Le DVD est lu par un rayon laser rouge, il tourne plus vite, et les
pistes ainsi que les cuvettes élémentaires qu'elles
contiennent sont de dimensions inférieures. Bilan : la
capacité moyenne du CD (environ 700 Mo) semble bien maigre
face aux 4,7 Go d'une face de DVD, qui permettent de loger un film de
133 minutes environ, en allouant un débit binaire de 3,5
Mbits/s à l'image et de 3 x 384 Kbits/s aux versions
multicanaux 5+1 (en ajoutant les 32 sous-pistes, utilisées
entre autres pour l'insertion des sous-titres, on retombe bien sur
nos 4,69 Mbits/s, débit moyen évoqué ci-dessus).
Pour le moment, si tout le monde semble s'être mis d'accord sur
ce type de données en exploitation vidéo, d'une
qualité proche de celle du format professionnel
Betacam, rien n'empêche un éditeur de graver sur son DVD
une image bien plus détaillée, en 16/9
éventuellement , ou alors, au contraire, de coucher
un son stéréo PCM linéaire de très
haute qualité en lieu et place du son 5+1 comprimé
AC-3, quitte à accepter une qualité vidéo
inférieure. La réglementation se montre très
souple à ce sujet, le tout étant de ne pas
dépasser le débit maximal crête, soit 10 Mbits/s.
Côté stockage, en admettant qu'on se retrouve à
court de capacité, il faut savoir qu'une même face de
DVD peut héberger deux couches de données
différentes : la première utilise des principes de
fabrication - et donc de lecture - identiques à celle du CD,
tandis que la seconde fait intervenir des techniques plus
sophistiquées, à base notamment de résines
sensibles aux ultra-violets et de matériaux à
réflexion/transmission partielle. Petite particularité
: compte tenu de la miniaturisation poussée des trous et des
bosses, il est impossible mécaniquement de presser le DVD d'un
seul bloc, car ses déformations éventuelles (tuilage)
seraient impossibles à rattraper en lecture. Ce support est
donc fabriqué en collant deux faces dos à dos, à
la manière d'un LaserDisc actuel, même s'il ne
possède qu'une seule face "utile" ! En gravant sur les deux
côtés, on parvient à loger la coquette
capacité maximale de 17 Go, soit l'équivalent de 25 CD,
sur un seul disque de 120 mm de diamètre... A l'instar de
l'éphémère mini-CD, une version 80 mm, d'une
capacité de 1,4 Go en simple couche (2,6 en double), est
prévue pour certaines applications, portables notamment. Pour
le moment, le taux de transfert d'un lecteur DVD est de huit fois
celui d'un CD simple vitesse (rappelons que ce vieux standard est
désormais poussé à 12 fois la vitesse sur les
derniers lecteurs de CD-ROM !), ce qui ouvre évidemment de
nouveaux horizons à la vidéo sur les futurs DVD-ROM.
Faut-il rappeler que la reproduction d'images animées pose
pour le moment un problème de taille - dans tous les sens du
terme - sur la plupart des titres multimédia actuels
disponibles sur CD-ROM ?
Tous les domaines d'application ont d'ores et déjà
été recensés, et les spécifications,
réunies dans des DVD books, à l'image de ce qui existe
déjà pour le CD : DVD-ROM, DVD-Video, DVD-Audio, DVD-WO
(Write Once) ou DVD-R, limité à 3,9 Go par face. Il est
même prévu à terme - on peut toujours rêver
- un DVD-E (Erasable)... Les différents détails
concernant la répartition des informations sur les pistes sont
fixés, la seule obligation étant de prévoir au
moins un son PCM stéréo sur des films (en ce qui
concerne les formats multicanaux, DTS et Dolby AC-3 se livrent une
lutte acharnée en ce moment même...). Le DVD est
appelé à remplacer, d'ici quelques années, les
vidéocassettes, les LaserDiscs, les CD-ROM et les CD audio. La
vidéo domestique devrait être la première cible
visée (Time Warner était censé mettre à
lui seul sur le marché 250 films lors du lancement, le lecteur
étant commercialisé aux alentours de 700 $), suivie un
peu plus tard, du secteur de l'informatique personnelle, bien
évidemment porté par des jeux de plus en plus gourmands
en mémoire (un lecteur de DVD-ROM, upgradable en lecteur
vidéo par ajout d'une carte MPEG2, coûterait de 200
à 500 $). Les estimations de ventes émanant de divers
constructeurs chiffrent par dizaines de millions d'exemplaires les
ventes de lecteurs de DVD-ROM en l'an 2000...
