Bazik au Rock’n’Roll Café
Une première française


Le premier DVD de concert français, tourné, enregistré, mixé, monté, masterisé et pressé en France ne sera pas le fruit des efforts d’une maison de disques ! Ce sont Roland Delacroix et Michel Sonnier, deux passionnés de Home Theater et de musique, qui se sont arrogé cette première ! Franck Ernould

On ne présente plus Roland Delacroix, de Guillard Musiques, ni Michel Sonnier, de Soft ADS. Une passion commune pour le Home Theater a rapproché tout naturellement les deux hommes, qui se connaissent depuis longtemps, et qui disposent tous deux à leur domicile d’une installation qui ferait pâlir d’envie bien des audiophiles et des amoureux d’images ! Fort évidemment, Michel et Roland ont sauté à pieds joints sur le DVD : ils font venir des USA lecteurs et disques, et leur collection est d’ores et déjà fort complète...

Du dts au DVD...

Si la plupart des films sortis sous ce format les satisfont, au niveau des concerts filmés, nos deux compères tombent d’accord sur le fait que rien ne les satisfait vraiment dans ce qui est sorti. C’est un peu la même chose pour les CD audio au format dts, dont ils sont également consommateurs assidus. Au départ, l’idée qui leur vient est d’enregistrer en concert un CD audio à ce format, avec un “beau” mixage 5.1. Ils parlent de leur idée à Erick Bamy, un excellent chanteur, choriste de Johnny Hallyday et grand amateur de musique US. Celui-ci fait fréquemment des séjours aux États-Unis, et a souvent entendu dire que désormais, tous les studios “musique” s’équipent de systèmes d’écoute et de mixage multicanaux. Bref, il est à fond partant dans l’affaire ! De fil en aiguille, le projet de CD audio se change en DVD vidéo, et on se charge de trouver une salle (le 287 Rock’n’Roll Café), les musiciens (des pointures comme Claude Engel, Michel Gaucher, Éric Josserand, ou Arnaud Dunoyer, réunis sous le nom de “Bazik”). Deux concerts sont prévus, les 16 et 17 janvier, tournés avec 9 caméras 16/9 (De Préférence) et enregistrés sur 3324 par Alain Françaix. À la sono de façade : Jean-Pierre Janiaud lui-même...
Comme on sait déjà que le concert sera mixé en 5.1, Alain Françaix accorde une attention toute particulière aux micros d’ambiance. Il en place huit, près de la scène, dans la salle, en couple ordinaire ou MS, qu’il enregistre sur DA-88. Nous verrons que ces ambiances sont capitales pour le résultat final de l’opération ! Pas de problème particulier lors des concerts, très appréciés des habitués du 287 Rock’n’Roll Café, grands amateurs de standards américains tels que “In the midnight hour” ou autres chansons tout droit échappées du film “The Blues Brothers”, si ce n’est qu’une caméra se montre un peu capricieuse le premier soir...

À la maison

Les concerts terminés, on procède à quelques re-recordings sur Pro Tools : des cuivres et des chœurs notamment. Il faut ensuite mixer, mais où ? On sait que Soft ADS héberge un studio d’enregistrement fort bien équipé (SSL, Studer et consorts), mais Roland Delacroix et Michel Sonnier choisissent de mixer dans un environnement qu’ils connaissent bien : le Home Theater d’exception ! La cave de l’habitation de Michel accueillera donc, pour plusieurs nuits, deux consoles Yamaha 02R, des réverbes Tamaha REV-500 et Pro-R3 ainsi qu’une Lexicon PCM 90, un DA-88 (pour les ambiances), un Pro Tools 24 sur Macintosh 9600 (pour les re-re), et un Akai DR8 (pour enregistrer les 6 pistes du mix 5.1). Et le 3324, nous direz-vous ? Eh bien, il s’est retrouvé dans la buanderie, à côté de la machine à laver !
Nous y étions, et nous pouvons vous dire que c’était un grand moment. Michel Sonnier n’a en effet pas lésiné sur la qualité : un écran de 3 mètres de base, un quadrupleur de lignes Faroudja, un superbe vidéoprojecteur Sony haut de gamme, et surtout, un système d’écoute JBL terrassant, le Synthesis 1. Deux HP de 46 cm rien que pour les subwoofers, filtrage actif, des Watts par centaines, un aménagement acoustique de l’arrière du local d’écoute (environ 10 mètres sur 5 et 2,5 de plafond)... Nous avons retrouvé, en mieux, tout l’impact du son du concert ! Derrière les consoles, Philippe Avril et Jean-Pierre Janiaud. En fait, le mixage 5.1 s’est construit tout naturellement sur une base stéréo, à laquelle il a fallu ajouter un dosage convenable des huit pistes d’ambiance décrites plus haut, en les “poussant” ou en les faisant disparaître selon les endroits. Il se passe des choses à l’arrière, dans ce mixage ! À tel point que tous se sont laissé griser, au début, par cette impression d’espace, d’être dans la salle, au point d’exagérer les effets arrière : c’est en réécoutant le lendemain qu’on est revenu à de plus justes proportions...

