On nous le serine depuis déjà assez longtemps : "Fini
les VHS, les CD-ROM, le CD audio, voici le DVD, vous allez voir ce
que vous allez voir" Jusqu'ici, force est de constater qu'en Europe
tout au moins, on n'a encore rien vu ! En ce début 1997, voici
un point sur le feuilleton le plus fertile en rebondissements de la
décennie : l'introduction du Digital Versatile Disc. Franck
Ernould
Si vous avez de la chance, vous le verrez peut-être au Milia.
Au SATIS, on n'a rien vu ! rien d'étonnant, après tout,
depuis ses débuts voici plusieurs années, la gestation
du DVD n'a rien à envier au plus rocambolesque des soap-operas
américains Coups bas, alliances, guerre par communiqués
de presse interposés : Sony/Philips d'un côté
avec leur HDCD, Warner/Matsushita/Toshiba de l'autre avec le SD DVD
ne nous auront décidément rien épargné !
Mi-95, on craignait même une nouvelle version de la guerre
VHS-Betamax, chacun campant sur ses positions avec un projet
évidemment incompatible avec celui de l'autre ! Ramenés
à la raison par les milliards de dollars en jeu, les deux
protagonistes ont décidé de s'unir le 8 décembre
95. Les dix membres de l'Alliance (Hitachi Ltd., Matsushita Electric
Industrial Co. Ltd., Mitsubishi Electric Corporation, Philips
Electronics N.V., Pioneer Electronic Corporation, Sony Corporation,
Thomson Multimedia, Time Warner Inc., Toshiba Corporation, et Victor
Company of Japan, Limited) peuvent ainsi mettre un seul support
universel sur le marché, le premier conçu dès
l'origine pour satisfaire les énormes besoins de la
vidéo numérique. Jetons un coup d' il aux
caractéristiques principales du DVD.
Le DVD en chiffres
Le but premier du DVD (qui s'appelait encore, à
l'époque, Digital Video Disc) était de remplacer,
à l'ère numérique, la bonne vieille VHS (20 ans
d'âge, pas mal pour un aussi mauvais support) auprès du
grand public. Le lecteur DVD a donc été conçu
dès le départ pour supporter les énormes
débits numériques que demande la vidéo
numérique (jusqu'à 10 Mbits/s, avec une moyenne
estimée à 4.69). Le support lui-même reprend les
dimensions d'un CD, à part qu'il est réalisé de
deux "tranches" de 0.6 mm d'épaisseur chacune, afin de
minimiser les contraintes mécaniques. Les trous (0.4 micron)
et l'interpiste (0.74 micron) sont plus petits que sur un CD normal,
et explorés par un faisceau laser de longueur d'onde plus
réduite (650 nanomètres) à une vitesse
linéaire constante de 3.49 m/s. Résultat : une
capacité allant de 4.7 (simple face, simple couche) à
près de 19 Go (double face, double couche).
À ce propos, précisons que les films figureront sur DVD
codés en MPEG-2, 3 versions de son multicanaux en Dolby AC3
dans la majorité des cas. Les 4.7 Go par face et par couche
ont été choisis pour assurer133 minutes de long
métrage (image + sons 6 canaux + 32 sous-titres) sans devoir
retourner le disque, soit plus de 95% du catalogue hollywoodien (et
10% de la filmographie de Jacques Rivette. Mais je m'égare
).
Le DVD assure la compatibilité descendante avec les CD (et
CD-ROM pour le DVD-ROM, bien sûr) mais pas avec les CD-R,
longueur d'onde laser oblige. Il n'enregistre pas pour l'instant (DVD
enregistrables, WORM ou Recordable, sont prévus dans les
cartons) ? Pas de problème, il paraît que plus de 70%
des utilisateurs de magnétoscopes n'utilisent jamais la touche
REC de leur appareil. Aux USA, peut-être, en Europe, pas si
sûr. Question de paysage audiovisuel ? Peut-être pas :
les rares tentatives de commercialisation de lecteurs VHS ont toutes
été vouées à l'échec. La
statistique ci-avant est sans doute à revoir !
