La résistible ascension du DVD
État des lieux, février 1997



On nous le serine depuis déjà assez longtemps : "Fini les VHS, les CD-ROM, le CD audio, voici le DVD, vous allez voir ce que vous allez voir" Jusqu'ici, force est de constater qu'en Europe tout au moins, on n'a encore rien vu ! En ce début 1997, voici un point sur le feuilleton le plus fertile en rebondissements de la décennie : l'introduction du Digital Versatile Disc. Franck Ernould




Si vous avez de la chance, vous le verrez peut-être au Milia. Au SATIS, on n'a rien vu ! rien d'étonnant, après tout, depuis ses débuts voici plusieurs années, la gestation du DVD n'a rien à envier au plus rocambolesque des soap-operas américains Coups bas, alliances, guerre par communiqués de presse interposés : Sony/Philips d'un côté avec leur HDCD, Warner/Matsushita/Toshiba de l'autre avec le SD DVD ne nous auront décidément rien épargné ! Mi-95, on craignait même une nouvelle version de la guerre VHS-Betamax, chacun campant sur ses positions avec un projet évidemment incompatible avec celui de l'autre ! Ramenés à la raison par les milliards de dollars en jeu, les deux protagonistes ont décidé de s'unir le 8 décembre 95. Les dix membres de l'Alliance (Hitachi Ltd., Matsushita Electric Industrial Co. Ltd., Mitsubishi Electric Corporation, Philips Electronics N.V., Pioneer Electronic Corporation, Sony Corporation, Thomson Multimedia, Time Warner Inc., Toshiba Corporation, et Victor Company of Japan, Limited) peuvent ainsi mettre un seul support universel sur le marché, le premier conçu dès l'origine pour satisfaire les énormes besoins de la vidéo numérique. Jetons un coup d' il aux caractéristiques principales du DVD.

Le DVD en chiffres

Le but premier du DVD (qui s'appelait encore, à l'époque, Digital Video Disc) était de remplacer, à l'ère numérique, la bonne vieille VHS (20 ans d'âge, pas mal pour un aussi mauvais support) auprès du grand public. Le lecteur DVD a donc été conçu dès le départ pour supporter les énormes débits numériques que demande la vidéo numérique (jusqu'à 10 Mbits/s, avec une moyenne estimée à 4.69). Le support lui-même reprend les dimensions d'un CD, à part qu'il est réalisé de deux "tranches" de 0.6 mm d'épaisseur chacune, afin de minimiser les contraintes mécaniques. Les trous (0.4 micron) et l'interpiste (0.74 micron) sont plus petits que sur un CD normal, et explorés par un faisceau laser de longueur d'onde plus réduite (650 nanomètres) à une vitesse linéaire constante de 3.49 m/s. Résultat : une capacité allant de 4.7 (simple face, simple couche) à près de 19 Go (double face, double couche).
À ce propos, précisons que les films figureront sur DVD codés en MPEG-2, 3 versions de son multicanaux en Dolby AC3 dans la majorité des cas. Les 4.7 Go par face et par couche ont été choisis pour assurer133 minutes de long métrage (image + sons 6 canaux + 32 sous-titres) sans devoir retourner le disque, soit plus de 95% du catalogue hollywoodien (et 10% de la filmographie de Jacques Rivette. Mais je m'égare ).
Le DVD assure la compatibilité descendante avec les CD (et CD-ROM pour le DVD-ROM, bien sûr) mais pas avec les CD-R, longueur d'onde laser oblige. Il n'enregistre pas pour l'instant (DVD enregistrables, WORM ou Recordable, sont prévus dans les cartons) ? Pas de problème, il paraît que plus de 70% des utilisateurs de magnétoscopes n'utilisent jamais la touche REC de leur appareil. Aux USA, peut-être, en Europe, pas si sûr. Question de paysage audiovisuel ? Peut-être pas : les rares tentatives de commercialisation de lecteurs VHS ont toutes été vouées à l'échec. La statistique ci-avant est sans doute à revoir !
Autre atout du DVD : des possibilités d'interactivité très poussées, qui ne sont pas sans évoquer le CD-I, autre support grand public disparu corps et biens après avoir suscité les plus hautes espérances. Restrictions d'accès pour mineurs, versions de montage différentes sur un même disque, choix entre plusieurs angles de prise de vue : voilà qui intéressera sans doute plus d'un éditeur, dans le domaine du multimédia interactif de formation notamment.