Une carte de visite

Au bout de quelques soirées, la petite vingtaine de titres du concert sont mixés. Il faut maintenant passer à l’image... “Qu’il soit bien clair que nous nous ne reconvertissons pas dans la production de concerts sur DVD !!”, clament Roland et Michel. “Nous nous sommes fait plaisir sur ce coup, mais nous ne disposons pas du budget nécessaire à la production d’un DVD vidéo de tout le concert ! Nous nous contenterons de deux titres - le but est de les faire figurer sur le DVD officiel du salon de la hifi et du home cinema Génération Images & Son, fin Mars. C’est en quelque sorte une démonstration de ce qu’on peut faire sur un DVD, quand on y met du sien ! L’occasion est excellente, puisque c’est au cours de ce salon qu’aura officiellement lieu le lancement du DVD vidéo en Europe”.
Le montage image a lieu en virtuel, à Soft ADS, à Ivry. Le matériel utilisé est nouveau : il s’agit du Softimage DS, un engin en lequel Michel croit beaucoup. “Je pense vraiment que ce système canadien, basé sur deux stations avec Pentium II 300 MHz, possède des atouts décisifs, qui devraient faire mal à Avid dans bien des domaines - citons pour exemple les effets spéciaux numériques intégrés, ou le travail en temps réel en qualité D1. Pour résumer, je dirais que ce système représente la troisième génération, alors que les autres en sont restés à la première !”. Le Softimage DS est quelque peu sous-employé pour post-produire les deux titres du concert (cut-cut par essence, sans vrais effets spéciaux), mais l’important est, pour Michel, de pouvoir disposer d’un produit élaboré avec cet outil tout récemment distribué par lui en France. Une démo grandeur nature, en quelque sorte...
L’encodage du DVD se déroulera à PMS (voir notre dernier numéro), et son pressage à MPO. Autrement dit, tout le processus de production et de post-production se sera déroulé en France, de A à Z ! Logiquement, il devrait se produire une certaine perte de qualité audio lors de la compression numérique AC3, mais gageons que le résultat tiendra toujours la dragée haute à des DVD de concert signés Tina Turner ou Eric Clapton.

Track Sheet

 

3324

1/2 : Piano L/R
3/4 : Hammond L/R
5/6 : Toms 1 et 2
7/8 : grosse caisse 2/charley
9/10 : caisse claire/grosse caisse 1
11/12 : Basse/Voix Claude
13/14 : Voix Stef/Voix Pado
15/16 : Voix Arnaud / voix Érick
17/18 : Guitares électriques
19/20 : Guitare acoustique/sax
21/22 : Trompette/trombone
23/24 : Synthés L/R

DA-88 :

1/2 : Amb AR cour/couple MS salle (8)
3/4 : Couple MS salle (cardio)/AR jardin
5/6 : Milieu cour/milieu jardin
7/8 : Couple scène L/R



Cet article est paru dans HOME STUDIO

Copyright © 1998 Franck Ernould (franck.ernould@sfr.fr)

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