LE DVD AUDIO EST ARRIVÉ !
Depuis le temps quon lannonce, le format DVD Audio est
enfin finalisé. Ouf ! Sonic Solutions, qui fourbit ses outils
dauthoring depuis longtemps, est déjà
prêt... Son distributeur français, DDD, organisait le 10
juin dernier une matinée de présentation du nouveau
format audionumérique. Voici donc les dernières
nouvelles du support audio du futur. Franck Ernould
Nous avons déjà consacré de nombreuses pages au
Digital Versatile Disc (cf. Home Studio n° 4 et 23), dans sa
déclinaison vidéo : la première envisagée
et mise sur le marché lan dernier en France. Pour
l'anecdote, cest dailleurs le support grand public qui a
décollé le plus rapidement, comparé au VHS, au
CD ou au LaserDisc. Aujourd'hui (Le Monde Multimédia,
5/5/99), le taux d'équipement des foyers
français en lecteurs DVD est de 1% soit environ 100.000
unités vendues - une misère comparé aux 15
millions de magnétoscopes en usage dans l'Hexagone. Toutefois,
au bout d'un an, 700.000 supports DVDF ont été vendus :
le double des ventes du CD la première année
après son lancement. Certains estiment que ce sont deux
millions de supports DVD qui pourraient être vendus en 1999.
Pas mal...
Si le DVD, au départ, a été
pensé pour héberger un film de 133 minutes par face,
une déclinaison informatique, puis audio fut
immédiatement envisagée. Les cinq milliards d'octets
(voir encadré) attisaient les appétits des
éditeurs discographiques. Il faut dire qu'ils commencaient
à se sentaient à létroit sur les 650 Mo
dun CD ordinaire, compte tenu des progrès des
technologies numériques (24/96 en tête) et de
l'intérêt éveillé par les CD Plus,
Extended... et autres contenus multimédia.
Le quatrième groupe de travail du Forum DVD (en VO : Working
Group 4, ou WG 4) sest donc chargé dimaginer ce
que pourraient être les principales caractéristiques
dun format DVD Audio. Dans la liste, apparaissaient des hautes
fréquences déchantillonnage, des
résolutions numériques plus élevées, des
données supplémentaires sous forme de texte,
dimages fixes ou vidéo, des possibilités
dinteractivité, mais capable de fonctionner au travers
d'une interface réduite identique à celles
de lecteurs CD portables actuels, une compatibilité
très partielle en lecture avec danciens
lecteurs DVD Video, et, last but not least, des protections
anti-copies qui font cruellement défaut au CD actuel, au point
d'en permettre le piratage à volonté via les graveurs
de CD-R. Du pain sur la planche !
Vive le MLP
La première rencontre du WG4 remonte à janvier 96. Ceci
dit, concilier les souhaits des compagnies discographiques
(réunies dans lISC, International Steering Committee),
des fabricants, des éditeurs... a pris plus de deux ans.
Après une beta-version en novembre 97, la version
0.9 de la norme définissant le DVD Audio a été
publiée en mai 98... Pile au moment où Sony/Philips
présentaient leur Super Audio Compact Disc (SACD), basé
sur lemploi de la technologie Direct Stream Digital (DSD). Pour
rappel, elle échantillonne en "one bit" à plus de 2,82
MHz et autorise la cohabitation, sur une même couche, dun
mix stéréo "haute définition" et dun mix
multicanaux 5.1, tout en ménageant sur la seconde couche un
flux à la norme CD Audio lisible par ce type de "vieux" engin
(compatibilité descendante). Face à ce concurrent, il
fallait un plus au DVD audio : retour à la table
des négociations et des bonnes idées. Cest
seulement le 9 février 99 que la version 1.0 du DVD Audio,
introduisant le concept de MLP (Meridian Lossless
Packing), a été concrétisée. Ce
procédé permet de compacter les données,
c'est-à-dire réduire la place occupée sans perte
d'informations (d'ou l'adjectif lossless), ceci d'environ 45%, et de
les décompacter en temps réel. Avantage : pouvoir
caser, sur une seule couche, un mix 5.1 en 24 bits/96 kHz (ou 88,2,
si l'on préfère), chose impossible sur le SACD, ou
même en PCM linéaire sur un DVD normal, pour des raisons
de débit numérique qui dépasserait dans ce cas
les 13 Mbits/s (or les lecteurs sont limités à 9,6 ou
9,8 Mbits/s selon les sources).