Autre atout du DVD : des possibilités d'interactivité
très poussées, qui ne sont pas sans évoquer le
CD-I, autre support grand public disparu corps et biens après
avoir suscité les plus hautes espérances. Restrictions
d'accès pour mineurs, versions de montage différentes
sur un même disque, choix entre plusieurs angles de prise de
vue : voilà qui intéressera sans doute plus d'un
éditeur, dans le domaine du multimédia interactif de
formation notamment.
Chez les autres
Il va de soi que d'aussi alléchantes caractéristiques
ont bien vite intéressé d'autres secteurs que la
vidéo. Les grands noms de informatiques (Microsoft, Apple,
IBM, Compaq, Intel, Motorola ) ont vite assuré l'Alliance de
toute leur sollicitude, et les éditeurs de jeux ont vite
compris l'intérêt de pouvoir loger des Giga-octets de
mémoire sur un super CD-ROM (satisfaisant d'ailleurs à
la norme ISO 9660), eux qui en étaient déjà
à jongler sur plusieurs disques pour un même jeu ! Ils
ont même décidé de doter en masse les lecteurs de
DVD incorporés à leurs micro-ordinateurs de cartes de
décompression vidéo, afin de permettre de visionner
plein écran le film de son choix sur son moniteur. Quant aux
éditeurs phonographiques, c'était pour eux l'occasion
rêvée de s'affranchir des limites techniques
imposées en 1982 par le CD à la musique
enregistrée, à savoir 16 bits, 44.1 kHz. Rien
n'empêche désormais d'échantillonner à 96
kHz, de quantifier sur 24 bits, et de commercialiser les
enregistrements sur un support ayant fait ses preuves. On envisagea
même deux solutions : soit le CD universel (un seul disque, le
son au "vieux" format sur une couche et au "nouveau" sur une autre),
soit le DVD Audio (de 8 cm seulement, comme le mini-CD,
abandonné vers 1991). Quant aux constructeurs de
systèmes de navigation pour véhicules de haut de gamme,
ils étaient ravis de pouvoir embarquer sur un seul DVD les
cartes routières détaillées de tout un pays.
Qu'est-ce qui pouvait bien venir troubler une si touchante harmonie
technologique ?
Les pirates ne passeront pas !
Ceux qu'on avait un peu oubliés dans la bagarre, tant leur
soutien semblait être assuré : les éditeurs de
film ! C'est en effet par leur irrésistible effet d'attraction
que le DVD (Video ou ROM, comme nous l'avons vu) était
censé déferler sur le marché dès juin
1996. Tous les studios hollywoodiens (Time Warner, Columbia/Tristar,
MGM et consorts) étaient sur les rangs, mettant par centaines,
dans une touchante union, leurs meilleurs titres commerciaux au
service du nouveau support. Pourtant, ils se sont aperçus, en
août 1996, qu'ils étaient sur le point de commercialiser
des films dont la qualité d'image serait proche du niveau d'un
master (quoi ?), le son multicanaux parfait (horreur !), le tout sur
un support universel pouvant être lu dans le monde entier
(malheur !), avec des informaticiens qui ne tarderaient pas à
développer un DVD-ROM enregistrable WORM (et puis quoi encore
?). L'énormité des conséquences
éventuelles de leur acte apparut alors à leurs yeux :
support numérique + grande qualité + faible coût
de duplication = copie numériquede DVD quasi-indiscernable du
DVD original = tapis rouge pour les pirateurs = moins de dollars dans
les caisses. De plus, aux USA, la sortie en salle n'est souvent
qu'une formalité, le plus gros marché étant
celui de la vidéo domestique (497 millions de cassettes
vendues en 1994, pour 3.5 milliards de $), sur lequel les films sont
proposés très vite, parfois même avant leur
sortie en Europe. Commercialiser des longs métrages sur un
support universel permettrait aux spectateurs européens de
voir en masse (un DVD se poste si facilement !) un film US sur DVD
alors qu'il est encore inédit sur le continent. Compte tenu
des estimations du nombre de lecteurs à l'horizon 2000,
voilà de quoi ruiner les stratégies commerciales les
plus patiemment élaborées. Les jours de la poule aux
tickets d'or étaient comptés. Bref, rien n'allait plus,
et dès lors, les éditeurs appuyèrent sauvagement
sur la pédale de frein.
