Quand EMI m'a envoyé le CD de Daniel Chenez, en m'informant que l'interview pour Home Studio était prévue le 10 Juin 99, j'étais un peu dans mes petits souliers... Rencontrer une moitié de Niagara, c'est quand même intimidant ! Cela dit, Daniel est absolument adorable : cool et décontracté, il rend une conversation passionnante. Je l'ai trouvé ouvert, musicalement très cultivé, et techniquement trapu. Bref, une belle interview... Daniel m'a laissé un message sur mon répondeur pour me dire tout le bien qu'il pensait de l'article : merci à lui !
Ce nom ne vous dit peut-être rien : pourtant, Daniel
Chenevez était la moitié masculine du duo rennais
Niagara, qui enfila tube sur tube entre 85 et 93. Daniel a repris sa
liberté et vient de sortir son deuxième album solo,
"Hypnose". Rencontre avec un auteur/compositeur/producteur/chanteur
de talent ! Franck Ernould
Après plusieurs années de
confidentialité/galère, Niagara explose à
l'été 85 avec une ritournelle pop électronique,
L'amour à la plage. Le duo que forme Daniel Chenevez
avec Muriel Moreno ne quittera plus guère les charts,
même si le style musical évolue : les climats musicaux
se font plus pesants, les guitares lourdes prennent une place
importante dans les chansons du groupe. Pourtant, comme nous le
verrons, Daniel n'est pas du tout guitariste ! En revanche, il
s'occupe déjà de presque tout ce qui tourne autour de
Niagara : musiques, clips, arrangements, séances de studio...
Un vrai touche-à-tout, perfectionniste comme pas deux !
Lorsque Niagara s'arrête en 1993, après quatre albums,
Muriel Moréno s'équipe d'un home studio, puis se lance
seule (cf. Home Studio Recording n° 46) dans la
réalisation d'un album. Notre homme, qui possède un
Akai MG1214 chez lui depuis des lustres et ne compte plus les
maquettes réalisées chez lui, tâte un peu de la
production, puis se lance à son tour dans un premier album
solo, Excentrique, passé quelque peu inaperçu
lors de sa parution début 97. C'était en fait un coup
d'essai pour le second, Hypnose, sorti le 8 juin 99, où
Chenevez a adopté une nouvelle façon de travailler.
Autant l'avouer : lorsqu'on lance "Apprends la patience", la
première plage de l'album, on est désorienté
pendant quatre mesures, où on se prend à penser que la
moitié masculine de Niagara passe trop de temps dans les raves
!... C'est pour mieux changer d'avis lors de l'entrée des
guitares saturées, qui nous ramènent
immédiatement en terrain connu et niagaresque. Curieusement,
la voix de Daniel prend sur ce titre des inflexions parfois "à
la Manset" ! Puis, au fil des plages, on passe par des climats
musicaux tour à tour rock, psychédéliques, pop,
métal, orchestraux, avec toujours en filigrane une couleur
électronique. Une véritable leçon
d'arrangements, de riffs de guitare et d'évocation
d'atmosphères, avec une façon familière d'amener
l'alternance couplet/refrain et des harmonies vocales très
personnelles. Un vrai travail d'orfèvre ! Bref, autant
l'avouer, la rencontre, qui a eu lieu dans un salon de thé du
2è arrondissement le 10 Juin 1999, s'est avérée
passionnante...
Comment travailles-tu tes chansons ? J'ai entendu parler d'un
MiniDisc qui aurait la plus grande importance...
Auparavant, j'utilisais un dictaphone avec haut-parleur
incorporé. Je joue, je chante, j'enregistre, je
réécoute après, ce qui permet de repérer
ensuite des passages intéressants, qui "fonctionnent" bien :
telle mélodie avec telle grille d'accords, par exemple. Je
commence toujours ainsi : une grille d'accords, une mélodie,
un texte. C'est ma base, quels que soient la couleur ou l'arrangement
musical (acoustique, électrique, électronique) que je
pense utiliser par la suite. Une bonne chanson, c'est quelque chose
que tu peux arranger en tango un jour, en techno le lendemain, en
punk hardcore le surlendemain : le plus bel exemple est sans doute
"My Way", née "Comme d'habitude" par Claude François,
puis reprise par Frank Sinatra ou les Sex Pistols, sans compter les
versions jazz ou bossa nova !!!
