits
normal.
Au final, en dépit du fait que seul un lecteur
agréé HDCD, équipé du microprocesseur
PMD-100, tire le meilleur dun CD ainsi encodé, celui-ci
aura la possibilité dêtre lu normalement sur
nimporte quel lecteur. Pacific Microsonics a déjà
équipé de son encodeur un grand nombre de structures de
mastering dans le monde. Le produit sest banalisé au
point que le logo caractéristique napparaît pas
toujours sur les pochettes ! Parmi les centaines de titres
disponibles, on compte des albums signés Neil Young, Mark
Knopfler, Paula Cole, Gato Barbieri ou le Grateful Dead, et chez
nous, la plupart des productions du Label Bleu (Daniel Humair, Henri
Texier...), de JMS, de Virgin, WEA ou de Sony Music, par exemple. Au
total, sur la planète, 25 millions dalbums
encodés HDCD ont été vendus ! Le nombre de
lecteurs compatibles croît sans cesse : déjà plus
de 100. À la rentrée, des références tout
à fait abordables apparaîtront chez les plus grandes
marques. Nombreux seront alors ceux qui guetteront lallumage de
la LED signalant un CD encodé ! Et si lon ne part
pas dune bande analogique ?, demanderont les plus
attentifs dentre vous. Il paraît que la
différence, sans être aussi flagrante, nen est pas
moins sensible...
LAVOCAT DU DIABLE EN 10 POINTS
Le DVD donne lieu, un peu comme le DAB, à des délires
commerciaux : projections fort optimistes de chiffres de vente
à dix ans, surestimation de la réactivité du
public... Tous les moyens sont bons pour convaincre ! Au risque de
paraître un peu rétrograde, égrenons quelques
arguments de bon sens...
I Lors des séances daudition comparatives entre
formats actuels et formats haute définition, auxquelles nous
avons eu la chance dassister, les différences
étaient audibles : timbres plus précis, aération
et localisation accrue... Audibles avons-nous dit ? Certes, mais on
avait pris soin de nous faire porter un casque à plusieurs
milliers de francs, ou de nous placer, dans un local très
calme, face à un système découte à
100.000 F ! Reste à savoir si sur une chaîne normale,
dans un local normal, des oreilles normales percevront ces
améliorations... pour le moins ténues ! Malgré
les gros défauts du disque compact à ses débuts,
le bond en avant, par rapport au vinyle, était autrement
impressionnant !
II La plupart des démonstrations font intervenir des
modulations exigeantes : musique classique, timbres
très riches et précis, acoustique naturelle... Un
idéal sonore dont les plus grosses ventes de disques sont
assez éloignées ! Le 24/96 donnera-t-il sa pleine
mesure sur du rap, de la techno ou de la variété ? Les
Anglo-Saxons parlent dover engineering et les
Français de surdimensionnement.
III Les stations FM privées, avec leurs traitements
dantenne outranciers (compression multibande
démentielle, égalisations en tout genre), ont
complètement pourri loreille de leurs
auditeurs. Il nest pas rare que certains déclarent
trouver le son des CD trop petit, préférant
écouter leurs morceaux favoris à la radio. En
voilà que le DVD Audio laissera sans doute insensibles...
IV Lobservateur avisé ne peut que déplorer
le manque de logique auquel le marché audio est en proie !
Dun côté, on lui vante le son compressé des
télévisions numériques, du DAB ou du MiniDisc,
en lui assurant quil est comparable à celui du CD. De
lautre, voilà-t-y-pas quon lui affirme que ce
même CD est à classer au rayon has been, et
quil nest point de salut hors du 24 bits 192 kHz ou du
SDS ?!?
V Que ceux qui se sentent prêts à racheter tous
leurs CD en DVD Audio, comme ils avaient racheté leurs vinyles
en CD, lèvent la main ! Les maisons de disques ont
ramassé le jackpot une fois, mais ne réitèreront
probablement pas...
VI Remixer aujourd'hui en 5.1 de vieux disques, conçus
pour la stéréo, nest-il pas une forme de trahison
? Rien à dire, en revanche, si on en profit pour ressortir les
mixages quadriphoniques qui abondent à partir du début
des années 70 (Dark side of the Moon, par
exemple)...
VII Le multicanal chez Monsieur Tout le monde ? Voire...
Objectivement, regardez autour de vous, dans le grand public, dont
seule ladhésion massive est en mesure de faire
décoller le marché du DVD, quil soit audio ou
non. Regardez où est installée la télé :
très souvent dans un coin du séjour, non ? Où se
trouve la chaîne hifi ? Généralement à
lautre bout de la pièce. Pas très pratique. Et
où sont les enceintes ? Ah, en voici une, au-dessus de la
bibliothèque, à deux mètres du sol environ. Et
lautre ? Serait-ce... mais oui ! Cest ce renflement,
là-bas, derrière le fauteuil, en-dessous de la plante
verte ! Une partie infime de la population a fait
leffort de disposer ses deux enceintes de part et
dautre de son téléviseur, de sortir le son via la
prise Péritel (coût de ladaptateur cinch : 80 F)
pour l'envoyer sur la chaîne hifi, et découter sa
télé dans de bien meilleures conditions quau
travers le minable haut-parleur dont elle est équipée.
Anecdote personnelle : des voisins se sont offert voici peu une
magnifique 16/9 Sony livrée avec cinq enceintes. Si celle du
centre est correctement positionnée, au-dessus de
lécran, les quatre autres ont été
disposées où il restait de la place, le pompon revenant
sans conteste au Surround stéréo, dont les deux
mini-enceintes se retrouvent... du même côté !
VIII Depuis les premiers remasterings, les bandes analogiques
ont continué de vieillir doucement, les années
dégradant leurs performances audio... Or, il
sécoulera un certain temps avant quon se mette
à les rebidouiller en 96 kHz, 24 bits sur des stations de type
No Noise ou Cedar. Que restera-t-il, à ce moment-là, du
son ? Par ailleurs, avouons-le : cest avec un certain sadisme
que nous attendons le procédé commercial miracle qui
permettrait de mettre soudain aux normes DVD Audio, en
recréant par magie des informations sonores
éliminées à la base, les milliers de mixages
effectués en numérique sur des DAT 16 bits 44,1 kHz...
à condition quon puisse relire ces capricieuses
cassettes après dix ans !
IX Le passage du disque noir au disque compact avait
signifié un changement de monde : support inusable, plus
petit, plus long, quon ne voyait plus tourner, accès
direct, absence de bruits de surface... Le passage du CD au DVD
nest pour sa part quun changement dans la
continuité.
X Peut-être les hautes résolutions sont-elles une
formidable révolution sonore, mais qui ne doit pas faire
oublier que la musique a une âme et quil ny a rien
de plus ennuyeux au monde que la perfection...
(franck.ernould@sfr.fr)
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