Chez les autres

Il va de soi que d'aussi alléchantes caractéristiques ont bien vite intéressé d'autres secteurs que la vidéo. Les grands noms de informatiques (Microsoft, Apple, IBM, Compaq, Intel, Motorola ) ont vite assuré l'Alliance de toute leur sollicitude, et les éditeurs de jeux ont vite compris l'intérêt de pouvoir loger des Giga-octets de mémoire sur un super CD-ROM (satisfaisant d'ailleurs à la norme ISO 9660), eux qui en étaient déjà à jongler sur plusieurs disques pour un même jeu ! Ils ont même décidé de doter en masse les lecteurs de DVD incorporés à leurs micro-ordinateurs de cartes de décompression vidéo, afin de permettre de visionner plein écran le film de son choix sur son moniteur. Quant aux éditeurs phonographiques, c'était pour eux l'occasion rêvée de s'affranchir des limites techniques imposées en 1982 par le CD à la musique enregistrée, à savoir 16 bits, 44.1 kHz. Rien n'empêche désormais d'échantillonner à 96 kHz, de quantifier sur 24 bits, et de commercialiser les enregistrements sur un support ayant fait ses preuves. On envisagea même deux solutions : soit le CD universel (un seul disque, le son au "vieux" format sur une couche et au "nouveau" sur une autre), soit le DVD Audio (de 8 cm seulement, comme le mini-CD, abandonné vers 1991). Quant aux constructeurs de systèmes de navigation pour véhicules de haut de gamme, ils étaient ravis de pouvoir embarquer sur un seul DVD les cartes routières détaillées de tout un pays. Qu'est-ce qui pouvait bien venir troubler une si touchante harmonie technologique ?

Les pirates ne passeront pas !

Ceux qu'on avait un peu oubliés dans la bagarre, tant leur soutien semblait être assuré : les éditeurs de film ! C'est en effet par leur irrésistible effet d'attraction que le DVD (Video ou ROM, comme nous l'avons vu) était censé déferler sur le marché dès juin 1996. Tous les studios hollywoodiens (Time Warner, Columbia/Tristar, MGM et consorts) étaient sur les rangs, mettant par centaines, dans une touchante union, leurs meilleurs titres commerciaux au service du nouveau support. Pourtant, ils se sont aperçus, en août 1996, qu'ils étaient sur le point de commercialiser des films dont la qualité d'image serait proche du niveau d'un master (quoi ?), le son multicanaux parfait (horreur !), le tout sur un support universel pouvant être lu dans le monde entier (malheur !), avec des informaticiens qui ne tarderaient pas à développer un DVD-ROM enregistrable WORM (et puis quoi encore ?). L'énormité des conséquences éventuelles de leur acte apparut alors à leurs yeux : support numérique + grande qualité + faible coût de duplication = copie numériquede DVD quasi-indiscernable du DVD original = tapis rouge pour les pirateurs = moins de dollars dans les caisses. De plus, aux USA, la sortie en salle n'est souvent qu'une formalité, le plus gros marché étant celui de la vidéo domestique (497 millions de cassettes vendues en 1994, pour 3.5 milliards de $), sur lequel les films sont proposés très vite, parfois même avant leur sortie en Europe. Commercialiser des longs métrages sur un support universel permettrait aux spectateurs européens de voir en masse (un DVD se poste si facilement !) un film US sur DVD alors qu'il est encore inédit sur le continent. Compte tenu des estimations du nombre de lecteurs à l'horizon 2000, voilà de quoi ruiner les stratégies commerciales les plus patiemment élaborées. Les jours de la poule aux tickets d'or étaient comptés. Bref, rien n'allait plus, et dès lors, les éditeurs appuyèrent sauvagement sur la pédale de frein.

Protégeons, protégeons !

Sans support pré-enregistré disponible, comment toucher d'emblée le grand public ? Qui achètera un lecteur proposé à plus de 600 $ s'il n'a rien à visionner avec ? Comment imaginer que les éditeurs informatiques se lancent dans le DVD-ROM si le standard DVD n'est pas déjà établi ? En septembre, on déclencha donc l'alerte rouge chez tous les constructeurs électroniques de l'Alliance. Il fallait rassurer les studios hollywoodiens. La parade fut vite trouvée : inclure des codes "régionaux" dans les DVD eux-mêmes et dans les lecteurs grand public, selon leur pays d'acquisition. Si les codes ne correspondent pas (exemple : lecteur anglais, disque US), l'image et le son restent obstinément brouillés. Le bon vieux coup du SCMS, en somme, qui avait déjà donné le coup de grâce à la DAT à la fin des années 80, au sein du grand public tout au moins.
Le tout fut concrétisé dans la norme numéro 1.0, officialisée mi-septembre à Bruxelles, qui fait désormais loi. La version définitive de la protection a été fixée le 29 octobre. Tant pis pour les prévoyants qui avaient déjà lancé leurs chaînes de montage et leurs usines de pressage : le pilon les attend de pied ferme ! "Quid de celui qui lira ses DVD sur son lecteur de DVD-ROM ?", demanderont les plus sagaces d'entre vous, qui ont bien noté que la question de la copie directe, via ordinateur, des fichiers numériques n'a pas été bien abordée. Espérons que les fabricants de cartes pour PC joueront aussi bien le jeu que leurs collègues orientés "grand public". Quoi qu'il en soit, fin octobre, la situation est débloquée, et tout le monde d'assurer qu'il mettrait les bouchées doubles pour respecter LE délai : lecteurs et disques pour Noël 96 aux USA, printemps 97 partout ailleurs, DVD Video et DVD-ROM confondus et en même temps. Le jeu en vaut la chandelle : ne prévoit-on pas, en 2001, un chiffre d'affaire mondial de 12 milliards de $ rien que pour le hardware DVD-ROM ?