Mon propos est d'écrire des chansons, décrivant des
choses plus ou moins personnelles, des constatations, des
sentiments... Être passé au MiniDisc me permet de jouer
en chantant comme avant, mais désormais, je peux poser des
index, faire directement mes montages dans deux ou trois passages
consécutifs, voir ce que donne la plage 5 avec la plage 18,
effacer immédiatement la plage 14 parce qu'elle ne me
plaît pas du tout... un processus impossible avec une cassette
!
Pour cet album, je me suis donc retrouvé à enregistrer
beaucoup de plages (plus de 200 sur un MiniDisc, NDLR), que je triais
au fur et à mesure. Voilà donc plein de nouvelles
chansons en ébauche : il me faut construire l'arrangement.
Pour ce faire, je passe sur ordinateur, avec Cubase Score sur un
petit PowerBook 170, un peu vieux, mais qui me suffit amplement, avec
son interface MOTU MTP 1 pour aller commander mes divers
synthés et échantillonneurs : E-mu III, PS-10, Akai
S2800, Memorymoog, Prophet 5, une GrooveBox MC-505... C'est mon
matériel de base : j'écris alors les arrangements avec
les sons correspondants (partie de basse avec un son de basse, de
cordes avec un son de cordes, etc.).
Et les guitares ?
Je les écris au clavier aussi !
Tu n'es pas guitariste ???
Pas du tout ! J'ai toute une technique, avec des échantillons
à moi ou d'autres du commerce, que je passe dans toutes sortes
d'effets, saturations ou autres. Ce sont donc des riffs de guitare
interprétés aux claviers : même dans Niagara, je
ne jouais pas de guitares !
Cette deuxième étape terminée, je passe dans un
"vrai" studio : en l'occurrence, ICP, à Bruxelles, où
je travaille toujours avec le même ingénieur du son,
Erwin Autrique, qui est un ami depuis treize ans que nous travaillons
ensemble.
Bel exemple de longévité dans un même studio,
quand on connaît les côtés attirants du statut
d'ingénieur/producteur free-lance...
ICP est un des rares studios au monde dans ce cas. Erwin, Djoum,
Phil Délire et Michel restent fidèles à John
Hastry, le patron d'ICP, depuis les débuts. Ils ne se sont
jamais laissés débaucher, ils font partie du studio,
dont ils assurent quasiment toutes les productions. Du coup, ils le
connaissent littéralement par cur.
ICP est une structure de classe mondiale(SSL, Neve VR, "vieille"
Neve, Pro Tools, racks bien remplis...), et contrairement à
beaucoup de studios dans le monde, propose sur place à ses
clients toute une collection de guitares et de basses, 200
pédales d'effets, 15 amplis guitare vintage... De quoi se
perdre ! Mais depuis le temps que j'y vais, j'ai eu l'occasion de
tout essayer, je vois les combinaisons qui me plaisent par rapport
aux couleurs que je désire obtenir à un moment
donné.
Si je veux un Wurlitzer, pas la peine de le louer, d'attendre qu'il
arrive : il est déjà là ! Et si après
avoir tapé quelques notes, je me rends compte qu'en fait, ce
que je voulais, c'était plutôt un Rhodes, pas de
problème : on remonte le Wurlitzer, on descend le Rhodes ! Pas
de location supplémentaire, de temps perdu à
attendre... Même principe pour les Hammond : il y en a quatre
différents sur place, avec chacun leur cabine, donnant des
sons particuliers. Cela dit, je suis venu au studio avec nombre de
matos perso : c'est ce qu'on voit sur le dessus du meuble sur la
photo : E-mu III; Urei 1176, MC-505...