Protégeons, protégeons !
Sans support pré-enregistré disponible, comment toucher
d'emblée le grand public ? Qui achètera un lecteur
proposé à plus de 600 $ s'il n'a rien à
visionner avec ? Comment imaginer que les éditeurs
informatiques se lancent dans le DVD-ROM si le standard DVD n'est pas
déjà établi ? En septembre, on déclencha
donc l'alerte rouge chez tous les constructeurs électroniques
de l'Alliance. Il fallait rassurer les studios hollywoodiens. La
parade fut vite trouvée : inclure des codes "régionaux"
dans les DVD eux-mêmes et dans les lecteurs grand public, selon
leur pays d'acquisition. Si les codes ne correspondent pas (exemple :
lecteur anglais, disque US), l'image et le son restent
obstinément brouillés. Le bon vieux coup du SCMS, en
somme, qui avait déjà donné le coup de
grâce à la DAT à la fin des années 80, au
sein du grand public tout au moins.
Le tout fut concrétisé dans la norme numéro 1.0,
officialisée mi-septembre à Bruxelles, qui fait
désormais loi. La version définitive de la protection a
été fixée le 29 octobre. Tant pis pour les
prévoyants qui avaient déjà lancé leurs
chaînes de montage et leurs usines de pressage : le pilon les
attend de pied ferme ! "Quid de celui qui lira ses DVD sur son
lecteur de DVD-ROM ?", demanderont les plus sagaces d'entre vous, qui
ont bien noté que la question de la copie directe, via
ordinateur, des fichiers numériques n'a pas été
bien abordée. Espérons que les fabricants de cartes
pour PC joueront aussi bien le jeu que leurs collègues
orientés "grand public". Quoi qu'il en soit, fin octobre, la
situation est débloquée, et tout le monde d'assurer
qu'il mettrait les bouchées doubles pour respecter LE
délai : lecteurs et disques pour Noël 96 aux USA,
printemps 97 partout ailleurs, DVD Video et DVD-ROM confondus et en
même temps. Le jeu en vaut la chandelle : ne prévoit-on
pas, en 2001, un chiffre d'affaire mondial de 12 milliards de $ rien
que pour le hardware DVD-ROM ?
Un lancement bien timide
Fin janvier 97, après un long tour de Web (c'est fou ce que le
DVD fait couler comme Méga-octets sur Internet), force est de
constater que la déferlante annoncée s'est
transformée en vaguelette ! Certains publient même sur
le Net des pages comme "Pourquoi le DVD ne prendra pas", avec des
arguments et des archives (celles du VideoDisc Selectavision RCA,
lancé en mars 81, retiré du marché trois ans
plus tard, mais qui avait suscité auparavant des études
de marché fort sérieuses aussi aveuglément
optimistes (9 milliards de $ de C.A. en 1990 !) que celles qu'on peut
lire ici et là au sujet du DVD) qui font
réfléchir... Où en sommes-nous ? C'est
très timide ! Côté constructeurs, chacun met sur
le marché UNE référence, histoire de prouver
qu'il tient parole, mais l'enthousiasme n'y est guère. En
janvier, au CES de Las Vegas, on annonçait enfin un lancement
"officiel" (le quantième ?). Philips, Akai (DVD-P1000, janvier
au Japon, avril dans le reste du monde), Sony (avec un modèle
haut de gamme, le DVP-S7000), Matsushita et quelques autres ont tous
annoncé la sortie de leur lecteur aux USA pour le printemps,
avec la pléthore d'environ 50 titres disponibles sur DVD.