Quant aux applications audio, elles ne sont pas en reste. Il ne fait
aucun doute que le support permettra de bénéficier
d'une qualité sonore jamais entendue : les 24 bits
échantillonnés à 96 kHz vont bientôt
devenir une réalité. De plus, compatibilité
ascendante oblige, les lecteurs de DVD liront les CD audio normaux,
répandus à plus de dix milliards d'exemplaires dans le
monde entier depuis 1982, mais malheureusement pas les CD-R produits
jusqu'au jour d'aujourdhui, à cause d'un petit problème
de longueur d'onde. On envisage même de fabriquer des DVD audio
double couche universels : l'une d'elles, entièrement
compatible avec les lecteurs de CD actuels, offrirait un signal
conforme au Red Book (44,1 kHz, 16 bits), donc également
lisible par les vieux lecteurs - c'est ce qu'on appelle la
compatibilité descendante -, tandis que l'autre apporterait
aux audiophiles le son de leurs rêves, sans concession. A vos
calculettes : une face de 4,7 Go offre deux heures et quart de
musique label 96 kHz ! Que faire d'une telle capacité,
rétorquerez-vous, alors que la durée de la plupart des
CD audio est bien inférieure au maximum autorisé par la
norme, soit 74 minutes ? La réponse est dans le camp des
éditeurs, qui, nous allons le voir, n'en sont pas à un
paradoxe près...
Toute l'année 1995 fut marquée par l'affrontement sans
merci, par conférences de presse et publications
interposées, entre le format SD concocté par l'alliance
Toshiba/Warner/Matsushita, et le MMCD, conçu par le duo de
récidivistes du CD, Philips/Sony. Soucieux de ne pas jouer un
remake ruineux de la guerre VHS/Betamax ou, plus près de nous,
DCC/MiniDisc, les deux adversaires se mettent d'accord en
décembre 95 sur un format commun, le DVD, et tous les
industriels se rallient au mouvement, Microsoft, Intel et Motorola
compris. Pourquoi le moment de retirer d'aussi juteux
bénéfices (le marché mondial du DVD
représentera des milliards de dollars !) est-il donc
repoussé, alors que les fabricants semblaient enfin toucher au
but, après tant d'années de recherche ? La
responsabilité de ce coup d'arrêt incombe cette fois aux
producteurs de films, dont l'appui est indispensable - nous l'avons
vu - au lancement commercial de ce nouveau support. Le groupe Time
Warner est très influent dans le Consortium du DVD, ainsi que
Pioneer, leader mondial sur le marché actuel des lecteurs de
LaserDiscs analogiques. A l'instar des maisons de disques en 1987,
pour la DAT, les propriétaires de catalogues de films
hollywoodiens ont soudain découvert que leurs précieux
films allaient être distribués dans le grand public avec
une qualité d'image et de son respectable, bien
supérieure en tout cas à celle atteinte par la
VHS . Et si les généreux consommateurs-acheteurs
se muaient en dangereux pirates, sinon avec les futurs DVD-WO, du
moins avec les nouveaux formats de vidéo numérique
grand public, DV et autres, apparus récemment ? Et si des
individus sans scrupules pratiquaient à grande échelle
des copies numériques, donc sans dégradation visible,
en partant d'un DVD du commerce ? Et si l'on ruinait les
stratégies imparables de lancements du même film
échelonnés selon les pays, en permettant à
n'importe qui d'acheter n'importe où dans le monde des films
gravés sur un support universel, donc de pouvoir lire en
France le DVD d'un long métrage américain inédit
ici ? Il n'en fallait pas plus pour bloquer le système...
Les spécifications du DVD Video sont donc passées de la
version 0.9 à la version 1.0, dévoilée
mi-septembre à Bruxelles. Tant pis pour les constructeurs et
éditeurs optimistes qui avaient déjà
lancé leurs chaînes de fabrication ou de pressage
histoire d'être fin prêts pour le lancement officiel du
DVD, prévu de longue date pour Noël 96. Tout ce qui a
été assemblé ou gravé jusqu'à
présent est illégal et inexploitable ! Le syndrome SCMS
frappe de nouveau : désormais, le flux binaire gravé
sur le DVD-Vidéo intégrera des codes
spécifiques, dont l'interprétation consommera
jusqu'à 1/15 des ressources du microprocesseur
intégré au lecteur. Sans être trop
sophistiqué, ce qui risquerait d'en interdire l'exportation
(un comble !), l'algorithme de protection utilisé
empêchera toute exploitation prohibée du film, et sera
sans doute implanté sur l'ensemble des titres publiés,
y compris les plus anciens. Le 29 octobre, la version
définitive de cette protection a été
fixée. Les DVD-ROM ne l'utiliseront probablement pas, ce qui
explique que Pioneer ait pu présenter en avant-première
au SATIS un tel lecteur. Désormais, un disque pressé
pour un marché spécifique - au hasard, les Etats-Unis -
ne pourra être lu en Europe, où le lecteur comparera son
propre code régional avec celui inscrit sur le disque. Une
éventuelle copie numérique serait
détectée de la même façon, et
impitoyablement brouillée. Les hackers pourront s'en donner
à coeur joie, ainsi que les importateurs parallèles de
lecteurs américains... Petite remarque en passant : compte
tenu du fait que les opérations de doublage et de sous-titrage
ne s'effectuent qu'au dernier moment, juste avant la sortie
programmée du film dans les différents pays
étrangers, donc souvent après son édition
vidéo aux Etats-Unis, avec quels éléments les
studios hollywoodiens rempliront-ils leurs pistes audio
supplémentaires et les nombreux canaux de sous-titrage
autorisés par le DVD ?