John Hastry, le patron du studio, y entretient une perpétuelle
évolution. En fait, beaucoup de ses pairs considèrent
qu'une fois le matériel de base posé et que les clients
sont là, les bénéfices sont destinés
à leur Porsche ou à leur piscine... John, ancien
musicien, réinvestit tout dans ICP, qui s'agrandit, se
rééquipe : un état d'esprit très
américain, doublé d'une passion du son qui l'a conduit,
voici déjà longtemps, à recâbler
entièrement l'intérieur de ses SSL afin de gagner en
qualité sonore !
Tu fais donc rejouer à de vrais musiciens ce que tu as
écrit aux claviers chez toi ?
Oui, en ayant imprimé les partitions grâce à
Cubase Score ! Erwin sait ce que je veux, ce que j'aime, quel est le
choix de micro pour prendre les cordes ou la batterie... Pour les
guitares, un élément très important dans ma
musique, je travaille généralement avec des
instrumentistes assez ouverts, qui aiment bien se remettre en
question et sortir de leurs habitudes de faire, puisqu'ils jouent ce
que j'ai écrit au clavier, avec la guitare et les amplis que
je leur ai choisis : ils se retrouvent avec mon son entre les
mains.
Pas évident, pour un guitariste, d'être privé
de son son lorsqu'il joue !
La collection de pédales, d'amplis, d'instruments d'ICP m'est
souvent très utile. Ainsi, sur "Apprends la patience", j'avais
fait enregistrer les parties de guitare saturée avec une
certaine combinaison ampli/pédale/guitare. Mais quelques jours
après les prises, je trouvais que le son était trop
"transparent" : énorme, mais pas assez percutant, tranchant.
J'ai alors récupéré une dizaine de
pédales dans la collection du studio, j'ai refait passer le
son de la guitare dedans, et après quelques essais, j'ai fini
par trouver celle qui me rajoutait juste les fréquences que je
voulais, via une saturation de plus. Comment rattraper le coup ! Je
fais la même chose avec les synthés, d'ailleurs : je
n'hésite pas à les repasser dans des pédales de
guitare !
Qu'utilises-tu comme synthés ?
Mes deux modèles de base sont le Memorymoog et le Prophet 5 :
cela dit, j'aime beaucoup les sons Roland, Jupiter-8 par exemple. Je
les trouve assez compliqués la plupart des synthés qui
sortent actuellement, même si la tendance est à y
réimplanter des boutons. Leurs possibilités sont
tellement vastes qu'on se sent écrasé par le nombre de
paramètres, le nombre de centaines de sons déjà
en mémoire à l'achat... Un de ceux dont je me sers le
plus est le nordlead, que je trouve très maniable, et la
commande via MIDI des paramètres d'ouverture des filtres, par
exemple, est un vrai progrès : voilà ce qui donne la
richesse et le côté organique des sons
électroniques actuels, alors qu'on a eu tendance pendant
longtemps à utiliser des sons figés, tels qu'ils
sortaient des mémoires de la machine. Le contrôle
évolutif au cours d'une séquence est primordial.
À côté, le son des années 80 semble bien
étriqué. J'attends impatiemment un revival
éventuel du DX7, pour voir si quelqu'un saura utiliser cette
machine de manière "moderne".
On entend beaucoup de MC-505 sur "Hypnose"...
Effectivement... Le son des modèles originaux de 505 sont
inimitables, comme celui des Korg MS20 par exemple... Mon premier
synthé, en 78 : c'est marrant, il a fallu attendre "Sexy boy",
de AIR, vingt ans après, pour obtenir le premier tube au MS20
de l'histoire de la musique ! Mais même si les puristes font la
moue, je trouve le son de la GrooveBox très intéressant
en lui-même : après tout ce n'est qu'un instrument de
musique, et ce qui en sort dépend d'abord de celui qui se
trouve derrière...
On entend des cordes sur plusieurs titres : ce sont des vraies
?
J'utilise des cordes depuis une dizaine d'années : il y en
avait déjà dans le deuxième album de Niagara...