Byron Preiss Multimedia annonce pour sa part "The Timetables of
Technology", le premier DVD-ROM développé pour le
nouveau Pentium Intel, utilisant la technologie MMX . Toshiba vient
de retarder la mise sur le marché de son PC Precia,
équipé d'origine d'un lecteur de DVD-ROM. Autant dire
que les 74.1 millions de $ de chiffre d'affaire du DVD, tous secteurs
confondus, estimés pour 1997 par le cabinet Cawles/Simba,
semblent bien difficiles à atteindre
Tant qu'à parler "gros sous", signalons au passage que de
multiples licences sont prélevées, tant au niveau du
lecteur que du DVD lui-même, par les divers créateurs
des procédés employés : Sony/Philips/Matsushita
(encodage des données, correction d'erreurs, technologie
optique (25 F environ par lecteur, 30 centimes par disque), MPEG2
Licencing Association (20F par lecteur, 30 centimes par disque), etc
: au total, 100 F par lecteur et 1 F par disque. Fabriquer des
lecteurs et presser des DVD reviendra donc sensiblement plus cher,
à la base, que pour le CD audio, par exemple. Compte tenu du
prix atteint par ce dernier, on frémit déjà,
même si les promesses faisaient état de 20 $ par disque
et de 600 à 1000 $ pour un lecteur !
Pendant ce temps, les Japonais travaillent Utilisant les
avancées technologiques, on apprenait récemment
qu'Hitachi travaillait sur un micro-DVD d'environ 1 cm de
diamètre, creusé de trous d'1/100è de micron, ce
qui donne une densité de données de 1.2 Térabits
par pouce carré. On en reste coi !
Et chez nous ? Un grand éditeur vidéo, une structure de
mastering et une grosse usine de pressage ont réalisé
en décembre le premier DVD de démo français !
Nous en reparlerons lorsque le secret sera levé.
Reprendre éventuellement le tableau de Home Studio 4
ENCADRÉ
TITRES DISPONIBLES LORS DU LANCEMENT OFFICIEL US DU DVD, AU PRINTEMPS
(de 20 à 30 $)
Warner
* Batman
* Blade Runner: The Director's Cut
* The Bodyguard
* The Bridges of Madison County
* Bonnie & Clyde
* Casablanca
* The Color Purple
* Doctor Zhivago
* Eraser
* The Exorcist
* The Fugitive
* The Glimmer Man
* Gone with the Wind
* Goodfellas
* Interview with the Vampire
* JFK: Special Edition Director's Cut
* Lethal Weapon
* The Road Warrior
* Singin' in the Rain
* Space Jam
* A Streetcar Named Desire
* A Time to Kill
* Twister
* Unforgiven
* Woodstock: The Director's Cut
Columbia/TriStar
* Bad Boys
* Bram Stoker's Dracula
* Cliffhanger
* Close Encounters of the Third Kind: The Special Edition
* Desperado
* First Knight
* Fly Away Home
* Ghostbusters
* Glory
* In the Line of Fire
* Jumanji
* The Last Action Hero
* A League of Their Own
* Legends of the Fall
* Matilda
* The Net
* Philadelphia
* Sense and Sensibility
* Sleepless in Seattle
* Taxi Driver
Internautes : http://www.unik.no/~robert/hifi/dvd
Sonic Solutions DVD Creator
Le précurseur
Sonic Solutions se tient réellement à la tête du
progrès. La firme possède l'exclusivité, pour le
moment, du prémastering audio en 24 bits, avec Sonic Studio.
Quant au duo DVD Creator/Scenarist, vu notamment à l'Apple
Expo, c'est la première solution d'authoring de DVD
proposée sur le marché. Franck Ernould
Nous savons que le DVD est, par nature, pourvu de fonctions
interactives assez poussées. D'ailleurs, lors de l'insertion
d'un disque, le lecteur vidéo ne démarre pas
immédiatement comme avec un LaserDisc : c'est un menu qui
apparaît, donnant d'emblée plusieurs choix de parcours.
