Philippe CHANY
Un compositeur qui a du chien


Plus de 2.5 millions de spectateurs à ce jour pour “Didier”, le dernier film d’Alain Chabat. Le réalisateur est resté fidèle, pour la bande originale, à celui qui a composé toutes les musiques des Nuls pour Canal + et celles de leurs longs métrages ultérieurs : Philippe Chany. Un nom qui mérite d’être connu... Franck Ernould

Sans le savoir, vous connaissez tous Philippe Chany : c’est lui qui avait réalisé et produit, voici dix ans, l’inoubliable “C’est la ouate”, de Caroline Loeb ! Ce compositeur passionné des synthés (il a précieusement conservé la TR-808 et le Jupiter 8 utilisés sur le tube précité), converti aux délices des samplers Akai, s’est ensuite reconverti dans la musique à l’image. Ami d’Alain Chabat depuis le lycée, rien d’étonnant à ce qu’il habille les premières émissions de “Nulle part ailleurs”. Il reste fidèle à Canal +, pour qui il réalise nombre d’indicatifs et d’habillages d’antenne, et travaille en parallèle pour la pub ou le disque (Hong-Kong Syndikat, Jean-Paul Gaultier...). Lorsque les Nuls passent au cinéma, ils l’appellent évidemment à la rescousse, que ce soit en groupe, avec “La cité de la peur”, ou en solo.
Philippe possède son propre studio, avec Pro Tools, 3 cartes Sample Cell, banques de sons retravaillées, et travaille sur Digital Performer.

Pourquoi tout réaliser chez toi ?

Pour “La cité de la peur”, la production avait réservé un bon budget pour la musique. J’avais tout enregistré ici, mais j’étais allé mixer à Guillaume Tell, en Dolby SR-D,. J’ai vécu sous la menace du chronomètre, devant mixer quarante minutes de musique en une semaine... Pas le droit à l’erreur, de revenir sur ce qui a été fait, pas le droit de souffler : je me suis juré de ne pas recommencer l’expérience. Mon home studio est équipé en stéréo, bien sûr, mais j’avais loué, pour réaliser un habillage pour France 2, qui émet en Nicam, une configuration Dolby Surround qui m’avait donné entière satisfaction. Pour “Didier”, le budget était un peu supérieur à celui de “La cité”, j’en ai donc utilisé une partie pour équiper provisoirement mon studio en 6 canaux. J’ai pu prendre cinq semaines pour mixer mes quarante minutes de musique (le CD est codé Dolby Surround, avis aux amateurs !)... Le temps est bien le plus grand luxe qu’on puisse avoir pour travailler !

Quelles sont tes relations avec Alain Chabat ?

Je travaille, je livre, et j’attends la réaction. Lorsque c’est “Ouais, c’est bien !”, ça veut dire qu’il faut que je refasse tout... Si c’est “Ouaaaahhhhh”, c’est que je suis dans le bon. C’est ça, le code Chabat. Depuis le temps, je commence à le connaître !

N’as-tu jamais été tenté de retourner à la chanson ?

J’ai une approche plutôt thématique de la musique, ce qui fait que je me sens plus à l’aise dans la musique de film que dans la chanson. Ce que j’aime dans la musique à l’image, c’est que ce domaine est beaucoup plus libre, bien moins stéréotypé au niveau des sons, des structures... Rien que des passages obligés, alors qu’en musique de film, on fait ce qu’on veut, on joue sur les impressions, on peut casser les règles. Même si tu utilises kazoo, accordéon et scie musicale, si ça marche à l’image, c’est que c’est ce qu’il fallait prendre !

Quelle est la différence entre la musique de “La cité” et celle de “Didier” ?

“La cité” était un thriller des Nuls, où le seul moment de relâchement était la carioca. Sur “Didier”, je dirais que l’utilisation de la musique est plus “normale” : souligner et soutenir les actions, imiter des musiques modernes qu’on entend quotidiennement... bref un travail moins spécifique que sur “La cité” ou “Delphine 1-Yvan 0”, le film de Farruggia. J’aime réaliser des mélanges, allier rythmiques samplées avec scratches et violons, par exemple...

Quels sont tes compositeurs de B.O. favoris ?

Ceux qui ont eu des idées de fusion : Jerry Goldsmith, John Marry, Trevor Howard ou Lalo Schifrin, voir Morricone dans les années 70, où il était encore inventif... Michel Magne, aussi ! Cette période me plaît beaucoup, parce que tout se mélangeait : rythmiques et cordes, ambiances louchant un peu vers le latino tout en restant classiques...


Cet article est paru dans KEYBOARDS

Copyright © 1997 Franck Ernould (franck.ernould@sfr.fr)

*

Ingés son/

Producteurs

Artistes/

Groupes

Stories/

Studios

Divers/

Pédago

Liens audio
English Spoken

here !

Michel Magne spécial
Page d'accueil

*