J'adore leur son, le climat : j'écris la maquette avec des
samples, mais je préfère toujours utiliser un "vrai"
orchestre pour le disque fini. Il me suffit de sortir la partition de
Cubase Score, de la répartir par pupitres, et de trouver un
orchestre et son chef ! En l'occurrence, le Talish Chamber Orchestra,
des instrumentistes tchèques, sous la direction de Jean-Pierre
Catoul. En les écoutant répéter dans le studio,
ça me donne des idées, de mouvements d'archet, par
exemple, de façon à donner plus de vie à ce que
j'ai écrit... Je n'ai aucune formation classique, mais par
rapport à ce que j'entends, je sais ce qui me plaît
!
Après les séances d'enregistrement à ICP, je
suis parti chez moi enregistrer les voix, sur un Powermac G3, avec
Digital Performer et une interface MOTU 2408. J'ai toutefois pris
soin d'effectuer la conversion A/N avec un Apogee AD-8000 : la
qualité des convertisseurs de la 2408 est bonne, mais à
mon avis pas au standard professionnel. Ce n'est pas pour rien qu'un
AD-8000 coûte 50000 F, soit 5 fois le prix de la 2408 ! Les
étages analogiques d'entrée, de sortie, les
convertisseurs eux-même, les horloges sont de tout premier
choix, et ça se paie forcément. Il faut savoir qu'en
numérique, c'est la première conversion qui est
primordiale : il faut donc la soigner le mieux possible.
J'ai donc utilisé Digital Performer comme un
magnétophone. Je me suis acheté une chaîne vocale
d'exception, avec un Neumann M149 Tube, un compresseur Urei 1176, et
j'ai loué un préampli micro "vintage" Neve 1081, avec
des résistances de précision, des inductances
bobinées à la main... Là encore, en home studio,
on peut très bien utiliser une Voice box à 6000 F, la
qualité sera bonne, mais pas de niveau professionnel ! Avant
d'arriver à ces modèles, j'ai pris beaucoup d'avis,
j'ai beaucoup discuté avec les vendeurs, les ingénieurs
du son... La transparence, la chaleur, la musicalité et la
précision de son que j'ai obtenues avec ma configuration, je
ne les ai perçues avec aucune Voice box du marché !
C'est une première pour toi, d'enregistrer du déf
à la maison !
J'ai enregistré en studio les voix de mon premier album
solo, et je voyais l'horloge tourner, j'étais stressé,
je savais qu'il fallait avoir fini pour tel jour.. Aujourd'hui, quand
je le réécoute, j'entends cette tension. Du coup,
après mon premier album solo, je me suis promis de
dégager un budget pour m'équiper au lieu d'acheter des
journées de studio. Chez soi, on est beaucoup plus relax ! Si
d'un coup je décide de faire une voix à trois heures du
matin ou à midi, j'allume mon Mac et c'est parti ! Si je ne
suis pas content de ce que j'ai fait, je sais que je peux toujours y
revenir trois jours après, et puis encore trois jours
après si ce n'est toujours pas bon... Et le matériel
reste, il pourra toujours resservir après !
J'ai beaucoup apprécié Digital Performer, que je trouve
très puissant et facile d'emploi. Je crois que
désormais, je vais maquetter là-dessus au lieu de
Cubase ! Et pourquoi pas, à terme, réaliser un disque
entièrement à la maison ? À condition qu'il soit
constutué de sons électroniques, bien sûr : pour
restituer une dimension acoustique de la musique, un "vrai" studio
est irremplaçable.
Tu t'es aménagé une cabine de voix dans ton salon
?
Non, la pièce que j'ai aménagée en studio
est insonorisée. J'ai déporté les Mac dehors, la
porte est renforcée, je n'avais rien d'autre devant moi que le
micro, le moniteur du Mac, ma feuille avec le texte et le casque
!
N'est-il pas difficile, dans ces conditions, d'être juge et
partie ?
Le fait d'enregistrer les voix à la maison m'a obligé
à me confronter à tous les aspects : devant le micro et
derrière la console ! Ça ne m'a pas vraiment
dérangé, je gère assez facilement le "changement
de côté". Je suis assez perfectionniste, je ne risque
pas de tomber dans l'indulgence ou dans la facilité. Il m'a
quand même fallu deux mois de séances, mix compris, pour
finir cet album, avec quelques breaks et une longue période
"voix à la maison"...