Un lancement bien timide

Fin janvier 97, après un long tour de Web (c'est fou ce que le DVD fait couler comme Méga-octets sur Internet), force est de constater que la déferlante annoncée s'est transformée en vaguelette ! Certains publient même sur le Net des pages comme "Pourquoi le DVD ne prendra pas", avec des arguments et des archives (celles du VideoDisc Selectavision RCA, lancé en mars 81, retiré du marché trois ans plus tard, mais qui avait suscité auparavant des études de marché fort sérieuses aussi aveuglément optimistes (9 milliards de $ de C.A. en 1990 !) que celles qu'on peut lire ici et là au sujet du DVD) qui font réfléchir... Où en sommes-nous ? C'est très timide ! Côté constructeurs, chacun met sur le marché UNE référence, histoire de prouver qu'il tient parole, mais l'enthousiasme n'y est guère. En janvier, au CES de Las Vegas, on annonçait enfin un lancement "officiel" (le quantième ?). Philips, Akai (DVD-P1000, janvier au Japon, avril dans le reste du monde), Sony (avec un modèle haut de gamme, le DVP-S7000), Matsushita et quelques autres ont tous annoncé la sortie de leur lecteur aux USA pour le printemps, avec la pléthore d'environ 50 titres disponibles sur DVD. Byron Preiss Multimedia annonce pour sa part "The Timetables of Technology", le premier DVD-ROM développé pour le nouveau Pentium Intel, utilisant la technologie MMX . Toshiba vient de retarder la mise sur le marché de son PC Precia, équipé d'origine d'un lecteur de DVD-ROM. Autant dire que les 74.1 millions de $ de chiffre d'affaire du DVD, tous secteurs confondus, estimés pour 1997 par le cabinet Cawles/Simba, semblent bien difficiles à atteindre
Tant qu'à parler "gros sous", signalons au passage que de multiples licences sont prélevées, tant au niveau du lecteur que du DVD lui-même, par les divers créateurs des procédés employés : Sony/Philips/Matsushita (encodage des données, correction d'erreurs, technologie optique (25 F environ par lecteur, 30 centimes par disque), MPEG2 Licencing Association (20F par lecteur, 30 centimes par disque), etc : au total, 100 F par lecteur et 1 F par disque. Fabriquer des lecteurs et presser des DVD reviendra donc sensiblement plus cher, à la base, que pour le CD audio, par exemple. Compte tenu du prix atteint par ce dernier, on frémit déjà, même si les promesses faisaient état de 20 $ par disque et de 600 à 1000 $ pour un lecteur !
Pendant ce temps, les Japonais travaillent Utilisant les avancées technologiques, on apprenait récemment qu'Hitachi travaillait sur un micro-DVD d'environ 1 cm de diamètre, creusé de trous d'1/100è de micron, ce qui donne une densité de données de 1.2 Térabits par pouce carré. On en reste coi !
Et chez nous ? Un grand éditeur vidéo, une structure de mastering et une grosse usine de pressage ont réalisé en décembre le premier DVD de démo français ! Nous en reparlerons lorsque le secret sera levé.