Quoi qu'il en soit, la première démonstration d'un DVD
audio 80 mm, alliant son en 24 bits 96 kHz et images fixes, que
Pioneer-Japon avait programmée en septembre lors d'un salon
hifi à Londres, a été reportée sine die,
semble-t-il à l'instigation de Pioneer-US, et remplacée
par la présentation d'un vrai DVD. Certains mauvais esprits
affirment qu'il ne faudrait à aucun prix introduire le doute
dans l'esprit du consommateur en lui présentant ce qu'il
pourrait prendre pour un nouveau format audio. Cela risquerait de lui
faire adopter une position attentiste, donc de réduire les
ventes de CD, encore fort respectables... Il se murmure
également que les premiers lecteurs de DVD audio seraient
pourvus de convertisseurs 20 bits seulement, et qu'ils
n'apparaîtraient au plus tôt que courant 1997. A l'Apple
Expo de septembre, lors de la présentation, sur le stand DDD,
du DVD Creator (environnement de mastering vidéo et
d'"authoring" Sonic Solutions, voir encadré), c'est depuis des
disques durs que les fichiers image et son correspondant à un
futur DVD étaient lus. Bref, le moins qu'on puisse dire est
que la situation n'est pas vraiment claire. En France, les grands
éditeurs vidéo sont sur la brèche et fourbissent
déjà des disques de démonstration. L'usine MPO
s'est équipé en pressage, et le premier DVD
français est ainsi attendu pour mi-décembre.
Après des tractations acharnées, la protection
anti-utilisations illégales que nous évoquions ci-avant
sera insérée en usine, par une boîte noire.
Autrement dit, les éditeurs n'ont rien à modifier
à leurs éléments déjà prêts.
Les fabricants, eux, adaptent frénétiquement leurs
lecteurs aux nouvelles normes, en vue de ne pas manquer la date de
lancement prévue, c'est-à-dire Noël 96 aux
Etats-Unis. Les plus optimistes, affirment que les lecteurs sont
déjà en vente au Japon, et qu'ils ne sauraient tarder
à débarquer outre-Atlantique. D'autres, au contraire,
prétendent que le retard pris avoisine les six mois,
signifiant que les "vrais" premiers pas européens du
système ne seraient pas à attendre avant fin 1997.
Parallèlement, des experts ont établi que les supports
d'enregistrement connaissent tous des cycles d'environ 25 ans : le 78
tours a ainsi vécu son heure de gloire entre 1935 et 1960, le
microsillon de 1960 à 1985 à peu près... A ce
compte, la VHS et le CD céderont donc leur place au DVD bien
après l'an 2000 ! D'ici là, ils nous assureront encore
de longues heures de plaisir...
A l'attention des curieux : les lecteurs de DVD seront capables de
comprendre le C++ ! Les éditeurs le désirant pourront
insérer sur le support des routines écrites dans ce
langage, indiquant au lecteur ce qu'il faut faire lors de l'insertion
du disque, ou lorsque l'utilisateur appuiera sur certaines touches de
sa télécommande : menu, flèche vers le bas ou
vers le haut... C'est là un moyen élégant de
naviguer dans les différents fichiers gravés sur le
disque, ce qui peut permettre de proposer des montages
différents d'un même film (versions longues ou courtes,
deux fins tournées par le réalisateur, ou versions
différentes, tel Blade Runner), de restreindre l'accès
à certaines scènes particulièrement
déconseillées aux âmes sensibles, de naviguer
parmi les différentes versions de sous-titres et de bandes
son, de choisir l'angle sous lequel on désire voir la
scène... Cette interactivité rappellera sans aucun
doute quelques souvenirs aux utilisateurs de CD-I Philips, encore un
"futur" standard grand public tombé au champ d'honneur.