Je suppose que tu assistais au mastering ?
Évidemment ! Nous sommes allés à Metropolis;
) Londres, et c'est Tony cousins qui a officié. Le mastering a
plus d'importance encore qu'avant : au temps du vinyle, cette
étape servait surtout à gérer des contingences
matérielles dues au support, à la matière
elle-même. Quand la qualité du vinyle était
à la hauteur, les disques noirs sonnaient magnifiquement !
Aujourd'hui, on en est venu à la course permanente au niveau,
mais le mastering est encore le moment où donner une certaine
couleur au disque. Nous avons enregistré celui-ci en
numérique, mixé en analogique sur 1/2 pouce. Un "DAD",
en quelque sorte !
Tu as déjà produit des artistes "hors Niagara" ?
Deux fois : un single avec les Calamités, et un autre
d'Héléne Noguerra (la sur de Lio, NDR, qui a
sorti un album ces temps-ci). Mais je m'implique tellement dans ce
que je fais, ça me prend tellement de temps... Si je me
lançais dans la production d'un album pour quelqu'un d'autre
que moi, ça me prendrait plus d'un an pour faire les choses
comme je l'entends : la moindre chanson me prend
énormément de temps. Résultat : au bout d'un an
et demi, je n'existe plus pour personne, et je n'ai pas eu le temps
de travailler pour moi. Je préfère éviter cette
situation ! Certains sont plus légers que moi et savent faire
plein de choses, moi, "malheureusement", je m'investis à mort
et je passe beaucoup de temps.
Je ne saurais pas faire un album "dans l'air du temps" en
déléguant à un programmateur externe, qui
donnerait à mes bribes de chansons un habillage actuel. C'est
très artificiel, et ça ne marche pas ! Comme du temps
de Niagara, j'ai réalisé le clip d'"Apprends la
patience"... Et même les remixes, je tiens à m'en
occuper moi-même. Je ne confie pas mes bandes à
quelqu'un d'autre comme ça se pratique beaucoup en ce moment,
mais je déconstruis littéralement ma chanson, pour en
faire autre chose. Une belle remise en question : c'est la même
chanson, mais on part sur autre chose. Un exercice intellectuel
très intéressant...
Tu l'as déjà fait ?
Oui, j'étais même allé plus loin sur "Face au
danger", une chanson de l'album précédent : j'avais
carrément changé l'arrangement ET la mélodie. Il
ne restait plus, au final, qu'un riff de guitare, la basse et une
boucle de batterie rescapés de la première version,
tout le reste avait changé. Au-delà du remix !
Et la scène, dans tout ça ?
C'est suite à des concerts pour mon premier album solo, au
Café de la Danse, que j'ai expérimenté le
mélange de sons électroniques, de boucles, de
rythmiques lourdes, avec le classique trio basse/batterie/guitares.
Mélange qui constitue la matière même du second
album ! Et dès le départ, les chansons d'Hypnose
ont été écrites en vue de la
scène.
Un des concerts les plus intéressants que j'aie vus
récemment est celui d'Orbital, à
l'Élysée-Montmartre, ultra-synthétique, de la
techno pure, mais magnifique, très intéressant : une
filiation évidente, avec les sons répétitifs,
les nappes, avec un mémorable concert de Klaus Schulze
à la fac de lettres de Rennes auquel j'avais assisté en
76. Il était de dos, assis en tailleur seul sur scène
avec ses énormes Moog modulaires, dont il tirait ces sons
énormes, complètement inouïs et fascinants...
La musique électronique, j'en ai toujours fait, je pratique
l'échantillonnage depuis longtemps. Les époques
alternent entre des phases plus acoustiques (guitare, batterie...) et
des phases plus électroniques, avec davantage de recherche. Je
crois qu'on entre dans une telle phase de recherche, de
réflexion sur les sons, en essayant de les faire vivre, de
leur donner un côté organique...
© Franck Ernould, 1999 (paru dans Home Studio 34)
*