Reprendre éventuellement le tableau de Home Studio 4

ENCADRÉ
TITRES DISPONIBLES LORS DU LANCEMENT OFFICIEL US DU DVD, AU PRINTEMPS (de 20 à 30 $)

Warner


* Batman
* Blade Runner: The Director's Cut
* The Bodyguard
* The Bridges of Madison County
* Bonnie & Clyde
* Casablanca
* The Color Purple
* Doctor Zhivago
* Eraser
* The Exorcist
* The Fugitive
* The Glimmer Man
* Gone with the Wind
* Goodfellas
* Interview with the Vampire
* JFK: Special Edition Director's Cut
* Lethal Weapon
* The Road Warrior
* Singin' in the Rain
* Space Jam
* A Streetcar Named Desire
* A Time to Kill
* Twister
* Unforgiven
* Woodstock: The Director's Cut

Columbia/TriStar

* Bad Boys
* Bram Stoker's Dracula
* Cliffhanger
* Close Encounters of the Third Kind: The Special Edition
* Desperado
* First Knight
* Fly Away Home
* Ghostbusters
* Glory
* In the Line of Fire
* Jumanji
* The Last Action Hero
* A League of Their Own
* Legends of the Fall
* Matilda
* The Net
* Philadelphia
* Sense and Sensibility
* Sleepless in Seattle
* Taxi Driver

Internautes : http://www.unik.no/~robert/hifi/dvd

Sonic Solutions DVD Creator
Le précurseur

Sonic Solutions se tient réellement à la tête du progrès. La firme possède l'exclusivité, pour le moment, du prémastering audio en 24 bits, avec Sonic Studio. Quant au duo DVD Creator/Scenarist, vu notamment à l'Apple Expo, c'est la première solution d'authoring de DVD proposée sur le marché. Franck Ernould

Nous savons que le DVD est, par nature, pourvu de fonctions interactives assez poussées. D'ailleurs, lors de l'insertion d'un disque, le lecteur vidéo ne démarre pas immédiatement comme avec un LaserDisc : c'est un menu qui apparaît, donnant d'emblée plusieurs choix de parcours. Par conséquent, le processus de prémastering d'un DVD, le processus est assez complexe, et n'a rien à voir avec le transfert pur et simple d'un fichier vidéo ou informatique sur un disque dur. Il faut dans un premier temps récupérer tous les éléments : audio, vidéo, couches graphiques, les encoder. Vien ensuite le processus d'"authoring" proprement dit, qui consiste à les assembler dans un "scénario" interactif. Il est hors de question d'aller, à la lecture, chercher les fichiers les uns après les autres : les données utilisées (vidéo, audio, subpictures) sont donc multiplexées, et enregistrées sur une cassette DLT, standard de stockage dans le milieu Unix. C'est d'après cette cassette que l'usine de pressage fabriquera effectivement les DVD.

L'encodage

Dans le DVD Creator, l'encodage MPEG-2 s'effectue sur une (ou plusieurs) station Mac, munie de cartes vidéo PCI fabriquée par Sonic. La source contenant le film sera le plus souvent au format D1 (Beta numérique, 4:2:2, CCIR-601). Non comprimé, le débit binaire correspondant serait de l'ordre de 160 Mbits/s ! Le jeu consiste à ce stade à ajuster le débit de données vidéo en fonction de la complexité des scènes à coder - rappelons que ce débit moyen est d'environ 3.5 Mbits/s, pouvant grimper le cas échéant jusqu'à 10 Mbits/s. Autrement dit, le taux de compression moyen est de 40 ! On comprend donc que cette étape cruciale pour la qualité d'image finale doit être gérée "intelligemment" : le DVD Creator procède donc à une passe "d'exploration", où le système détecte les changements de plan, les passages difficiles, et détermine, pour chaque image, le débit numérique optimal. Il présente ensuite à l'opérateur une EDL (Encoding Decision List), liste de paramètres de compression qui peuvent être modifiés à volonté. Ce processus peut être assez long : quelques jours pour encoder, vérifier, modifier et réencoder un film de deux heures semblent une durée couramment rencontrée. Pour des durées inférieures à une heure, on peut travailler à débit fixe pour la vidéo, la capacité du support le permet.
À l'issue de ce préprocessing, l'encodage est effectué "pour de bon". Les capacités des chips IBM permettent de décoder en temps réel ce qui vient d'être encodé : autrement dit, l'opérateur dispose d'un monitoring vidéo parfaitement fiable. Les données vont d'enregistrer sur un ou plusieurs disques durs en réseau, où le Scenarist viendra puiser ses données. Mais n'anticipons pas...
Le montage son ayant été effectué au préalable, l'encodage au format AC-3 ou MPEG2 se déroule également sur un Mac équipé de cartes PCI spécifiques. Rappelons à ce propos que les formats "son" ne sont pas fixés sur un DVD. On parle beaucoup, aux USA, de son AC-3, 5+1 ou stéréo, mais on peut tout aussi bien avoir, pour l'Europe, un son stéréo MPEG-2, PCM 16 bits 48 kHz ou 24 bits 96kHz, par exemple. Plusieurs sons de formats différents peuvent être inclus sur un même DVD, en sachant que toute ressource leur étant allouée est empruntée au flux vidéo...
Terminons cette revue des travaux préparatoires avec le cas des sous-couches graphiques, incluant les sous-titres. Les dessins sont saisis sur une station graphique, et les fichiers correspondants doivent être bien sûr accessibles depuis le Scenarist, de même que tous les éléments (boutons, fonds d'écran, lettrages par exemple) qui serviront dans les menus qui apparaîtront à l'écran.