Par conséquent, le processus de prémastering d'un DVD,
le processus est assez complexe, et n'a rien à voir avec le
transfert pur et simple d'un fichier vidéo ou informatique sur
un disque dur. Il faut dans un premier temps récupérer
tous les éléments : audio, vidéo, couches
graphiques, les encoder. Vien ensuite le processus d'"authoring"
proprement dit, qui consiste à les assembler dans un
"scénario" interactif. Il est hors de question d'aller,
à la lecture, chercher les fichiers les uns après les
autres : les données utilisées (vidéo, audio,
subpictures) sont donc multiplexées, et enregistrées
sur une cassette DLT, standard de stockage dans le milieu Unix. C'est
d'après cette cassette que l'usine de pressage fabriquera
effectivement les DVD.
L'encodage
Dans le DVD Creator, l'encodage MPEG-2 s'effectue sur une (ou
plusieurs) station Mac, munie de cartes vidéo PCI
fabriquée par Sonic. La source contenant le film sera le plus
souvent au format D1 (Beta numérique, 4:2:2, CCIR-601). Non
comprimé, le débit binaire correspondant serait de
l'ordre de 160 Mbits/s ! Le jeu consiste à ce stade à
ajuster le débit de données vidéo en fonction de
la complexité des scènes à coder - rappelons que
ce débit moyen est d'environ 3.5 Mbits/s, pouvant grimper le
cas échéant jusqu'à 10 Mbits/s. Autrement dit,
le taux de compression moyen est de 40 ! On comprend donc que cette
étape cruciale pour la qualité d'image finale doit
être gérée "intelligemment" : le DVD Creator
procède donc à une passe "d'exploration", où le
système détecte les changements de plan, les passages
difficiles, et détermine, pour chaque image, le débit
numérique optimal. Il présente ensuite à
l'opérateur une EDL (Encoding Decision List), liste de
paramètres de compression qui peuvent être
modifiés à volonté. Ce processus peut être
assez long : quelques jours pour encoder, vérifier, modifier
et réencoder un film de deux heures semblent une durée
couramment rencontrée. Pour des durées
inférieures à une heure, on peut travailler à
débit fixe pour la vidéo, la capacité du support
le permet.
À l'issue de ce préprocessing, l'encodage est
effectué "pour de bon". Les capacités des chips IBM
permettent de décoder en temps réel ce qui vient
d'être encodé : autrement dit, l'opérateur
dispose d'un monitoring vidéo parfaitement fiable. Les
données vont d'enregistrer sur un ou plusieurs disques durs en
réseau, où le Scenarist viendra puiser ses
données. Mais n'anticipons pas...
Le montage son ayant été effectué au
préalable, l'encodage au format AC-3 ou MPEG2 se
déroule également sur un Mac équipé de
cartes PCI spécifiques. Rappelons à ce propos que les
formats "son" ne sont pas fixés sur un DVD. On parle beaucoup,
aux USA, de son AC-3, 5+1 ou stéréo, mais on peut tout
aussi bien avoir, pour l'Europe, un son stéréo MPEG-2,
PCM 16 bits 48 kHz ou 24 bits 96kHz, par exemple. Plusieurs sons de
formats différents peuvent être inclus sur un même
DVD, en sachant que toute ressource leur étant allouée
est empruntée au flux vidéo...
Terminons cette revue des travaux préparatoires avec le cas
des sous-couches graphiques, incluant les sous-titres. Les dessins
sont saisis sur une station graphique, et les fichiers correspondants
doivent être bien sûr accessibles depuis le Scenarist, de
même que tous les éléments (boutons, fonds
d'écran, lettrages par exemple) qui serviront dans les menus
qui apparaîtront à l'écran.
