CD World
L'autre réseau
C'est au Mix Move 98 que nous avons découvert dans le
détail le concept de CD World : un réseau
numérique mondial distinct d'Internet, permettant au
consommateur de se concocter ses propres compilations sur CD et aux
auteurs/compositeurs d'être rémunérés "en
temps réel" ou presque. Explications. Franck Ernould
CD World Corporation repose sur un concept assez original. Alors que
pour beaucoup, Internet va devenir une plate-forme commerciale de
plus en plus puissante, où l'on commandera ou
téléchargera de plus en plus d'articles ou fichiers
divers, "Le monde du CD" s'affranchit des contraintes du
réseau public mondial en exploitant le sien propre, à
large bande passante. Il unira par fibre optique une base de
données musicale de plus d'un million de titres, la Music
Works Bank, à des bornes interactives appelées
Music Point. Celles-ci sont implantées chez les grands
disquaires et dans la grande distribution. L'affaire a
démarré en Janvier 98 aux USA, et ne saurait tarder
chez nous (700 Music Point seront implantés au
début 99).
Mille bornes
Comment cela se passe-t-il, vu du consommateur ? Celui-ci prendra
place devant une borne interactive, dotée d'un écran
tactile, sur lequel apparaissent les instructions et les listes de
titres, dont il peut écouter un extrait de 8 secondes. Il
décide ainsi, librement, du contenu de la compilation (45
minutes maxi) qu'il désire se concocter. À la fin de
cette phase, il règle la facture, cash ou via carte bancaire -
transaction hypersécurisée bien sûr). C'est alors
que commence alors la dernière phase : la borne
télécharge les titres demandés auprès de
la Music Works Bank, puis grave un CD-R (qu'elle fournit) en quatre
minutes. Pendant ce temps, le consommateur est invité à
regarder une vidéo sur le "grand" écran dont est munie
la borne, qui diffuse en continu un mélange de pubs et de
clips émis sur une branche distincte du réseau, fort
logiquement nommé CD World TV. Il repart ensuite avec son
"Personal CD", dont on nous assure qu'il possède un son
parfait. On subodore, d'après les chiffres, que le son sera
passé par quelques algorithmes de compression avant la
gravure... Le consommateur dispose d'un espace réservé
sur le disque, où il peut graver l'inscription de son choix,
afin de faciliter le classement du disque par exemple.
L'équivalent de l'étiquette d'un CD ordinaire.
De l'autre côté de la borne
Pour les musiciens, le système possède bien des
avantages. Il lui suffit de fournir un master, CD ou DAT, à la
Music Works Bank : pas de coûts de fabrication ni de
distribution. Les termes du contrat signé avec les
représentants locaux de CD World dépendent
évidemment du style musical et du degré de
notoriété du musicien/label/producteur. Le compte en
banque du musicien est viré mensuellement, voire
hebdomadairement.
Les "disquaires" seraient-ils dépossédés de leur
métier ? Des aspects fastidieux, certainement : plus de stocks
à gérer, de précommandes hasardeuses, ni
d'invendus, ni de vols... et en plus, correctement situées,
certaines bornes peuvent fonctionner 24 heures sur 24.
Pour les financiers, l'affaire semble aussi : analyse de
marché instantanée, au jour près (rien n'est
plus facile que de collecter des infos sur les titres
téléchargés auprès de la banque de titres
centrale, le code ISRC étant inclus dans le Personal CD). Le
musicien "en ligne" se voit également offrir la
possibilité de "suivre" en direct les détails de vente
par territoire et par artiste. Cet aspect du concept, puissant outil
marketing, s'appelle Music Trends.
Bilan
Avec CD World, on entre dans l'ère des "méga-compiles"
personnalisées. Les collectionneurs amoureux de disques
risquent de renâcler devant cette galette impersonnelle,
gravé à la va-vite dans un centre commercial, bien loin
de l'objet de culte auquel ils vouent une passion depuis tant
d'années. Les autres se jetteront sur ce moyen bien commode de
disposer d'un disque sur lequel on n'a que ce qu'on désire,
sans titres "inutiles"... Deux conceptions antithétiques qui
s'affrontent ! Résultat dans quelques années. Quant aux
Internautes, nul doute qu'ils se fourbissent entretemps leur
collection de logiciels homologués MP3 !
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