Le Scenarist

Le Scenarist est le chef d'orchestre de tout le processus de création d'un DVD. Ce logiciel d'authoring, codéveloppé avec Daikin Industries, tourne sur une station Silicon Graphics : la récupération des autres données, les enchevêtrements et l'importance des calculs à réaliser justifie le choix d'un système d'exploitation Unix, réellement multitâche.
Tous les fichiers préparés apparaissent à l'écran. L'interactivité se crée très intuitivement, en tirant des traits entre les différents éléments, d'une façon assez proche de ce qu'on fait dans Apple Media Tool par exemple. Le positionnement des menus, des boutons, des graphismes s'effectue directement à l'écran. Par exemple, le choix des sous-titres (oui/non ? quelle langue) et des versions audio - mais aussi différentes versions de montage, différents angles de caméra, etc... Le Scenarist peut ainsi créer jusqu'à 99 VTS (Video Title Set), ensemble de Video Objects (vidéo+son+sous-couches) de même type, chacun muni de sa propre arborescence.
Une fois cette "programmation" achevée, la simulation peut commencer. DVD Scenarist propose à cet effet une fenêtre émulant la télécommande d'un lecteur DVD de salon, avec ses touches curseur. L'opérateur peut ainsi réaliser n'importe quelle suite de commandes, et voir instantanément le résultat sur une fenêtre à l'écran. La station Silicon Graphics assure alors par voie logicielle la décompression MPEG-2 des données vidéo qu'elle va chercher sur les différents disques d'un réseau MediaNet FDDI 100 Mbits/s. Le résultat peut parfois présenter un côté "jeu vidéo", mais avec de vraies images et de vrais sons ! À ce sujet, le DVD-ROM sera le premier vrai support multimédia en "grandeur réelle", à côté duquel les CD-ROM et autres CD-I feront figure de précurseurs bien limités

C'est presque fini !

Si tout se passe bien lors de la simulation, il est temps de multiplexer les données des différents fichiers, afin de donner naissance au flux binaire composé de différents éléments, d'environ 4.69 Mbits/s en moyenne, que lira le DVD. S'il y a problème, on peut toujours aller "insérer" de nouveaux passages dans les fichiers vidéo, par exemple, sans devoir recommencer tout l'encodage. Après vérification de la conformité du flux, on convertit celui-ci au format disque image Micro-UDF ISO-9660. C'est depuis cette image ISO qu'on simule la lecture du DVD, pour y trouver éventuellement quelques erreurs et simulation éventuelle de la lecture du produit fini. On est alors au bout de ses peines, puisqu'il n'y a plus qu'à transférer ce disque image sur une cassette DLT, qui sera envoyée à la structure de fabrication de DVD.
Petite remarque en passant : tous les outils que nous venons d'évoquer peuvent être utilisés tels quels pour élaborer un DVD-ROM : les solutions d'encodage et de préparation sont identiques.

Pour conclure

Voilà donc comment fonctionne DVD Creator/Scenarist, en alliant trois systèmes distincts reliés par réseau MediaNet. Science-fiction ? Plus vraiment. 20 DVD Creator/Scenarist ont déjà été vendus aux USA, à des firmes aussi illustres que Intel, IBM, Apple, Warner, etc. En décembre 96, a été créé le premier DVD français, servant de démonstration à un grand éditeur vidéo, en collaboration bien entendu avec DDD et MPO, qui envisage de fabriquer au minimum 150.000 DVD cette année avec un prix de revient estimé à environ 20 F par disque. Les projections font état de 1,8 milliards de DVD vendus en 2000, dont les 3/4 de DVD-ROM. Qui vivra verra

Merci à Paul-Henri Wagner, de DDD, importateur du Sonic DVD Creator, de nous avoir longuement fait découvrir les possibilités du système.


Articles parus dans Timecode 20


Copyright © 1999 Franck Ernould (franck.ernould@sfr.fr)

*

Ingés son/

Producteurs

Artistes/

Groupes

Stories/

Studios

Divers/

Pédago

Liens audio
English Spoken

here !

Michel Magne spécial
Page d'accueil

*