Le Scenarist
Le Scenarist est le chef d'orchestre de tout le processus de
création d'un DVD. Ce logiciel d'authoring,
codéveloppé avec Daikin Industries, tourne sur une
station Silicon Graphics : la récupération des autres
données, les enchevêtrements et l'importance des calculs
à réaliser justifie le choix d'un système
d'exploitation Unix, réellement multitâche.
Tous les fichiers préparés apparaissent à
l'écran. L'interactivité se crée très
intuitivement, en tirant des traits entre les différents
éléments, d'une façon assez proche de ce qu'on
fait dans Apple Media Tool par exemple. Le positionnement des menus,
des boutons, des graphismes s'effectue directement à
l'écran. Par exemple, le choix des sous-titres (oui/non ?
quelle langue) et des versions audio - mais aussi différentes
versions de montage, différents angles de caméra,
etc... Le Scenarist peut ainsi créer jusqu'à 99 VTS
(Video Title Set), ensemble de Video Objects
(vidéo+son+sous-couches) de même type, chacun muni de sa
propre arborescence.
Une fois cette "programmation" achevée, la simulation peut
commencer. DVD Scenarist propose à cet effet une fenêtre
émulant la télécommande d'un lecteur DVD de
salon, avec ses touches curseur. L'opérateur peut ainsi
réaliser n'importe quelle suite de commandes, et voir
instantanément le résultat sur une fenêtre
à l'écran. La station Silicon Graphics assure alors par
voie logicielle la décompression MPEG-2 des
données vidéo qu'elle va chercher sur les
différents disques d'un réseau MediaNet FDDI 100
Mbits/s. Le résultat peut parfois présenter un
côté "jeu vidéo", mais avec de
vraies images et de vrais sons ! À
ce sujet, le DVD-ROM sera le premier vrai support multimédia
en "grandeur réelle", à côté duquel les
CD-ROM et autres CD-I feront figure de précurseurs bien
limités
C'est presque fini !
Si tout se passe bien lors de la simulation, il est temps de
multiplexer les données des différents fichiers, afin
de donner naissance au flux binaire composé de
différents éléments, d'environ 4.69 Mbits/s en
moyenne, que lira le DVD. S'il y a problème, on peut toujours
aller "insérer" de nouveaux passages dans les fichiers
vidéo, par exemple, sans devoir recommencer tout l'encodage.
Après vérification de la conformité du flux, on
convertit celui-ci au format disque image Micro-UDF ISO-9660. C'est
depuis cette image ISO qu'on simule la lecture du DVD, pour y trouver
éventuellement quelques erreurs et simulation
éventuelle de la lecture du produit fini. On est alors au bout
de ses peines, puisqu'il n'y a plus qu'à transférer ce
disque image sur une cassette DLT, qui sera envoyée à
la structure de fabrication de DVD.
Petite remarque en passant : tous les outils que nous venons
d'évoquer peuvent être utilisés tels quels pour
élaborer un DVD-ROM : les solutions d'encodage et de
préparation sont identiques.
Pour conclure
Voilà donc comment fonctionne DVD Creator/Scenarist,
en alliant trois systèmes distincts reliés par
réseau MediaNet. Science-fiction ? Plus vraiment. 20 DVD
Creator/Scenarist ont déjà été vendus aux
USA, à des firmes aussi illustres que Intel, IBM, Apple,
Warner, etc. En décembre 96, a été
créé le premier DVD français, servant de
démonstration à un grand éditeur vidéo,
en collaboration bien entendu avec DDD et MPO, qui envisage de
fabriquer au minimum 150.000 DVD cette année avec un prix de
revient estimé à environ 20 F par disque. Les
projections font état de 1,8 milliards de DVD vendus en 2000,
dont les 3/4 de DVD-ROM. Qui vivra verra
Merci à Paul-Henri Wagner, de DDD, importateur du Sonic DVD
Creator, de nous avoir longuement fait découvrir les
possibilités du système.
(franck.ernould@sfr.fr)
*