Y a quoi dessus ?
Que trouvera-t-on donc sur un DVD Audio ? Jusqu'à 9 groupes de
99 plages possédant 99 index (voilà de quoi faire !),
et du son de haute résolution, bien entendu. Sur un DVD 5
(voir encadré), on pourra faire tenir 65 mn daudio
stéréo en 24 bits/192 kHz, 78 mn en quatre canaux 20
bits/96 kHz, ou encore 7 h et 2 mn en 16 bits 44,1 kHz... En faisant
intervenir le MLP, cela donne 74 mn en six canaux 24 bits/96 kHz. On
annonce que les lecteurs seront équipés d'une fonction
Downmix pour effectuer, si besoin, une réduction
stéréo de ces six canaux selon des paramètres
par défaut ou spécifiés lors de l'authoring du
DVD Audio. Une fonction Prohibit existe, pour les producteurs qui ne
souhaiteraient pas rendre leurs oeuvres multicanaux compatibles
stéréo.
Mais il ny aura pas que du son haute définition ! Le DVD
Audio possédera des menus et une certaine forme
dinteractivité : des slides (images fixes de
2 Mo maxi, se déroulant en temps réel ou non, dans un
ordre fixe, aléatoire ou à la libre appréciation
de lauditeur), des textes de chansons (cliquer dans une ligne
calera automatiquement le lecteur sur le passage musical
correspondant), etc. Autant de fonctions dont le DVD Video,
pensé "image animée en continu", est incapable !
Le DVD Audio autorise aussi la coexistence pacifique de plusieurs
formats différents dun même contenu musical :
haute résolution et Dolby Digital, par exemple, pour pouvoir
être lu tel quel sur un lecteur de DVD Video. La place reste
ouverte pour un éventuel flux numérique au format dts
ou DSD... voire pour un contenu DVD-Rom (applications, fichiers
binaires...). Dans un autre style, on peut très bien inclure
des "hidden tracks", qui ne se révéleront
qu'après entrée d'un mot de passe, disponible sur un
site Web par exemple.
On peut même ajouter de la vidéo MPEG 2 : notre DVD
Audio devient alors "DVD Audio V". Ainsi, un DVD 9 pourra accueillir
sans peine un généreux album audio de 74 mn mixé
en 5.1 24 bits/96 kHz (merci, MLP !), agrémenté sur
l'autre couche d'une heure de vidéo (le "making of" des
séances par exemple), dont la bande son serait, pourquoi pas,
en stéréo 20/96 et en Dolby Digital 5.1 (pour
être aussi lisible sur un lecteur de DVD Video - voir plus
loin), le tout avec des menus, des textes, des biographies, des
discographies à lécran... Pourquoi ne pas
proposer un concert avec un super-son, nous direz-vous ? Parce que
dans ce cas, on quitte l'aspect "documentaire" pour adopter une
approche de film. Quand on est "plongé" dans l'action, un son
énorme appellera une très bonne qualité d'image.
Autrement dit, une compression MPEG la plus légère
possible... et il ne reste encore une fois plus assez de débit
pour l'audio 5.1 24/96 !
C'est là la différence majeure
entre DVD Audio et DVD Video : ce dernier format peut certes
héberger jusquà huit flux audio
différents, PCM, Dolby Digital, dts... (tout ce quon
veut), mais leur octroie qu'une bande passante de 6.144 Mbits/s.