La course aux bits et aux fréquences d'échantillonnage
est engagée depuis quelques années
déjà... Le DVD permettra, dans un premier temps, de
jeter aux oubliettes les divers procédés permettant de
faire tenir sur 16 bits un signal encodé sur 20 ou plus, comme
- pour ne citer que lui - le Super Bit Mapping de Sony. Sonic
Solutions a d'ores et déjà développé un
environnement audio complet en 24 bits 96 kHz, dont Michel Jonasz a
utilisé un prototype en première mondiale, pour
enregistrer le mixage de son dernier album, "Soul music airlines"
(dont nous aurons prochainement le plaisir de vous narrer
intégralement la naissance). Son exemple devrait être
rapidement suivi par d'autres artistes passionnés de
qualité sonore... Il faudra naturellement recommencer les
reports de tous les enregistrements analogiques à ce format
avant de les publier - du pain sur la planche en perspective pour les
structures de mastering, et des bénéfices pour les
maisons de disques !
Plusieurs inconnues subsistent toutefois : à quel prix
ces enregistrements audio exceptionnels seront-ils proposés au
public ? Combien de mélomanes possèdent un
équipement leur permettant de constater objectivement une
différence avec un CD ordinaire ? Et n'est-il pas paradoxal
d'assister d'une part, en production, à la course aux bits,
d'autre part, en diffusion, à la généralisation
de compressions numériques loin d'être inoffensives,
comme on a pu s'en rendre compte lors d'une récente
écoute comparative au SATIS ? Prétendre que le DAB,
comprimé MPEG-2, les sons multicanaux AC-3 ou DTS ou encore
les sons stéréo diffusés par le câble ou
le satellite en numérique, offrent une qualité
rigoureusement équivalente au CD est un mensonge
caractérisé... Bref, c'est un magnifique système
à deux vitesses qui se profile !
SONIC SOLUTIONS DVD CREATOR
Cet environnement permet, dans un premier temps,
l'acquisition des différents fichiers image et son. Un
Macintosh gère généralement une série de
cartes vidéo montées dans un rack PCI, des
solutions "audio" existant déjà chez Sonic. Une fois
l'image et le son comprimés, enregistrés sur des
disques durs connectés en réseau Medianet, on passe
dans Scenarist, logiciel d'"authoring" tournant sous Unix sur station
Silicon Graphics. Scenarist permet d'assembler les différents
composants d'un DVD, à savoir les différents fichiers
image, son, et "accessoires". Alors qu'une VHS ou autre support
à base de bande, n'offre pas, par nature, un accès
facile aux différentes séquences qu'elle contient, le
DVD permet de se promener sans aucun temps d'attente. De plus,
l'interface utilisateur qu'il peut proposer est bien plus
élaborée que celle d'un CD audio, par exemple. Nous
sommes à mi-chemin entre le CD-I et le CD-ROM. Lors de son
insertion dans le lecteur, le DVD affiche invariablement une "page
d'accueil" élaborée comme un document graphique. A
l'instar des liens "hypertexte", il suffit de "cliquer", avec les
flèches de la télécommande, dans certaines zones
ou sur certains boutons pour emprunter un chemin défini
à l'avance lors de l'"authoring" . Le nombre de
chemins programmables est très élevé, ce qui
fera du DVD un outil idéal en formation interactive, par
exemple. Ce principe rappellera sans doute quelques souvenirs aux
utilisateurs d'Apple Media Tools, notamment, d'autant que les "liens"
sont affichés, au moment de leur programmation, sous forme de
lignes droites reliant les "blocs" symbolisant les différents
fichiers. L'interface graphique telle que l'utilisateur la percevra
est donc entièrement paramétrable. Une fois la phase
d'"authoring" terminée, il reste à multiplexer tous les
fichiers MPEG, puis à créer une image ISO du master.
Celle-ci regroupe l'ensemble des données effectivement
utilisées, qu'on stocke sur disque dur ou sur une cassette
DLT. C'est à partir de cette image ISO qu'on effectue la
simulation, pour vérifier que tout se déroule comme
prévu (Scenarist émule d'ailleurs, dans une
fenêtre, la télécommande de l'utilisateur !) La
station Silicon Graphics exploite alors toutes ses ressources pour
décomprimer toute seule, en temps réel, les
données image et son (sur une petite fenêtre, et en son
stéréo pour l'instant). Si tout est satisfaisant, il ne
reste plus qu'à envoyer la cassette DLT à l'usine de
pressage !
P.S. : un grand merci à DDD, et plus particulièrement
à Paul-Henri Wagner, de nous avoir accordé une
démonstration poussée des possibilités du DVD
Creator - cela nous a permis de mieux comprendre les avantages de ce
nouveau support. Un grand merci également, pour la mise
à disposition de la plupart des documents illustrant cet
article.
(franck.ernould@sfr.fr)
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