Motif de cette limitation : limage a besoin dau moins 3,5
Mbits/s pour exister (et encore, à ce niveau de compression,
la qualité pâtit déjà...). Par contre, sur
un DVD Audio, rien n'interdit de consacrer entièrement
à laudio les 9.6 Mbits/s qu'autorise le lecteur. Autre
différence : un DVD Audio na pas de code
régional. En revanche, comme nous l'avons déjà
mentionné, les flux numériques intègrent des
protections anti-copie.
Les lecteurs
Ceux qui sont déjà équipés dun
lecteur de DVD Video vont râler : celui-ci ne leur permettra
pas daccéder à tous les charmes des DVD Audio
haute définition ! Déjà pour une raison purement
physique : au niveau de la connectique, ces modèles nont
jamais été conçus pour sortir six
canaux en 24/96, que ce soit en numérique ou en analogique
d'ailleurs (convertisseurs N/A...), mais un flux Dolby Digital,
plafonnant généralement à 384 kbits/s. Leurs
convertisseurs et leurs interfaces audio sont donc inadaptés.
Tout au plus seront-ils capables de naviguer dans linterface
graphique du DVD Audio, de lire une éventuelle partie
vidéo, et de reproduire les flux Dolby Digital... sil y
en a ! À l'inverse, un lecteur audio ne "verra" que le son
d'un DVD Video.
Si les fabricants sortent déjà des prototypes de
lecteurs de DVD Audio dédiés, parions que des
modèles universels, compatibles DVD Audio /DVD Video et muni
de toutes les interfaces idoines, apparaissent prchainement. Le
surcoût devrait être négligeable par rapport
à un lecteur DVD actuel, proposé, rappelons-le, entre 3
500 et 6 000 F TTC environ. Une déclinaison
portable est dores et déjà
envisagée (pour les voitures, notamment, ou les Discman®),
privée dimage et pourvue de commandes "rudimentaires",
celles de transport, avec quand même quelques lignes de textes
(4 x 30 lettres en anglais, 2 x 15 en japonais, plus difficile
à coder). On peut supposer que certains fabricants
audiophiles auront à cur de proposer
à leurs clients de fort onéreux modèles audio
seulement (les mots Home Theater provoquent encore chez certains de
violentes crises dallergie). Ces puristes, réfractaire
à tout ce qui n'est pas son, pourront toujours se replier sur
le SACD, dépourvu pour sa part de vidéo,
d'interactivité..., et au maniement proche de celui dune
platine CD... Seul petit hic : les modèles
présentés actuellement sont annoncés à
environ $5000 ! Il faut également savoir que la technologie
hybride, double couche, est plus onéreuse à
fabriquer quun simple couche &emdash; et quelle le
restera probablement un bon bout de temps. Autrement dit, pour une
même uvre musicale, la version DVD Audio sera moins
chère quun SACD... De quoi faire réfléchir
les clients : la compatibilité descendante avec le CD Audio
sera tarifée !
P.S.: Merci à Youki Miyamoto (WG4), Kirk Paulsen (Sonic
Solutions Europe) et Jean-Luc Ohl (DDD) pour leur précieux
concours.
ENCADRÉ
IL EST GROS MON GIGA !
Petite précision glanée dans une doc Sonic Solutions :
les capacités des DVD sont données en Giga octets dans
lacception décimale : autrement dit, 5
milliards doctets pour un DVD 5, par exemple. Les
informaticiens, eux, ont un Giga plus gros,
puisquil vaut 2 puissance30, soit 1.073.741.824. Autrement dit,
vu dun ordinateur, un DVD 5, soit 5 milliards doctets,
vaut 4.656 Go - soit les 4.7 bien connus ! Rappelons
qu'il existe également un DVD9, simple face double couche
(proposant en fait 8.5 Go), un DVD10, double face simple couche, et
un DVD17, double face double couche.
© Franck Ernould, 1999 (paru dans Home Studio 34)
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